Le magicien de la cuissette

Le Nouvelliste, sponsor de cuissette, le dit : le FC Sion est dirigé par un magicien. Vous savez, vous, ce qu'est un magicien ?

Google qui, peu à peu, domine le Grand Robert, Dictionnaire historique de la langue française, apporte son aide pour décortiquer ce mot : le magicien est un enchanteur, un ensorceleur, un escamoteur, un illusionniste, un prestidigitateur, un sorcier.

Le NF, si scrupuleux dans l'utilisation des mots (pour ceux qui ne comprendraient pas, je fais ici dans l'ironie mordante), ne donne que peu de pistes au lecteur pour déterminer si la magie du cas d'espèce est à qualifier de blanche ou de noire. La première est naturelle et crée un effet de merveilleux. La seconde opère avec des êtres infernaux et appartient au champ de la vraie magie.

Chaque mot piste son contraire. Ainsi, l'enchanteur touche au merveilleux ou, par l'effet du serpent, à des pratiques moins ... enchanteresses, plus ... lucifériennes.

L'escamoteur est celui qui évite ce qui dérange et qui esquive. Il rejoint l'illusioniste par son talent de prestidigitateur pour manipuler la vision des choses du spectateur, d'un acteur ou d'un groupe.

Escamoteur, illusionniste et magicien ne veulent pas être découverts. Seul compte pour eux le résultat, souvent financier : que les bouffons du public soient escamotés, qu'ils rêvent et s'illusionnent. Eux seuls travaillent, travaillent leurs trucs, leurs relations (de préférence médiatique), leur droit, civil ou sportif (on privilégiera l'un au bénéfice de l'autre en fonction du résultat et de sa capacité à berner l'adversaire; parfois on jouera de la forme, d'autres fois du fond, sans souci de la cohérence, puisque le chaos est son territoire de jeu; on saura alors bénir un arbitre ou vilipender un autre pour persévérer dans la voie de la glorieuse "peopolisation").

Parfois, plus le truc est grossier, sans finesse, ni poésie, plus le public sera friand. On se plongera même, en grand nombre, dans "L'1dex"; on croira tout et son contraire; on jouira de l'impolitesse et l'insulte ("je crois que Grimm a signé son arrêt de mort"; "ce sont des criminels" [qui, nommément était visé par cet acte de pure poésie contemporaine ?].

Et, dans une mise en scène dans laquelle le chaos voulu est assimilé à un art construit, on parviendra même à faire dire au spectateur hypnotisé, choisi avec soin pour accroître l'effet d'endormissement chez les autres, que le jaune n'est pas le jaune, que le noir, c'est du rouge, et que le bleu est moins noir que le blanc, que le gris n'est pas anthracite, ni clair, mais rose et orangé, que le rouille a le charme du vert et que le ver est dans la pomme de l'autre, celle qu'on lui aura refilée pour ne pas avoir à mordre la poussière en crachant du sang doré et argenté.

Et c'est ainsi que Maradona invoqua la main divine (pensait-il à la main du Dieu de l'inconscient ou à celle de Jéhovah ?) et fit du gardien anglais un clown de pacotille. A lui, les lauriers, la Coupe du Monde et d'autres effets ultérieurs plus sataniques.

Un bon juriste, dit-on, sait "subsumer", aller au concret du litige de l'espèce, "in casu" comme on dit en faisant semblant de comprendre le latin, "in concreto" si on veut varier pour paraître encore plus savant, une "subsomption" germanique, alimentée de quelques extraits de jurisprudences pompées sans soin sur Swisslex, et voilà le tour est joué, le droit est appliqué, les mesures immédiates sont données, l'équité sportive est préservé, les joueurs peuvent travailler, "panes et circenses" et Vanins peut rester sur le banc de touche.

En l'espèce donc, voici comment le jaune devient noir, le noir devient bleu, le bleu devient brun, le brun devient gris, le gris devient rouge et le rouge devient blanc (des blanchisseurs, je vous le dis, ces artistes du verbe qui de coupures sales en font des coupures propres, puis des écritures bancaires scripturaires qui plaisent tant aux banquiers soucieux d'éthique) :

- Le dimanche devient un jour de travail sportif honorable, le droit ordinaire du travail n'a pas à s'appliquer

- Un carton rouge ou jaune, surtout donné à l'adversaire, aura des effets acceptables, que vive donc le droit sportif

- Un pénalty est accordé au FC Sion, on renoncera sans peine au dépôt d'une requête de mesures provisionnelles, même si le gardien de l'autre équipe vient d'être piqué par un gros bourdon et qu'un arrêt du coup de pied arrêté pourrait propulser l'autre formation en finale de la Coupe UEFA

- Un arbitre a une sortie un peu difficile, on ne lui tendra pas la jambe de peur qu'il tombe et ne puisse plus favoriser un autre club le prochain week-end, on privilégiera peut-être le droit pénal dit par un juge alémanique au droit sportif qui pourrait être moins conciliant (ou l'inverse, le spectateur impartial choisïra !)

- Un nouveau joueur doit être qualifié sans license octroyée; on pourrait alors lui faire signer un contrat avec une clause, manuscrite ou non, de non-validité dudit contrat si la license devait ne pas être octroyée (on s'avisera peut-être de ne fournir que des éléments partiels à la presse et au Tribunal, ça peut toujours faciliter les choses que ne pas fournir toutes les explications à un tour de magie)

- Le droit de qualifier un joueur est une tâche éminemment administrative et associative ? Que nenni, on la fera tâche éminemment judiciaire, proche d'un droit de personnalité, on étendra la jurisprudence au-delà de la pratique usuelle, on fera croire que c'est un droit imprescriptible de tout individu, on identifiera ainsi le citoyen-payeur-spectateur au travailleur que tout un chacun est, et le tour est joué.

- Un juge, comme un arbitre, ne peut se tromper, lorsqu'il donne raison à sa formation. On le félicitera de son courage, du coup de sifflet en faveur de son équipe et, puisqu'on n'a oublié ni Margairaz, ni Panenka, on tentera, lors du pénalty, le coup du soufflet de l'escamoteur tireur.

La réussite d'un coup pareil, c'est d'avoir mis tant de brume dans le poulet, tant d'arêtes dans l'entrecôte, tant de parfum dans les toilettes, tant de sel sur un gâteau aux pommes, un peu de perles avec beaucoup de verroterie, que le spectateur final, fatigué, confus, désarmé, inerte et complètement endormi, l'UEFA aujourd'hui, la FIFA peut-être un jour, un Tribunal en un autre temps, s'assiéra sur le dossier et applaudira le gag que personne n'aura compris.

L'autre version, finale, est plus douloureuse et exige plus de travail et de courage, hors témérité ou couardise : les éminents juristes de l'UEFA sont au chevet du malade, bistouri et scalpel à la main.

On n'osera pas, après avoir lu hier Jacques Kühni, parier ni sur le paradis, ni sur l'enfer (l'enfer, c'est les autres, oui .... huis-clos et Sartre). ni même sur l'identité du malade.

On fera un autre pari : l'artifice du magicien, bien alimenté en feux croisés organisés, sera lu.

A L'1dex et pas ailleurs !

Stéphane RIAND

 

Post Scriptum I : Le sommet de l'escamotage, dans cette infinie beauté du poème sportif et médiatique, a peut-être été atteint par Vincent Fragnière, Rédacteur en Chef de Canal9, lorsqu'il a permis au magicien de la cuissette de devenir la référence morale cantonale pour stigmatiser le comportement de DSK à Canal9 sous les yeux admiratifs de deux chevronnés du monde journalistique et historique du Valais ("Moi, ce serait plutôt les femmes de chambre qui me courent après et moi qui m'enfuis en leur claquant la porte au nez" [la citation est de  mémoire et peut-être à remembrer plus tard]).

Post Scriptum II : Faut être simple pour être compris. Voici les ingrédients à onze éléments comme ceux d'une équipe de football : 1. le FC Sion a transféré d'Egypte le joueur El Hadary. 2. Le FC Sion n'a pas respecté les règles régissant les transferts de joueurs. 3. Le FC Sion s'est fait épingler dans ses pratiques (je rassure le lecteur, d'autres clubs ne font pas mieux !). 4. Le FC Sion a été sanctionné financièrement et sous la forme d'une interdiction de transferts durant deux périodes consécutives de transferts. 5. Le FC Sion n'accepte pas la sanction. 6. La Ligue ne qualifie pas les nouveaux joueurs. 7. Les nouveaux joueurs en appellent au respect de leur personnalité. 8. Le juge ordonne provisoirement de qualifier les joueurs. 9. Le FC Sion n'est ainsi plus sanctionné. 10. Le tour de magie est opéré, l'acte répréhensible impuni, la sanction escamotée par le chapeau du magicien, les dupés (FIFA, UEFA, ASF et SFL) plient leurs bagages. 11. Les fans du FC Sion acclament le sponsor des cuissettes de leur club.

Post scriptum III : Est organisé au Bellevue Palace à Berne, ce 22 septembre 2011 prochain, un Séminaire sur le droit du sport. Je ne peux que suggérer aux organisateurs de modifier de fond en comble leur programme et de prendre appui sur l'histoire du FC Sion pour comprende en quoi le sport et la justice n'ont véritablement aucun point d'accointance.

Commentaires : 11

  1. Dans le post-scriptum II, il y a un point 1bis que vous avez allègrement oublié de publier: La FIFA a validé le transfert de l’Egyptien, qui a ensuite été validé par la SFL. D’ailleurs, El-Hadary a joué combien de matchs pour Sion, grâce à ces validations? 

  2. La découverte d’une infraction postérieurement à la commission du délit est-il de nature à innocenter le délinquant ?

  3. Je crois que vous connaissez bien mieux le dossier que moi. Pourriez-vous m’en envoyer une copie ou est-ce trop confidentiel ? 

  4. Il semblerait que Transparency International en veuille aussi à la FIFA. http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/sport/20110816.REU9505/football-la-lutte-anti-corruption-jugee-insuffisante-a-la-fifa.html

  5. La transparence, dans une partie de poker, éclate dans toute sa vérité, à la rivière ! Encore faut-il arriver jusque-là ! Le FC Sion étant dans la transparence la plus parfaite, y compris quant à toutes les circonstances d’obtention des licences en 1998 et en 2003, ces renseignements doivent pouvoir être obtenus auprès des instances juridiques si compétentes du club. L’1dex n’est source de transmission de quelque savoir que par ses écrits, d’ironie ou de vérité, et ne saurait devenir, en l’état du marché médiatique régional actuel, source de diffusion d’une documentation certes intéressante, mais finalement peu lisible. Mais l’1dex, la RSR le lui a appris, peut aisément donner une route vers l’information à qui veut réellement l’obtenir : en effet, Me Léonard Bender, ancien avocat du pharaon, a affirmé avoir eu connaissance de la décision portant sur les mesures superprovisionnelles rendue par le Doyen du Tribunal de District de Martigny. Si un lecteur, occasionnel ou quotidien, de l’1dex parvenait à nous communiquer ce doux document judiciaire, c’est avec une large bienveillance et plein d’entrain que nous l’examinerons. Qui sait, il peut y avoir quelques perles encore cachées puisque sa diffusion a été, dans l’allégresse, limitée.

  6. Ah, ok. En gros, vous n’en savez pas plus que moi. Et comme moi, vous avez un avis qui vaut ce qu’il vaut. Sans plus. Bonne journée.

  7. Pffff…….donnez-leur du pain et des jeux disait Jules (je crois)..sauf votre respect il faut vraiment être solide pour éplucher à ce point la(les) rubrique sportive du NF..quand à moi après 2 lignes mes yeux et mon cerveau s’endorment déjà…
    Avez-vous déjà prêté attention aux commentaires des joueurs (quelque soit le domaine sportif) après le match?? à rester bouche bée d’admiration sur la capacité de certain à expliquer le pourquoi d’avoir perdu..Rogèère Fédérer est le meilleur à mon avis…Quand à votre fameux CC il dépasse tout, déjà la confusion avec Lambiel nous prend à la gorge, ensuite sa capacité à tout expliquer…une anthologie, il faut de l’entrainement pour rendre intéressante à l’oreille de pareilles banalités. Pantoise je suis et muette d’admiration je reste..et ne parlons pas des journalistes sportifs! Quel métier il faut pour capter l’auditoire! et les questions, il faut une sacrée dose d’imagination pour demander d’une manière courtoise : » alors aujourd’hui dur dur ?? Hein?? pas trop pénible cette chaleur? et le court ??Ah un peu rapide..oui oui c’est compréhensible..et le décalage horaire…ah…oui¨¨DEUX POINTS FERMER LES GUILLEMETS.
    Le sport dans les journeaux..que dire..pas intéressée..
    Sans rancunes
    mma

  8. C’est assez marrant cette manière de déligitimer, d’invalider et de dénigrer le discours de l’autre : vous ne voulez pas m’envoyer vos informations, alors tout ça ne vaut pas plus que ce que j’en sais déjà ! Que répondre sans paraître refuset le dialogue, ni rabaisser les connaissances d’un « expert », ni ouvrir trop grand son jeu, rester donc dans une transparence obscure et nette.

    Ce commentaire traite, sans le savoir peut-être, du champ de la compétence. Et, dans ce champ-là, celui du football, du droit et de la finance, je ne m’autorise que de moi-même. Je crois pouvoir affronter sur ce terrain de jeux cumulés et divers pas mal de monde.

    Et si ce cher lecteur de L’1dex cherche un maître ès savoirs, je lui dirai galamment que sa quête sera vaine, ce que me concèdera dans sa juste partialité même le Tribunal de District de Martigny qui n’a jamais prétendu à une maîtrise parfaite de toutes les subtilités réunies du football, du droit matériel et du droit procédural (formel et de contenu).

    Je crois que la lecture suivie de mes articles n’est pas sans intérêt pour quiconque veut réfléchir avec droiture sur ces choses futiles de la vie terrestre.

    Ce soir, je me réjouis : le Barça affronte au Nou Camp le Real. J’ai l’impression d’avoir la compétence pour apprécier toutes les finesses de ce sport que j’aime depuis ma plus tendre enfance.

    En toute humilité.

  9. Un lapsus révélateur figure dans mon texte : la juste partialité est fort proche de cette juste impartialité que je voulais transcrire. Mais il ne faut pas avoir peur de ses propres lapsus lorsque l’on connaît un tant soit peu son sujet !

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