Apprendre à lire, apprendre les préjugés ?

(Par Béatrice Riand)

Les bambins de notre auguste vallée utilisent un manuel pour l’apprentissage de la lecture :  Bien lire, aimer lire , qui date de 1960, c’est le hic (vous comprendrez vite) mais réédité tel quel en 2008, c’est le choc.

Je passe sur les âneries du type  Julia a lavé le chiot, le chat a ri. Je ne m’attarde pas sur l’idiotie du lien induit par la virgule, ni sur le fait que personnellement je n’ai jamais eu le grand honneur de rencontrer un chat qui se bidonne. Ni un chien … parce que plus loin, ils n’ont peur de rien vous dis-je,  un chiot a vu le rat, il a ri  lui aussi. N’oublions pas la tortue, la pauvre innocente,  la tortue a ri, la tortue n’a pas mal. Allez, je tais encore les formulations hasardeuses et totalement ineptes, du genre  Julie a lu zéro mot. J’avoue cependant mon inquiétude quant aux aptitudes humaines, voire surhumaines des bestioles qui hantent ce livre : le cheval galope ; il va à la gare ; il se dépêche : la locomotive est déjà là. Si seulement mon chien me réveillait tous les matins à l’heure, une tasse de café à la patte … tout se perd.

Mais cet ouvrage, commandé par le DECS à l’usage de notre progéniture, ne s’en tient pas là en matière de stupidité assumée. Il y a la page 98 : belle page, grand moment. L’enfant qui apprend à lire, donc, doit déchiffrer une liste d’ordres, avec cette consigne en petits caractères : à lire et à faire. Jusque là … on y croit. Mais voici ce qui lui est demandé : Tire la porte. Marche sur le sol (pourquoi en effet ne pas essayer le plafond, n’est-ce pas ?). Cache le pot. Assis (Médor ?) ! Apporte la clé. Avale ta salive (et pas celle des autres, vilaine). Lis le numéro.

Je m’interroge encore sur l’utilité de la violence mentionnée dans certains passages : Papa a tapé la tortue, la petite chatte puis le petit chat. Mais admettons-le, la bienséance a été respectée : les femmes d’abord. Jadis la galanterie n’était pas un vain mot.

Ne parlons pas non plus du traitement réservé aux vilains garnements : il a démoli ma jolie boîte de carton ; on l’a mis dans le coin noir ; il ne sortira pas avant le soir. En 1960, le Bureau de la protection de l’enfance devait être, comme notre apprenti lecteur,  à ses balbutiements.

Je ne relève pas non plus la quantité de phrases dont, si le sujet est féminin, l’action est négative. La femme est maladroite ou distraite, tout le monde le sait : Aline a sali le mur, Eva a cassé ta pile, Mélanie a cassé une corde de sa guitare, Marie a égaré le dé de Sabine. Bla bla bla.

Par contre … par contre, permettez-moi, fin 2011, de m’insurger face aux préjugés qu’en même temps que la lecture de ces textes on contraint mes filles à ingurgiter. Marc ôte la nappe sale ; Aline la lave. Pendant que Nicole tape sur la casserole, Marc ira à l’école. Pendant que Marion a mis une pomme sur la planche (ah la belle et bonne tarte qu’elle va nous préparer !), il porte une montre étanche. Remarquons, une fois, une seule, Alain a fait le pain.

La femme est futile, on vous le dit, on vous l’assène à de multiples reprises, de crainte certainement que ce détail essentiel ne vous échappe : la femme n’est qu’apparences (brrr, les Pères de l’église nous l’enseignaient déjà il y a quelques siècles) : Marie porte un pull à la mode, Caroline a un sac, Blandine a mis ses gants blancs, ma tante est une dame très élégante, Arièle a mis un joli ruban, ma sœur fait un régime, Lucie doit aussi acheter cinq bracelets. Papa, lui, et bien papa a une moto, il la répare. Et d’ailleurs, une gamine regarde ta moto, mais de loin. De peur de se salir.

Elle n’a pas le temps, vous comprenez.

Parce qu’en 1960, les hommes ignoraient encore qu’ils ne souffraient d’aucun handicap particulier sur le plan physique leur interdisant d’effectuer certaines tâches ménagères. La femme, c’est ce que lisent nos enfants en 2011, se charge de tout.

Elle fait les courses : Marie fera le marché, Maman m’achète du lait frais à la laiterie, Lucie va à l’épicerie. Le seul homme qui se rend dans un magasin, dans ce livre, le fait par amour et non par devoir : il achètera le journal de Maman. Ne tuons pas le romantisme.

La femme s’occupe seule de ses enfants, sauf catastrophe majeure, avec enfant blessé à l’hôpital, et voilà le papa qui refait surface, et qui parle au docteur (mais où sont les femmes ? les infirmières ?). Donc maman promène son bébé, maman va m’acheter des cahiers. Si l’enfant ne travaille pas bien à l’école, maman n’est pas contente. Quand je tousse, maman me donne une potion pour me calmer. Cela ne doit pas être trop compliqué, elle peut le faire, elle sait lire.

La femme s’occupe du linge (tu as arraché ton bouton, demande à maman de le recoudre), mais signalons un bel effort : Marc tend une corde dans le jardin pour étendre la lessive (passons sur l’aspect bricolage, et espérons qu’il s’occupera aussi du linge).

La femme de 1960 fait de la couture (maman va coudre des anneaux au rideau jaune de ma chambre, maman me fait une jolie robe à rayures rouges et blanches), du tricot (ma tante tricote un pull, maman m’a tricoté un maillot pareil que le tien, marraine achète de la laine pour me faire des gants), de la broderie (maman brode un drap) et l’âge et la fatigue venant, elle se relâche méchamment (ma grand-mère écoute la radio).

Papa, lui, bricole à la cave, pendant que maman prépare une quantité de paquets pour partir à la montagne. Gageons qu’il portera les bagages dans la voiture …

Cette ségrégation subsiste dans les jeux des enfants : Laeticia a une collection de poupées en porcelaine, la gentille petite fille habille et débarbouille sa poupée Camille. Les garçons, eux, construisent des maquettes.

Sans rire, toutes, absolument toutes les professions mentionnées dans cet ouvrage, que dévorent quotidiennement des centaines d’élèves valaisans ainsi subtilement conditionnés, le sont au masculin. Il y a un matelot, un radiologue, deux docteurs, deux maîtres d’école, un militaire, un professeur, un aviateur, un fleuriste, un parachutiste, un danseur, un lutteur, un coureur, un conducteur, un facteur, un maçon, un jardinier, un mécanicien, un pharmacien, un chirurgien et un paysan.

Trois phrases seulement pour atténuer les préjugés : Dani a lavé la nappe, puis il a séché la nappe. Marc a déchiré sa culotte, il la lave ; il la repassera. Pour les dames, bel effort : ma tante plante un clou dans le mur. Mais comment vous dire … après avoir lu tout l’ouvrage, et bien on n’y croit pas.

Dire que cet ouvrage souffre d’une obsolescence certaine serait peu dire … constater que l’Etat du Valais, parmi cinquante chefs de service, ne compte aucune femme dans ses rangs, paraît logique.

Commentaires : 17

  1. Le PLR, Claude Roch et Jean-François Lovey sont responsables du DECS depuis bien des années.

    Et ils crieront sur les toits qu’ils ne sont pas responsables de cet état de fait.

    La politique, c’est exactement ceci : n’être, quoi qu’il advienne, jamais responsable d’un état de choses.

    Et, surtout, ne rien faire pour que cet état de choses puisse changer. Ne serait-ce qu’un brin …

    Car un brin de changement et tout pourrait vaciller autour de ces hommes de pouvoir.

    De pouvoir, parce que ne rien faire c’est un acte de pouvoir.

    • Dans l’émission qu’on peut voir en boucle sur Canal9, Monsieur Michel Rothen dit en parlant du PDC: « On lui impute toutes sortes de maux. »
      Le PDC valaisan: 160 ans à votre service.
      Pour poursuivre vos observations sur le DECS, on peut poser que lorsqu’une tuile tombe du toit en Valais, il est scientifiquement impossible de démontrer que le PDC n’est pour rien dans l’affaire. De même lorsqu’un brin d’herbe pousse de travers.
      Toutes les lois valaisannes sont PDC. De la racine à la feuille. Et la question de la responsabilité devient intéressante. La loi PDC sur les constructions permet des projets fous sur Aminona, Mollens, en zone rouge; le massacre de certains coins comme Nendaz, Verbier, Crans; un stade de foot dans les vergers de Riddes…
      Qui devrait avoir à rendre des comptes aux générations futures? Les zozos venus d’on ne sait où aligner les parallélépipèdes vides dans les stations et qui demandent moins d’état et 0 impôt sur les gains immobiliers? Ou ceux qui leur cèdent (les députés PDC)?
      A qui demander des comptes pour le gaspillage d’énergie solaire dans ce canton? Aux électriciens qui freinent des 4 fers pour préserver leurs bénèfs ou au député PDC et au Conseiller d’Etat PDC qui choisissent l’immobilisme par paresse?
      Pouvoir, intérêt général, responsabilité. Entre lobbies et politiciens PDC le courant passe. Quid de la troisième pointe du triangle: le résident-contribuable? Un intrus.

  2. Tous les bambins de notre canton n’ont pas droit à « Bien lire, aimer lire » pour s’initier à la lecture. Quelque part bien loin de Sion les enfants ont droit depuis 2 ans déjà à une méthode qui serait selon ce qui a été dit à leurs parents la nouvelle méthode officielle de notre beau canton : « Que d’histoires » un rapide surf sur le site de la hepvs le confirme). C’est moderne, ce n’est pas sexiste, ce pourrait être merveilleux. Mais… Il s’agit d’un apprentissage utilisant la méthode globale au lieu de la bonne vieille syllabique, et ceci ne convient pas à tous les enfants selon les enseignants. De plus, il n’y a plus de manuel de lecture ce qui présente deux inconvénients majeurs pour les parents :
    – impossible de suivre et comprendre la méthode
    – impossible de faire réviser son enfant sans support
    La solution pour les parents qui veulent aider leur enfant sans moyen de le faire avec la méthode officielle : trouver une bonne vieille méthode syllabique, sexiste mais efficace !

    • Et non chère Edith, il est inacceptable que fin 2011 on se rabatte sur des pis-allez. Je prends bonne note de vos remarques, qui me paraissent on ne peut plus justifiées, par contre, de grâce, ne cautionnez en aucun cas le sexisme dans notre canton, les hommes y suffisent largement.

      Et ce d’autant plus que l’une des exigences, en lecture, est de COMPRENDRE ce que l’on lit. Est-là donc le message que nos filles doivent ingérer ?

      Il me semble que les parents sont en droit d’exiger une méthode qui fonctionne, adaptée à la société de son temps, et qui ne véhicule aucun préjugé, aucune discrimination.

      Sinon, à quoi bon s’acquitter de ses impôts ????

      • Chère Béatrice,

        Soyez rassurée (mais vous devez vous en douter) je ne cautionne en aucun cas le sexisme ! Mais puisque le sujet était abordé, j’ai donné mon point de vue sur la nouvelle méthode de lecture qui sera bientôt adoptée partout, merci Harmos.

        A ce sujet j’ai lu hier un des livres décortiqués hier par les jeunes lecteurs adeptes (ou victimes) de cette méthode et ai sursauté entre 2 à 3 fois par page en constatant l’usage généralisé du « on » à la place du « nous ».

        « On a du souci à se faire » pour l’apprentissage de la langue française dans ce beau pays…

        Vous avez raison, chère Béatrice : nous sommes en droit d’exiger une méthode qui fonctionne, adaptée à la société de notre temps, sans préjugé, non discriminatoire, et qui de plus respecte la langue française !

        Quant à nos impôts……..

    • Face à une telle profondeur dans l’argumentation, une telle force de la réflexion, une telle hauteur dans la réflexion, l’on ne peut que s’incliner bien bas … très bas, tout en bas, pour ne pas heurter le plafond de verre auquel se confrontent quotidiennement certaines femmes.

      Vous savez, ces crétines de féministes qui ne comprennent pas pourquoi, au XXIe siècle, à travail égal, elles ne sont pas rémunérées au même tarif que les grands hommes de cette auguste vallée .. les grands hommes qu’elles servent, ceux qui vous ressemblent.

      Mais si vous préférez les années 60, cher Bastien … il vous faut alors fuir les femmes médecins, les femmes dentistes, les femmes avocates, les femmes politiques, les femmes qui votent, les femmes qui s’instruisent, les femmes qui travaillent, les femmes de ce siècle, et non celui du siècle passé. Sacrée cavale à mettre en place … allez cow-boy, la route sera longue et solitaire, mais vous aurez Rantanplan.

  3. Chère Béatrice,
    Est-ce bien utile de prendre quelque temps que ce soit pour répondre à une provocation aussi stupide que révélatrice? Peut-être que oui…
    Par contre, je te félicite pour ton article qui, en bousculant à raison le mâle valaisan, se montre d’une vérité très (trop ?) criante.
    Brava! 🙂

  4. Pour l’animus, en Valais, la table est servie. Avec Constantin et le nombre de buts, de procès, de points. Avec le comptable d’Entremont, arc-bouté derrière le pilier de la rationalité, avec la seule mimique faciale qu’on lui connaisse. Avec les champions de l’érection des bâtiments vides dans les stations, le plus possible, le plus vite possible, le max de bénef possible, dans le talus le plus droit possible, avec une enveloppe sous la table si possible.

    Pour l’anima…Nos voies de communication! Interdire, dans la loi, le notable PDC d’entrer dans sa limousine. Que des véhicules du pékin de base!
    L’urbanisme…aïe! Aller à la banque, à la poste ou à l’épicerie sans voiture dans un village valaisan, avec un enfant de 2 ans, est impossible. Pas de trottoir! Exagéré? Essayez donc à Chamoson, Nendaz, Savièse…Internet est venu à la rescousse. Mais faut rester chez soi. Le notable PDC du centre doit frayer avec les indigènes pour perdre moins de voix aux prochaines, Monsieur Rothen.
    Sortez du centre ville de Sion et vous êtes en plein no man’s land. Alignements de blocs. Rues inanimées. Sans voiture pas de salut. Pas d’intelligence appliquée non plus.
    Allez à Montana entre Noël et Nouvel An en passant par la route du sana valaisan. Un maximum de 3 stores levés sur la façade d’un bloc locatif. Bouchons à coup sûr. Café diesel en terrasse. Mais le président de Nendaz dit dans le Nouvelliste qu’il faut continuer de construire, encore et encore. Du plus, du plus. Et le mieux? Dites au notable PDC que la maison est pratiquement terminée. Maintenant faut vivre ensemble. Merci.

    PS: On a retrouvé des traces de l’anima valaisanne. Elle est passée par Zermatt, Saas Fee et Riederalp.

    • Cher Marcel,

      Les écoles valaisannes obtiennent d’excellents résultats parce qu’elles utilisent une méthode syllabique dans l’apprentissage de la lecture. La méthode syllabique peut s’appliquer sans aucun problème avec des phrases véhiculant des préjugés d’un autre siècle.

      Mais ne vous réjouissez pas si vite, Marcel, bientôt l’école valaisanne, grâce à Harmos (programme intercantonal) passera à la méthode globale : en bref, le Valais, l’un des meilleurs, alignera son programme avec les plus faibles. De la méthode syllabique, systématique, on passera à la méthode globale, gigantesque foutoir.

      Pas de livres, mais des feuilles volantes … une approche à l’image de la génération actuelle des pédagogues, ceux qui zappent.

      Ah, j’oubliais : on va aussi réduire le nombre d’heures pour les élèves, vous savez … ce nombre d’heures supplémentaires qui leur garantissait de meilleurs résultats.

      Donc .. voilà, attention à ne pas emprunter des raccourcis …

  5. Chère Béatrice,

    Sachez en premier lieu que l’émancipation des femmes est tout sauf un produit de la lutte féministe, bien que cette erreur soit rentrée dans l’inconscient collectif. C’est le capitalisme et la 2ème guerre mondiale qui ont imposé le travail des femmes. Le capitalisme, tout d’abord, car il avait besoin d’une main d’œuvre docile et bon marché, puis la guerre, car l’industrialisation de celle-ci nécessita des bras pour fabriquer armes et avions pendant que les hommes étaient au front. En l’espace de quelques décennies, l’économie de marché a donc réussi à détruire un ordre social – ou du moins familial – qui perdurait depuis des siècles, pis encore elle a réussi à faire passer les gens qui pensent autrement – et donc qui sont un frein à son expansion – pour de dangereux rétrogrades.

    Vous me direz, peu importe la manière, l’important est que la condition féminine se soit améliorée, je vous répondrai que depuis qu’on a accordé des droits aux femmes, l’ordre social s’est désintégré et on arrive à la situation actuelle où les jeunes filles se promènent à moitié à poil dans la rue et baisent à 14 ans, c’est beau la condition féminine. Pire, la famille n’est plus qu’un lointain souvenir, maintenant que les divorces sont la règle.

    Je ne suis pas fondamentalement contre certains droits qu’on a accordés aux femmes – si ce n’est le droit de vote mais c’est un autre débat – mais ce que je critique c’est la superficialité de votre raisonnement. Améliore-t-on la condition féminine en remplaçant les silhouettes masculines des passages piétons par des silhouettes féminines ? l’améliore-t-on en écrivant dans un livre d’apprentissage que Martine joue aux legos à la place de Martine joue à la poupée ? Certainement pas. Votre article est totalement contre-productif, il ne défend pas les femmes. Ce que vous faîtes s’appelle du communautarisme sectaire. Voilà le féminisme que je hais. Changez les manuels scolaires si cela peut vous enchanter, la superficialité vous sied si bien.

    • Cher Bastien,

      Voici mon Credo ..

      Je crois que les êtres humains naissent libres et égaux en droits, et ce sans distinction de race, de sexe, de culture ou de religion.

      Je suis pour la pluralité des religions, et la plus grande tolérance en matière de culture ou de croyances.

      Je crois au mariage, qu’il soit hétéro ou homosexuel.

      Je crois en la parentalité et à son pendant, l’homoparentalité.

      Je crois que notre monde serait appauvri sans l’apport des femmes, ne vous en déplaise.

      Le monde serait plus ignare sans Anna Freud, Françoise Dolto ou Mélanie Klein.

      Je crois en Simone Signoret, Catherine Deneuve, Edwige Feuillère ou Marylin Monroe, pas si blonde que les studios ont voulu nous le faire croire.

      Je crois que le monde serait moins riche sans la plume de Colette, Marguerite Yourcenar ou Marguerite Duras. Sans oublier Corinna Bille, loyauté familiale oblige.

      Je crois que le monde serait sourd sans la Callas, Edith Piaf ou Barbara.

      Et aveugle sans Marie Laurencin ou Camille Claudel, dont l’oeuvre a été noyée injustement dans celle de l’Auguste Rodin, Camille que son frère, le si gentil poète, a fait enfermer, la condamnant ainsi au silence absolu.

      Je crois que le monde serait plus laid sans Coco Chanel, Jeanne Lanvin ou Sonya Rykiel.

      Le monde serait moins libre sans la magnifique opposante birmane, au nom imprononçable, mais couronnée d’un Prix Nobel. Il serait plus lâche sans Golda Mehr, Simone Weil ou Hannah Arendt.

      Il serait moins disert sans l’expresse Françoise Giroud, vide et sombre sans Marie Curie, Elisabeth Badinter ou Hélène Carrère d’Encausse.

      La femme n’est pas qu’un ventre, Bastien, et ceci depuis des siècles. Si mai 68 et la pilule ont libéré le corps de la femme, qui désormais ne se donne plus à son mari, mais s’y abandonne librement, leur esprit a de tous temps réclamé liberté, égalité et respect.

      Si aujourd’hui les ados se déshabillent, Bastien, hier les hommes trompaient leurs grands-mères dans le secret d’alcôve commodément cachées à tous les regards. C’est la discrétion que vous regrettez, et le caractère essentiel masculin des escapades d’antan.

      Je salue toutefois la justesse de votre argumentation sur le travail des femmes, et les conséquences sociales de la IIe Guerre Mondiale.

      Cependant, ceci n’est pas le commencement, … vous pêchez par ignorance en prenant un train déjà en mouvement.

      Les femmes ont toujours travaillé … au Moyen-Age dans les rues, sur leurs étals ou dans des ateliers. Le Livre des Métiers d’Etienne Boileau, au XIIIe siècle, énumère des métiers féminins, notamment ceux utilisant la soie et l’or, des matières précieuses et onéreuses. Les archives de Paris, de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle, citent une quinzaine de métiers féminins : batteuse d’or, batteuse de soie, batteuse d’étain, créatrice de chapeaux en or, ourdisseuse, cardeuse, etc.. Certaines professions sont reconnues comme mixtes à l’image de la confection du linge blanc.

      Dans de nombreuses villes françaises, les femmes se constituent en corporations, édictent leur propre règlement, forment des apprenties. La loi les autorise à exercer un métier, en tant que femme seule, mais aussi en tant que femme mariée, ce qui leur a été interdit plus tard.

      La femme n’a pas commencé à travailler en 1939 … le monde professionnel ne s’est pas ouvert à elle à partir du XIXe, avec l’industrialisation. Bien au contraire : c’est à partir de cette épque que ce nouvel ordre économique a créé la ségrégation, en tentant de reléguer les femmes à des tâches spécifiquement et uniquement réservées à leur sexe.

      La Deuxième Guerre MOndiale a créé une situation de pénurie, et donc l’homme s’est souvenu de la femme … il s’en est souvenu, il ne l’a pas créée.

      Voilà pour l’histoire … penchons-nous maintenant sur le raisonnement : Bastien, un bouleversement social se prépare toujours en amont, par les intellectuels. La Révolution française n’aurait pas eu lieu sans la libéralisation de la presse (due à la faiblesse de Louis XV), sans la plume acerbe de Laclos, sans les philosophes de ce temps dit des Lumières. De nombreux intellectuels ont soutenu la cause de la femme, en prônant leur éducation, et ceci bien avant le XXe siècle.

      D’autre part, lorsqu’il s’agit de réfléchir sur un sujet donné, il convient d’en distinguer clairement tous les aspects, et ne pas les mélanger allègrement dans un brouet qui en perdra toute saveur. Vous me paraissez confondre les causes et les effets, en oubliant les origines.

      Enfin, les phénomènes dont vous vous plaignez – laisser-aller de la jeunesse, perte des valeurs traditionnelles, droit de vote accordé aux femmes (Seigneur !) – trouvent leur origine dans des causes bien plus profondes et complexes.

      Le XIXe siècle a muselé la femme, le début du XXe l’a corsetée … et depuis la femme s’est libérée. Le XXe siècle, Freud nous l’annonçait il y a plus de cent ans, tuera la figure du père.
      Le père en tant que figure toute-puissante et solitaire, seul détenteur de l’autorité et du savoir.

      Bastien, quinze années d’expérience dans le monde de l’enseignement me permettent de vous affirmer, sans superficialité aucune, que c’est dans l’enfance que l’on inculque à nos chères têtes blondes tant les valeurs que les préjugés. Je trouverai toujours utile de lutter contre les préjugés, parce qu’ils créent des hommes à l’esprit étroit et borné.

      Il n’existe aucun communautarisme chez moi : j’envisage la femme dans sa globalité en refusant de l’enfermer dans un seul rôle, une seule fonction. Il semblerait que ce soit votre cas … et que voilà là un bel exemple de projection.

      Piaget, un homme, Bastien, écoutez-le … Piaget affirmait que l’intelligence était la capacité à s’adapter.

      Il est temps … ou alors peut-être vous faut-il émigrer dans l’Utah, là où vivent et se reproduisent les mormons fondamentalistes. A défaut, faites-vous offrir Big Love.

      Et quoi qu’il en soit, et sans rancune aucune, Joyeux Noël !

  6. Oh les belles prémices mysogines et historiquement fausses qui discréditent la suite de votre raisonnement!! Si j’ose appeler ça un raisonnement.

    Vos propos sont en effet vulgaires et blessants et se situent à la hauteur du point de départ de votre réflexion; à mi-chemin entre le sommet de l’intelligence et le puits de la stupidité.

    Surtout, n’oubliez pas que nous sommes en 2011! Sinon vous allez avoir des surprises….

    Bonne route, Monsieur Veuthey! Le combat sera rude…

  7. Bon, finalement, ça tient pas debout cet article. A mon avis, quel que soit le contenu des phrases d’un livre pour apprendre la lecture, y aura toujours quelqu’un pour râler. Prenez un livre de psychologie de l’enfant, et vous verrez qu’à cet âge, on ne bâtit que peu de préjugés. Si vous ne voulez pas lire, attendez une vingtaine d’années, et vous verrez que le nombre de machos n’aura pas augmenté. Je hais ce féminisme du détail, car il ternit l’image de la femme moderne. Je suis pour un pouvoir aux femmes, et l’émancipation s’est faite il y a longtemps, grâce à des féministes, des vraies, des battantes, des femmes engagées que je respecte. Faire un caca nerveux pour une étude statistique douteuse et subjective sur un manuel scolaire, c’est se foutre de la poire de ces milliers de femmes qui ont érigé une société égalitaire.

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