Voici des années que les professionnels du livre, représentés par Madame Berclaz Zermatten, et unis, se mobilisent pour obtenir une loi réglementant le prix du livre. L’objectif principal de cette loi est d’exercer une pression à la baisse sur les prix et de maintenir la diversité des points de vente. Le commerce du livre ainsi régi permettrait l’entrée en vigueur d’une concurrence axée sur l’offre et le service et non plus sur les prix. Les chambres en ont accepté le principe en mars 2011.
Que s’est-il passé depuis ? Le PLR et l’UDC ont lancé un référendum, et, largement soutenus par la Migros, ils ont récolté les voix nécessaires (en écrasante majorité outre Sarine ).
Dans ce contexte, la Migros souhaite clairement préserver son réseau de magasins Ex Libris.
Qui connaît cet enjeu en Suisse romande ?
Quant aux détracteurs de la loi, ils contestent l’évidence du discount pratiqué ici et là et ne voient sans doute pas les macarons -20% sur les best sellers de tout poil, que ce soit à la Fnac ou chez Payot.
Discount ou pas, s’il s’agit de se procurer le dernier Carl Emmanuel Schmitt, nous avons l’embarras du choix.
En ce qui concerne les textes de Jérôme Meizoz, il en va tout autrement !
Ce qui m’intéresse est de savoir si les opposants à la loi aspirent à des points de vente standardisés, où la pauvreté de l’offre friserait l’indigence.
Peut-être n’envisagent-ils l’accès au livre qu’il soit numérique ou papier que par le biais d’un clic ?
Ont-ils conscience que le livre fait partie des inventions majeures de l’humanité, que sa conservation et son accès sont synonymes de liberté d’apprendre, de liberté de connaître, de liberté de savoir ?
Que le maintien d’une « bibliodiversité » est de notre devoir ?
J’espère de tout cœur que la réflexion permettra à chacun de dire :
OUI au livre
Photo à la une : ariel.chico







4 février 2012 à 2 h 53 min
Je dis de ma petite voix : OUI au livre, ce compagnon de route inestimable.
4 février 2012 à 9 h 16 min
Chaque avis compte, et il n’y a pas de petite voix ! Alors, merci de vous prononcer. L’enjeu est de taille.
4 février 2012 à 9 h 27 min
Petites réflexions à l’intention de Mme Sauve Darbellay,
J’achète en moyenne pour environ 3’000.- de livres par année. Des best-sellers, des livres beaucoup plus confidentiels. Des bandes dessinées, des romans, des ouvrages historiques. Dans les grandes surfaces, dans les librairies, par Internet.
Est-ce que le prix unique du livre va faire baisser ma facture ? J’ai de la peine à le croire. Quand on enlève l’étiquette de prix suisse et qu’on voit en-dessous le prix en euro, ça fait une différence assez notoire. Le prix unique va-t-il changer cela ? De nouveau, j’ai de la peine à le croire.
Personnellement, j’ai plutôt tendance à penser que le prix unique du livre, ça amènera à une unification par le haut.
Comme vous, je suis attaché au livre en tant qu’objet physique. Ma tablette IPad me sert à consulter des documents professionnels, mais rien ne remplacera pour moi les pages que l’on tourne, le marque-page que l’on glisse ou le livre que l’on classe.
Et malgré cela, je ne vois pas en quoi l’absence de prix unique pourrait être une menace.
4 février 2012 à 10 h 06 min
La loi sur le prix unique vise à réduire le différentiel qui est pratiqué actuellement de manière plus ou moins variable (les différents diffuseurs ont chacun leur « tabelle ») entre le prix en euro et le prix en francs suisses. Le prix des livres proposés en librairie et en grande surface évoluera à la baisse puisque ce différentiel est fixé à 20 % maximum et qu’il sera placé sous la surveillance de Monsieur Prix. A l’heure actuelle, certains prix pratiqués en Suisse avoisinent une majoration bien supérieure.
Si vous achetez par Internet, le prix qui sera pratiqué, si la loi est acceptée, sera le prix réglementé. Que les sites par lesquels vous vous approvisionnez soient français ou suisses. Donc tous les livres que vous pourrez acquérir (soit dans un assortiment proposé par un libraire, soit en passant commande, sachant que toutes les semaines, des centaines de nouveautés paraissent) seront vendus au même prix. Pour tous les professionnels du livre, cette loi est d’une importance extrême. Les libraires sont très concernés, mais il en va de même des éditeurs suisses romands par exemple, et des auteurs pour lesquels chaque librairie reste une occasion de rencontrer des lecteurs.
L’entrée en vigueur de cette loi est indispensable pour permettre une concurrence sur l’offre et le service, et non sur le prix. Tous les best sellers vendus actuellement à prix cassés par les chaînes qui, elles, ont les moyens d’offrir des rabais de l’ordre de 20 % à leurs clients, sont autant de ventes « faciles » dont les libraires sont privés. On les sollicite alors pour des recherches plus complexes et laborieuses et des commandes sur lesquelles il est plus difficile de dégager des bénéfices et de réaliser des volumes. La librairie est un commerce à part, mais un commerce malgré tout. J’espère avoir pu vous apporter des éléments compréhensibles dans un contexte plutôt difficile à appréhender. En vous souhaitant de belles lectures je vous remercie pour vos réflexions.
4 février 2012 à 10 h 59 min
Personnellement, l’argument qui me convainc n’est pas celui de l’économie, du différentiel des prix, ni celui des éditeurs, ni même peut-être celui du monde des libraires et de la préservation de ces librairies à laquelle certains sont si attachés.
Non, je crois, un peu comme le disait il y a quelques mois Slobodan Despot sur une chaîne radio, avec d’autres mots, qu’il s’agit d’un « acte symbole » pour dire oui au grand livre de la vie qu’est la culture du livre.
Les liseuses et les tablettes sont d’aujourd’hui. Mais je refuse que le livre soit du passé. Et j’ai l’intime conviction, hors des chiffres et des batailles à coup de statistiques, loin des modèles sociologiques ou des théories psychologiques, hors peut-être aussi d’une certaine manière d’aborder les échanges et le capitalisme, que le livre est pour certains, auxquels j’appartiens plus qu’une chose nécessaire, une sorte de sens de la vie.
Et penser que ce sens, avec tout son contenu, puisse s’étioler, même un brin, alors même que je sais que tel est – inexorablement – le cas, me suggère que la culture est sur le chemin de prendre des formes peut-être mortifères.
La jeunesse lit à l’évidence moins. Le livre n’est pour une partie de cette jeunesse qu’un objet de déplaisir ou d’indifférence. Alors ce débat animé sur le prix du livre, que le combat soit perdu ou gagné, est dàjà un acte de transmission d’une vérité culturelle sur le chemin d’une transformation impossible à déterminer encore dans toute son ampleur.
4 février 2012 à 11 h 28 min
C’est droit au coeur qu’il me va, ce commentaire si joliment tourné. Et bien sûr que je partage l’idée que le LIVRE se situe au-delà de toute nécessité bien réductrice en regard des possibles, des horizons qu’il nous ouvre…Par contre, je me refuse à croire la jeunesse blasée. Jour après jour tant d’occasions se présentent de faire découvrir à chaque lecteur son livre, et les livres parfois se chargent du reste, de nous faire rebondir, de rencontre en coup de foudre, quel que soit notre âge. Ne renonçons pas aux occasions de favoriser ces rencontres sous prétexte que « Notre jeunesse aime le luxe ; elle est mal élevée ; elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens…Ils ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans la pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. »… Au contraire, cultivons les occasions de croiser les regards !
4 février 2012 à 11 h 25 min
Et pour compléter la réponse de Carine Sauve Darbellay, j’ajouterai ceci:
En Suisse les prix ont augmentés depuis qu’en 1992 le Cartel qui réglementait les prix est tombé. Les grandes librairies ont alors commencé à faire des -10% et ensuite -20% à l’arrivée de la FNAC en 2000, et pour combler se manque à gagner ils ont poussé les fournisseurs à augmenter leur remise et donc les fournisseurs à augmenter le cour du change. La guerre des prix a vu tous les livres à la hausse, pour quelques rabais qui font croire aux lecteurs qu’ils ont des avantages dans certaines librairies. ALors qu’en fait, ils les paient presque tous trop chers. En Angleterre, depuis la libération des prix, les librairies ferment les unes après les autres, et les prix augmentent.
Vous pensez bien que toute la branche du livre ne soutiendrait pas cette loi si elle devait la scier.
ALors un grand OUI AU LIVRE le 11 mars prochain.
4 février 2012 à 12 h 40 min
Je voterai oui au livre, sans hésiter. Si la loi passe, elle amènera une bouffée d’air aux libraires indépendants, et c’est tant mieux.
Pour autant, je pense qu’il est urgent de s’atteler à la définition d’un nouveau modèle économique en ce qui concerne le livre. Dans cinq à dix ans, la totalité de l’édition scolaire aura passé sur tablette. Le manque à gagner pour les libraires indépendants dépassera grandement le chiffre d’affaires que le prix unique du livre aura permis de sauvegarder. Il faut se rappeler également que le modèle selon lequel les ventes de masse financent la création est d’ores et déjà largement compromis dans le domaine de la musique.
Paradoxalement, ce seront peut-être les livres les plus chers, ceux pour lesquels la marge est la plus grande, qui contribueront à redéfinir le métier. Offrir un livre comme on offre un bijou ? Le transfert des valeurs n’est pas sans intérêt.
On peut également se souvenir que le mot « libraire » est à l’origine synonyme d’éditeur : le front commun entre éditeurs et libraires a tout à gagner à se renforcer, tout particulièrement au niveau régional.
L’arrivée du livre dans les grandes surfaces a forcé les libraires indépendants à se soumettre à des règles économiques qui n’étaient pas à leur avantage. Il faut tout faire pour que la révolution numérique leur permette de reprendre la main.
4 février 2012 à 14 h 53 min
Merci pour cet engagement ! je pense aussi que le numérique prendra le pas dans les domaines scolaires, et que cette mutation est déjà en oeuvre. Les habitudes changent, le monde du livre, celui de la pensée et de sa diffusion aussi. Les libraires ne cherchent pas à se voiler la face et nous profitons aussi des nouvelles technologies qui ont révolutionné notre quotidien, notamment dans le domaine des recherches bibliographiques. Rares sont les éditeurs qui envisagent le livre comme un bijou, mais je citerais avec plaisir Diane de Selliers qui, publiant un livre par année en a pris son parti. Si ses publications sont proposées à un certain prix, elles représentent plus un investissement qu’une dépense. Ses livres dans notre bibliothèques ont le relief d’une oeuvre d’art. La marge réalisée reste toutefois en proportion du prix et ne permet donc pas de plus grands bénéfices. L’époque des libraires éditeurs est bien révolue mais cette notion a gardé toute son actualité à travers le fait de croire en quelque chose, d’encourager la curiosité intellectuelle, de s’investir dans la représentation des idées, l’émergence des réflexions, la confrontation des regards. Aujourd’hui, c’est surtout l’accélération des processus qui nous confronte à de nombreuses interrogations. Mais chaque librairie reste un cadeau pour notre environnement culturel, pour cette raison aussi, disons : oui au livre !
4 février 2012 à 13 h 31 min
Certes, votre approche est intéressante, mais soulève quelques critiques.
Une concurrence sur l’offre et le service au lieu des prix ? Vous partez du principe que le choix des consommateurs en faveur d’Internet ou des grandes surfaces est une question de prix. Or, si l’on regarde la France qui connaît le prix unique, on constatera que les parts de marché des libraires ont diminué d’un tiers en dix ans, alors que les prix sont partout les mêmes.
Vous estimez que la loi sera efficace grâce à l’action de M. Prix. Sans m’étendre sur la question, on constate aujourd’hui avec la question des transports publics que son impact est très faible, pour ne pas dire inexistant. Ce d’autant plus qu’il s’oppose à la LPL et qu’il a toujours affirmé ne pas être en mesure d’agir.
Une librairie qui ferme ne réjouit personne. Mais il s’agit d’un choix fait par les consommateurs. Je ne vois aucune raison de punir les lecteurs de bestsellers qui profitent de rabais ou les clients d’Amazon. Pendant des années, les éditeurs français se sont rempli les poches sur le dos des lecteurs suisses. Aujourd’hui, il existe enfin, grâce au commerce en ligne, de vrais moyens de pression. Pourquoi diable devrait-on imposer à ces consommateurs des prix plus élevés qu’actuellement, ceux-ci étant à mes yeux le prix juste.
Notamment pour ces raisons, je vous invite à dire oui au livre, et NON au prix unique le 11 mars prochain.
4 février 2012 à 14 h 24 min
Si le prix unique du livre n’a pas permis aux libraires en France de voir leurs parts de marché augmenter, elle leur a sans aucun doute permis de survivre et les éditeurs et acteurs du marché du livre se félicitent de cette mesure. Personne ne cherche à sanctionner les lecteurs de best sellers qui méritent tout notre respect . L’édition de best sellers permet aux éditeurs de publier des livres plus « pointus ». Le marché suisse romand représente un proportion plutôt anecdotique (évaluée à 5 % du CA des éditeurs français). Par contre, sur le marché suisse romand 80 % des livres vendus sont des publications françaises. Rappelons que le risque commercial est assumé par les éditeurs. Les structures de distribution et de diffusion que nous connaissons actuellement permettent aux libraires de fournir à leurs clients, et ceci dans des délais intéressants, les ouvrages qui les intéressent. Ces structures représentent des postes de travail en Suisse, rémunérés à des salaires suisses et forcément tout cela implique des coûts répercutés sur le prix des livres vendus en Suisse. Chaque librairie a son âme, son style, chaque libraire sa personnalité, et cette richesse est inestimable. Disons : oui au livre
4 février 2012 à 16 h 48 min
Chère Madame,
Certes, vous balayez du revers de la main toute critique à l’endroit du prix unique français.
« Si le prix unique du livre n’a pas permis aux libraires en France de voir leurs parts de marché augmenter, elle leur a sans aucun doute permis de survivre et les éditeurs et acteurs du marché du livre se félicitent de cette mesure. »
Bien, c’est le mantra officiel en France, mais il convient toutefois de regarder concrètement les chiffres. Selon le Service du livre et de la lecture du ministère de la culture français, la part de marché revenant aux librairies s’élevait à 33.2% en 1994, contre 24.4% en 2007 (rapport Gaymard), ce chiffre n’ayant fait que baisser durant cette période. Lors d’une discussion récente avec un diffuseur, il estimait ce taux à environ 50% en Suisse…
La France connaît des villes de la taille de Sion sans aucune librairie. La Suisse, elle, dispose de deux fois plus de librairies par habitants que sa voisine.
Comment expliquer cette dramatique évolution ? Les élites françaises se félicitent que le prix du livre a augmenté moins vite que le coût de la vie. Pas besoin de grandes études pour comprendre que vendre un bien qui ne suit pas l’inflation est voué à l’échec. De même, les clients se rendent de plus en plus auprès des grandes surfaces, à prix identique. Sans doute, les clients sont-ils prêts (et j’en fais partie) à débourser un peu plus pour le service de qualité que je trouve auprès d’un indépendant. Or, avec la LPL, se donner des marges acceptables sera tout simplement impossible.
Les diffuseurs créent sans doute des emplois en Suisse. Ils servent aussi aux éditeurs français à profiter d’une marge deux fois supérieure en Suisse qu’en France. Les importateurs étouffent notre marché, et pas que dans le domaine de la librairie. Si l’on refuse de les remettre en question, alors nous resterons avec notre fameux îlot de cherté.
Au passage, je rappelle qu’en plus de la différence affichée sur le livre, les importateurs empochent encore le différentiel de TVA qui n’est pas nul: 2.5% en Suisse, 7% en France.
J’aime les librairies, sincèrement. Je n’ai pas envie de les voir disparaître. Mais l’adversaire n’est pas le lecteur ou Amazon. L’adversaire, et cela dans tous les secteurs, c’est la très mauvaise habitude des sociétés étrangères de considérer le consommateur suisse comme une vache à traire. Le problème des libraires est un problème de prix d’achat, pas de vente.
Je maintiens, pour le livre, disons NON à la LPL.
4 février 2012 à 17 h 44 min
Cher Monsieur Nantermod,
Je ne suis pas convaincue que l’on puisse comparer les réseaux de librairies suisses et français. Ma considération sur la façon dont les professionnels du livre appréhendent en France l’application de la loi Lang se base sur les articles ayant paru dans le journal professionnel Livres Hebdo à l’occasion des 30 ans de cette mesure. Et ils sont unanimes. Les parts de marché fluctuent et parfois pour des raisons aussi prosaïques que la hausse du prix de l’essence. Elles sont certainement aussi très variables en fonction des « familles de livres » Depuis que j’évolue dans le monde du livre, les études le démontrent, et vous avez raison, nous bénéficions en Suisse romande d’un réseau exceptionnel. Mais notre pouvoir d’achat l’est aussi.
Les diffuseurs il est vrai rapportent de l’argent aux maisons dont ils sont les filiales, gagner de l’argent en vendant des livres, est-ce une honte ? N’oublions pas que l’organisation des diffuseurs et distributeurs profite aussi aux petites librairies qui ne pouvant mobiliser une trésorerie extraordinaire se montrent très compétitifs en terme de service, et ceci pour la bonne et simple raison qu’une proportion non négligeable de références sont livrables en Suisse dans des délais remarquables.
Loin de quiconque l’idée de considérer le consommateur suisse comme une vache à traire, j’en veux pour preuve les exemples fournis par les éditeurs suisses romands qui comme je l’ai écrit précédemment se distinguent plus par la qualité de leur production que par leurs bas prix.
Les prix pratiqués actuellement ne sont pas franchement farfelus, ne soyons pas de mauvaise foi.
Le vrai problème dans notre pays, c’est que l’on ne rechigne pas à gagner bien mieux notre vie qu’ailleurs, mais que l’on répugne à payer plus. Les prix en euros indiqués sur les livres sont censés servir la librairie(en France), sur notre marché, ironie du sort, ils obligent les libraires à se justifier à longueur de journée. Je regrette de devoir faire cette comparaison, mais seriez-vous heureux de payer votre café 3.50 si sur votre ticket, vous pouviez lire aussi à chaque fois, 1 euro 20 ? Mais on ne le dira jamais assez, le livre n’est pas une marchandise comme les autres, donc je réitère mon invitation et mes encouragements les plus vifs à dire : oui au livre
4 février 2012 à 19 h 16 min
En résumé,les livres ont besoin de nous. Le pouvoir indéterminé des livres est incalculable. Il est indéterminé précisément parce que le même livre, la même page peut avoir des effets totalement disparates sur ces lecteurs. Il peut exalter ou avilir; séduire ou rebuter; appeler à la vertu ou à la barbarie, magnifier la sensibilité ou la banaliser. De façon on ne peut plus déconcertante, il peut faire les deux, presque au même moment, dans un élan de réponse si complexe, si rapide dans son alternance et si hybride qu’aucune herméneutique, aucune psychologie ne peut prédire ni ne peut calculer sa force (et donc son prix?). A différents moments de la vie du lecteur, un livre suscitera des réflexes entièrement différents. Dans l’expérience humaine, il n’est pas de phénoménologie plus complexe que celles des rencontres entre texte et perception,ou, comme le nota Dante, entre les formes du langages qui dépassent notre entendement et les ordres de compréhension au regard desquels notre langage est insuffisant: « la debilitate de lo’nielleto et la cortezza del nostro parlare ».
A vous tous qui êtes Le Peuple du Livre. Un titre qui n’est attribué, pour autant que je le sache, à aucune autre communauté historique et ethnique. Pourtant, il n’est pas facile de donner à cette noble désignation un sens précis, a fortiori unifié.
Mon opinion personnelle est que ce débat sur l’opportunité ou non d’une loi sur le livre est vulgaire, qui préfigure une bien triste époque et qui me donne une forte envie de vomir….
Conclusion le meilleur moyen de signifier cet état de chose est de voter blanc!
4 février 2012 à 19 h 25 min
Une bien décevante idée après une telle apologie. C’est à mon sens mépriser gravement un enjeu crucial.
4 février 2012 à 20 h 29 min
Je lis Comenius souvent.
Dommage, me semble-t-il, ce brin de trop de mépris, car sa réflexion est bien pertinente.
4 février 2012 à 21 h 21 min
@Carine Sauve Darbellay,
Je peux comprendre votre légitime déception qui doit probablement être de la même intensité que j’éprouve au débat de chiffoniers concernant le livre et qui dépasse mon entendement par l’absurdité d’une loi sur le livre et le mépris que m’inspire cette idée. En effet l’infantilisation de notre société m’exaspère, que confirme l’argumentaire du jeune Nantermod qui a encore du lait au bord de la bouche, que justement concernant La lecture des Livres devrait en principe sortir de l’enfance au surplus ces comparaisons avec la France, l’Angleterre, etc., sont d’un ridicule sans nom et que la Suisse devrait ouvrir une nouvelle voie et faire preuve d’imagination dans la diffusion de la lecture, qui corresponde à notre époque.
D’autre part, l’enjeu n’est plus crucial au contraire il est déjà dépassé, depuis le temps que cette loi est en gestation, de l’eau à couler sous les ponts et malheureusement je le déplore mais le livre finira comme la musique ou les films il se téléchargera d’une manière licite ou illicite et on sera confronté au même phénomène qu’actuellement avec les droits d’auteurs. Voilà les règles du nouveau marché globalisé.
Bien à vous.
4 février 2012 à 21 h 37 min
J’ai une question, peut-être absurde d’ailleurs, pour Comenius, Carine Sauvé-Darbellay, Stéphane Riand, Jean-François Fournier, Jean-Yves Gabbud et David Claivaz, et d’ailleurs pour tous les rédacteurs et journslistes de tous les blogs et quotidiens du monde : par quel artifice du marché et de la main invisible des hommes et des femmes qui écrivent sontnrétribués pour des écrits sans portée ni pensée et d’autres auteurs de texte de réflexion et d’esprit publient sans l’espoir du moindre kopeck en retour ? Est-ce cela la loi du marché ?
5 février 2012 à 21 h 33 min
Pour ma première intervention je vais être bref et poser, à chaque lecteur, la question suivante : à prix égal, allez-vous changer vos habitudes de lecture et vous précipiter chez le libraire de votre quartier plutôt que de commander par l’internet, vous procurer votre ouvrage dans une grande surface ou le consulter en bibliothèque ?
6 février 2012 à 0 h 59 min
Comme l’a écrit Comenius, le livre se téléchargera de plus en plus. Jean D’Ormesson ne peut être accusé de vouloir fermer des ibrairies. Il dirige pourtant une collection, iBibliothèque, qui donne accès à de nombreux grands classiques de la littérature française. Vous pouvez télécharger cette application sur Applestore.
Cela m’arrange beaucoup, car je ne sais plus où mettre mon prochain livre.
L’accès à la lecture est de plus en plus diversifié.
6 février 2012 à 1 h 01 min
La belle faute de frappe: ibrairies pour librairies. Et mon iPad n’a pas fait fonctionner la correction automatique. Pas fou….
6 février 2012 à 16 h 15 min
@Carine Sauve Darbellay
NOSTALGIE
Fini, la Librairie Descombes (Tribune de Genève, 03.09.2011)
La précarité du marché du livre a été fatale à la librairie.La rumeur qui courait depuis mai vient d’être confirmée: la Nouvelle Librairie Descombes mettra définitivement la clef sous la porte à la fin de l’année. Vladimir Stepczynski a décidé de mettre un terme à l’activité de l’enseigne à la rue du Vieux-Collège, qu’il avait rachetée en 2003, pour la préserver de la fermeture. «J’ai pris cette décision pour stopper l’hémorragie financière. Après huit ans, nous nous apercevons que nous ne parviendrons pas à remplir la mission que nous nous étions fixée», précise le gestionnaire de fortune de 66?ans. Son but n’avait jamais été de faire des bénéfices avec cette librairie, fondée en 1797, mais il pensait alors possible la survie de ce lieu cher aux Genevois.
Un espoir enterré avec l’évolution du marché du livre, dont on connaît les difficultés, aggravées encore par le franc fort. «Nous avons exploré différentes pistes pour poursuivre l’activité, notamment en cherchant de nouveaux relais ou d’autres contributeurs, mais elles se sont avérées insatisfaisantes. Au niveau des ventes, cette année a été catastrophique, encore plus que les dernières. C’est en même temps la conjoncture, le développement des ventes en ligne, l’essor des tablettes. Je suis sidéré de voir plus en plus de gens qui s’en servent. Et bien sûr, le coup de poignard final, ça a été la chute de l’euro.»
A cause de cette dégringolade, les tabelles établies par les diffuseurs ont été ajustées deux fois cette année, ce qui a abouti à une baisse des prix. Comme elle n’a pas été compensée par une augmentation des ventes, elle s’est soldée par une baisse du chiffre d’affaires qui a été fatale en raison de la situation déjà précaire du marché. «C’est pour cela que j’ai toujours été plutôt contre le prix unique du livre, poursuit Vladimir Stepczynski. Il implique que l’on s’ajuste en Suisse aux prix européens, ce qui entraîne une baisse des prix qui devrait être compensée par une augmentation des ventes de 20 à 30%. C’est absolument inconcevable.»
En plus d’un revenu orienté à la baisse, Descombes, comme les autres indépendants, a dû faire face à des charges qui augmentent. D’une certaine manière, c’est peut-être également la dimension du lieu, plutôt important, qui a posé problème. Il nécessitait d’employer cinq personnes, dont certaines à temps partiel. «Il fallait trop d’employés pour assurer aux clients le service annoncé. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Si on baisse les effectifs, on n’a plus le service adéquat, et alors la librairie n’a plus lieu d’exister.»
Sa situation ressemble dramatiquement à celle de François Pulazza, qui s’est vu contraint de fermer sa librairie La Part du Rêve, à la rue Leschot, en juillet dernier. Selon le gestionnaire, contrairement à ce qu’avaient circulé les rumeurs, ni la régie ni le propriétaire ne sont à mettre en cause. «Le loyer a été maintenu dans les prix discutés au départ, qui étaient au-dessous de ceux des boutiques de mode environnantes.»
Voici qui confirme l’inutilité d’une loi sur le livre, selon les acteurs c’est à dire les libraires. Voir aussi article du 24.10.2011 dans Le Temps
Bien à vous.
6 février 2012 à 20 h 18 min
Une librairie qui ferme, c’est forcément un crève-coeur, la Nouvelle Librairie Descombes avait la particularité d’être la plus ancienne de Genève. Elle avait son atmosphère propre, ses visages familiers, et un assortiment formidable de livres récents et d’ouvrages de bibliophilie. Malheureusement, on parle toujours des librairies qui ferment. Pour ma part, j’ai vécu à de nombreuses reprises l’excitation singulière des librairies qui ouvrent, des projets qui s’offrent à notre curiosité, de l’émergence d’une personnalité qui par l’intermédiaire de ses choix nous révèle tant de choses et nous donne l’occasion de nouvelles rencontres. En 2011, cette émotion, j’ai pu la vivre dans le cas de l’ouverture du Cerf-Livres à Orbe, de la librairie le Rez à Châtel-Saint-Denis ou de la Petite Prose à Boudry. Et si dans notre extraordinaire mosaïque culturelle, nombreuses sont les librairies récemment implantées, je ne peux que dire mon admiration à l’endroit de ces belles initiatives..
6 février 2012 à 23 h 00 min
Ja zum Buch!
Sî al libro!
Forza e coraggio!
7 février 2012 à 3 h 00 min
J ai vraiment l impression d assister à un combat d arrière garde. Je ne vois pas très bien ce que le prix unique du livre veut protéger si ce n est une rente de situation pour des libraires qui ne veulent pas s adapter au marché actuel. Ces derniers justifient le prix unique du livre en perpective d un choix plus large qu auprès des « discounters ». Ah bon ! C est un point de vue qui ne se défend absolument pas.
J achète régulièrement des livres de toutes sortes : philo, science, roman, finance, sociologie, etc. etc. Neuf fois sur dix, lorsque je m’adresse à un libraire, il doit le commander. Je dois donc attendre entre 4 et 10 jours. En allant sur internet je peux également le commander et l obtenir en 1 et 3 jours à un prix égal voir moins cher. Question : où est l avantage concurrentiel du libraire ? Car c est bien de cela que l on parle. Et ne venez pas me dire que le libraire défend les petites éditions… C est un discours d un autre âge. Pour qui sait se servir d internet correctement on trouve TOUT sur la toile.
Comme je suis un lecteur qui entreprend plusieurs livres à la fois jusqu à l apparition de la tablette numérique j avais toujours plusieurs livres qui me suivaient. Maintenant ce n est plus le cas et dans quelques annnées ce sera certainement toute ma bibliothèque qui me suivra partout dans le monde…
7 février 2012 à 15 h 48 min
@Carine Sauve Darbellay
Il est bien clair que je partage votre sentiment concernant les librairies notamment ayant moi-même dans ma jeunesse fréquenter la librairie Descombes avec un ravissement inoubliable… En effet la mise au point par Gutenberg du caractère mobile fut une extension du manuscrit, une accélération et une multiplication. La révolution électromagnétique en cours est une mutation d’un ordre incomparablement plus révolutionnaire. A peine commence-t-on à saisir les nouvelles formes du sens, de la communication, du stockage en mémoire. L’Internet, le Web, sont des techniques qui impliquent une nouvelle métaphysique de la conscience tant individuelle que sociale. Quelque quatre-vingt millions de pièces sont désormais accessibles en ligne à la Bibliothèque du Congrès, à Washington; chaque jour, c’est trois millions de « bytes » de nouvelles informations et de références qui sont entrées dans le système. A Paris, la nouvelle bibliothèque François Mitterand compte trois départements principaux: une médiathèque, une phonothèque et une iconothèque. Mais ces gigantesque dépôts eux-mêmes conservent un caractère d’archives locales en comparaison du Web, qui est, véritablement, la « bibliothèque universalis » de Leibniz: une bibliothèque illimité, une galerie de tableaux, un panneau d’annonces et une base de données à échelle et, bientôt, à accès planétaires. De surcroît, l’Internet est en tous points interactif, permettant la formation constante de communautés en rapide évolution : (L’1dex en est un exemple), communautés d’échange et de dialogue, mais aussi de travail en collaboration et en concertation. La page Web est dynamique, « en action », comme aucune textualité antérieure ne saurait l’être. Bientôt, de nouveaux kiosques ou librairies électroniques permettront aux lecteurs de charger leur ordinateurs légers à écran souple tout matériau textuel ou graphique de leur choix. Penguin met un millier de classiques sur Microsoft. Le papier électronique, qu’avait annoncé Xerox, peut être réutilisé un millier de fois; on peut le relier, tandis qu’une « baguette magique de recherche » permettra de consulter des volumes entiers à une vitesse incroyable. « L’art de la fabrication du livre, proclame le MIT, sera aussi dépassé en 2020 que l’est aujourd’hui l’art du forgeron. »
Certes, le livre, tel que nous le connaissons, continuera d’être publié, comme on continua de faire des manuscrits pendant près de quatre-vingts ans après Gutenberg. Mais leur domaine sera de plus en plus celui de l’esthétique, du littéraire. D’ores et déjà, cependant, il est clair que la lecture deviendra un trafic électronique constant, plutôt qu’une activité solitaire, et que l’écriture-même celle du romancier-sera un échange ouvert, en ligne, entre l’auteur et le public. Tout cela ne relève aucunement de la science-fiction.
Donc, au risque d’être répétitif, à quoi sert cette loi sur le livre? A part une loi alibi du PDC pour qui la culture du livre trouve ces racines dans les relents de la petite et étriquée culture bourgeoise suisse, qui ne sied plus à notre époque, mais qui donne bonne conscience et une touche de snobisme dans le débat inutile.
7 février 2012 à 21 h 06 min
Vous avez parfaitement raison, Internet et le numérique révolutionnent les pratiques, les capacités de stockage et d’échanges d’informations. C’est vrai aussi que l’accélération des processus est vertigineuse, de l’écriture au Codex, du Codex à Gutenberg, de Gutenberg à l’Internet, puis aux moteurs de recherche et algorithmes de classement de Google. Tiens, Google, à propos, je vous invite à réfléchir à Google, Google Earth, Google Images, Google Food, Google Health… et surtout, Google Book Search. Et si on soupçonnait Google de rechercher un monopole ? pour nous livrer des informations gratuites ? Pour en revenir à cette loi attendue, désirée depuis des années par les professionnels du livre en Suisse, au risque de me répéter, elle a été acceptée par les chambres en mars 2011. Elle représente à mon sens un enjeu culturel bien plus qu’elle ne sert d’alibi à quiconque. Et n’oublions pas, demain 8 février, journée d’action nationale pour le OUI au livre !
7 février 2012 à 16 h 25 min
@ Gilbert Rouvinez,
Cette loi sur le livre ne protégera pas ni ne donnera une rente de situation aux librairies au contraire ils devront s’aligner sur les prix européens et donc leur marge diminuera, car le niveau de vie: salaires, loyers etc., n’est pas comparable avec la Suisse, et ils devront compenser par des volumes de ventes importants, objectif difficile à atteindre par l’étroitesse et la particularité du marché local. Sauf pour les gros diffuseurs et les grandes surfaces.
Peut-être le salut et sursaut obligatoire des librairies, sera de faire preuve de créativité et imagination entrepreneurial et d’investir des lieux inhabituels hors-murs…
Où sinon, d’avoir des propriétaires mécènes comme les clubs de foot et de trouver des transfert de compétences.
Meilleurs salutations
8 février 2012 à 8 h 33 min
Rien ne remplacera l’odeur du papier de l’encre…rien ne vaut un vieux bouquin et son parfum de rêve passé…toujours présent!!
Bonne chance à tous les vendeurs de rêves..
15 février 2012 à 19 h 54 min
A priori, je peux être totalement d’accord avec l’idée d’un prix fixe mais je me demande s’il ne s’agit pas d’une vision trop simpliste. Je suis pour la multiplicité des librairies et pour le maintien d’un choix le plus large possible or j’ai comme l’impression que ce prix unique n’est qu’un emplâtre sur un profil de distribution qui doit évoluer.
Si l’on prend la musique, l’on peut observer que les disquaires ont disparus mais le choix s’est agrandi et nous parvient de différents canaux. La femme d’un musicien d’un style qui n’est pas le mien soulignait l’an dernier que son mari recevait chf 50.– par an de la Suisa mais bien plus de itunes ou tout autre boutique musicale. Selon mon fils, Apple dispose déjà d’une sorte de bar à musique où le visiteur peut demander n’importe quel produit musical puis le télécharger sur son iphone.
Est-ce que nous n’avons pas dans cet exemple le modèle d’un nouveau type de commerce ressemblant à la fois à un lieu de consommation de la lecture, à un lieu d’achat du livre papier ou électronique. Un tel profil de distribution ne permettrait-il pas aux livres plus spécifiques d’être présent pour le moins sous forme électronique.
16 février 2012 à 7 h 01 min
Cette idée me paraît très intéressante et si actuellement dans certaines librairies des bornes de téléchargement sont à disposition des lecteurs ( http://www.enssib.fr/breves/2010/11/19/livres-numeriques-en-borne) je ne pense pas qu’à terme les libraires seront associés à cette démarche. La comparaison entre l’univers du livre et celui du disque revient souvent. Ces histoires sont assez différentes en terme d’implications et de longévité. En terme de propagation du savoir et des idées aussi. Il me paraît toutefois important de reconnaître aussi le caractère culturel du disque (qui devient un support de moins en moins répandu). Les libraires et les acteurs du livre en Suisse ne demandent pas d’intervention autre qu’une règle de jeu. Un oui au livre nous permettrait de voir la concurrence se faire sur l’offre et le service plutôt que sur les prix. C’est aussi dans notre intérêt de lecteurs. Disons Oui au livre