L’agriculture : une affaire de professionnels !

Posté le 10. fév, 2012 par

Economie

Une fois encore, à l’énoncé de ce que seront les grandes lignes de la politique agricole 2014-2017, les paysans suisses traduisent avec force leur mécontentement. Une attitude qui n’a rien de nouveau, puisque depuis 20 ans qu’a été instauré le système des paiements directs, l’homme de la terre n’a pas caché son inquiétude face à son avenir. Il est vrai que ces subventions qui mettaient fin à un soutien à la quantité, n’avaient déjà pas été accueillies avec satisfaction. Et pourtant, face aux surproductions de lait, de beurre et de viande, aux atteintes à l’environnement, il était grand temps que la Confédération prenne des mesures.

Aujourd’hui, Berne qui verse encore quelque 2,8 milliards de francs de subventions par année, rappelle que ce soutien est majoritairement accordé pour des prestations d’intérêt public.
De nouvelles exigences pour l’obtention de ces paiements sont également de mise. Elles tendraient à limiter cette manne aux seuls professionnels. Ce qui provoque l’ire des milieux agricoles valaisans et principalement du conseiller d’Etat Jean-Michel Cina. S’exprimant dans le Nouvelliste, ce dernier s’indignait en proclamant « qu’une telle disposition est inacceptable en zone de montagne et signifierait la disparition du modèle d’ouvrier-paysan que l’on connait bien dans notre canton. »

Inacceptable, le mot est fort et m’aurait séduite naguère. Toutefois, force est de constater que la diversification des produits tarde à se faire sentir. Sans parler de leur mise en marché qui n’a rien de bien attractif. Le Valais sait produire. Il est temps maintenant qu’il apprenne à répondre aux demandes des consommateurs, à sensibiliser ses touristes à la qualité de ses richesses agricoles. J’ai la conviction que la diminution des subventions est la seule solution pour que les agriculteurs se prennent en charge et explorent de nouvelles voies.

Face à la mondialisation, c’est la seule chance d’avenir possible. Une chance de succès qui ne peut être réalisée que par des professionnels sérieusement formés et non par des ouvriers du dimanche aussi sympathiques fussent-ils !

A propos de Ariane Manfrino

Originaire de Bagnes et de San Sebastiano da Po (Torino), j'ai vécu près de 30 ans à Genève où je suis née. Puis, après un court passage à Lausanne et dans le Jura, j'ai gagné le Valais. Mère de deux enfants, j'ai partagé mon temps entre leur éducation et la profession de journaliste à plein temps. Ce dernier parcours a débuté dans le secteur agricole, plus spécialement au journal Agrihebdo. A suivi en 1985, un engagement au Nouvelliste, avec de nombreuses collaborations dans divers journaux spécialisés (Vinum, 13 Etoiles, Plaisirs et Gastronomie etc). Parallèlement au secteur agricole et plus spécialement à la vitiviniculture, j'ai ajouté une corde à mon arc en m'intéressant de très près aux sujets sociaux et humanitaires. J'ai quitté le Nouvelliste en 2006 pour m'exiler en Roumanie. Aujourd'hui, avec mon compagnon Maurice Copt, nous poursuivons une aide humanitaire en faveur des plus démunis, directement sur le terrain, dans le cadre de l'association Valais- Roumanie.

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14 Réponses à “L’agriculture : une affaire de professionnels !”

  1. André Guinnard dit:

    Quand le paysan, même non professionnel, s’en va, c’est un fonctionnaire qui doit faucher ses prés, voire les friches, puis la déchetterie facture les déchets. Comme les citadains « aiment » les animaux, on crée des zoos pour remplacer les fermes. A Auddes, le dernier paysan-ouvrier va abandonner sa petite ferme (6 UGB) l’an prochain. Le mayen, que la législation citadine empêche de tranformer à des conditions acceptables, va tomber en ruine. Mais si on avait mieux soutenu cet homme, il continuerait, et globalement la collectivité y gagnerait Je sais, ce n’est pas simple de trouver la bonne solution, mais ne traitez pas ces ouvriers-paysans d’ »ouvriers du dimanche ». Ils triment, et leurs épouses souvent davantage, pour que les prés ,le jardin et le patrimoine bâti soient entretenus. Bien sûr, je suis pour le professionalisme… et la formation continue, quant c’est possible. Mais on doit s’adapter aux réalités du terrain et de la vie.
    A.G. ancien paysan diplômé.

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  2. wings dit:

    Pour information: en agriculture, les subventions n’existent plus ! Elles ont été remplacées par des paiements directs (http://www.blw.admin.ch/themen/00006/index.html?lang=fr). Ces derniers rémunèrent certaines prestations ou servent à compenser des conditions de travail particulières (terrains en pente, conditions difficiles, etc.).
    Diminuer les paiements directs reviendrait à provoquer la disparition de nombreuses exploitations agricoles, en particulier dans les régions de montagne.
    Concernant les derniers paragraphes, je ne comprends pas trop la logique : voulez-vous vraiment mettre en concurrence l’agriculture suisse avec celle de pays comme l’Espagne (un exemple au hasard) ?? Dans ce cas, il faudrait largement assouplir les conditions de travail des agriculteurs suisses (dans les domaines de la main d’œuvre, des prestations écologiques ou encore du bien être des animaux), pour leur assurer une certaine égalité des chances.
    Enfin, certains agriculteurs du dimanche (ils apprécieront certainement le terme) ont choisi cette voie, pour élargir leur horizon et éviter de s’enfermer dans les aléas d’une profession exigeante (en tout cas au niveau des heures de travail).
    J’en connais un dans le Haut-Valais qui exploite une trentaine d’hectares et qui, malgré son statut « d’amateur », est plutôt novateur (production d’électricité à partir de panneaux solaires placés sur le toit de son exploitation, élevage de bœuf à viande, culture de seigle utilisé pour fabriquer le pain de seigle AOC). C’est pourquoi il vaut la peine de se demander si ce statut doit être carrément supprimé (ou adapté) et en quelles en seraient les conséquences…

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  3. Anne Darbellay dit:

    Je serais intéressée à savoir combien donne le canton du Valais au secteur de l’agriculture. Il est extrêmement difficile de gagner sa vie en tant que paysan de plaine. Par contre, il en va tout autrement des paysans de montagne qui reçoivent des sommes non négligeables. On voit souvent des champs remplis de plantes « médicinales » qui ne sont jamais récoltées tout simplement parce que ça paie mieux que d’y mettre quoi que ce soit d’autre qui serait comestible. La politique agricole doit effectivement être revue. Je pense que l’agriculture valaisanne aurait tout à gagner en se dirigeant vers des marchés de niche tels que le bio. J’appelle, en tout cas, les Valaisans à acheter local car la qualité des produits est excellente et cela évite de se faire dicter, encore un peu plus, sa manière de manger par des multinationales peu scrupuleuses quant aux conditions de travail de leurs employés ou à la qualité des produits vendus.

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    • Stéphane Riand dit:

      Je ne suis de loin pas un spécialiste des modes de financement de l’agriculture. Mais, sur la base de mes faibles compétences, j’ai la conviction absolue qu’une transparence véritable, par l’accès aisé à tous des sommes réellement versées aux exploitants agricoles (avec les noms de ceux-ci), permettrait de comprendre les enjeux sociaux réels qui se cachent derrière le système « opaque » ou « gris » des paiements directs.

      Mais je ne suis pas certain qu’il y ait une réelle volonté politique générale de clarifier ces obscurités financières.

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    • wings dit:

      @Anne Darbellay : « On voit souvent des champs remplis de plantes « médicinales » qui ne sont jamais récoltées tout simplement parce que ça paie mieux que d’y mettre quoi que ce soit d’autre qui serait comestible ».

      Si certains agriculteurs cultivent des plantes médicinales, c’est par ce que ce créneau assure des revenus intéressants. Mais pour toucher l’argent en question, il faut bien ramasser les plantes et les vendre (pour fabriquer par ex. les bonbons Ricola). D’autre part, les plantes médicinales sont comestibles, sinon quel serait leur intérêt ? Finalement, l’option choisie par ces agriculteurs correspond plus ou moins à la stratégie que vous préconisez à la fin de votre texte …

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  4. Ariane Manfrino dit:

    Pour Wings…
    Ne jouons pas sur les mots. Pour votre information…
    la définition des subventions est « une somme donnée par l’Etat pour aider financièrement une activité d’intérêt général. »
    Quant aux paiements directs, la Confédération est claire: « A l’avenir, les paiements directs versés à l’agriculture devront être orientés de manière conséquente sur les prestations d’intérêt public souhaitées par la population. »

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    • wings dit:

      @AM
      Pas tout à fait d’accord: le concept de paiements directs introduit une contre-prestation (dans la plupart des cas) fournie par les agriculteurs.

      D’autre part, parmi les prestations souhaitées pas le public, figurent notamment des objectifs liés au bien-être des animaux, à la biodiversité, etc. (avec des normes parfois sévères et tâtillonnes). Comment voulez-vous dans ces conditions pouvoir concurrencer (même au sein de nos propres frontières) des biens importés, qui eux, ne doivent pas répondre aux critères fixés par la Confédération ?? C’est là le nœud du problème.

      Sans ce soutien financier, c’est non seulement la disparition d’une bonne partie du secteur agricole, mais cela entraînera aussi d’importantes répercussions sur le paysage (reforestations, terrains vagues) et sur le secteur touristique (entretien du paysage, pistes de ski, etc.) sans parler de pertes au niveau de savoir-faire …

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  5. Aliocha dit:

    Où va l’argent « agricole » en Valais ? Voilà un sujet ! Ariane Manfrino pourra peut-être nous donner des réponses prochainement.

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  6. Anne Darbellay dit:

    @wings: médicinales est entre parenthèse dans mon texte car je ne suis pas sûre de l’utilisation de ces plantes. Ce que je sais c’est qu’elles n’ont pas eu besoin d’être récoltées pour que l’agriculteur en question reçoive de l’argent.

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    • Anne Darbellay dit:

      @wings. J’ajoute encore que j’ai été élevée aux légumes du jardin et c’est donc pourquoi je recommande à tous de manger de la production valaisanne qui est d’excellente qualité. Les tomates hors sol ou les pommes de terre qui ont fait des milliers de kilomètres dans des wagons frigorifiés n’ont pas le goût de légumes. Ne voyez en mes commentaires aucune offense aux agriculteurs mais plutôt un questionnement quant à la politique agricole en général!

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  7. wings dit:

    Dommage qu’AM ne réponde pas aux questions essentielles…

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    • Ariane Manfrino dit:

      J’ai approuvé votre commentaire bien que je ne saisisse pas très bien ce qu’il signifie. Je suis journaliste et non pas professeur d’économie agraire. Désolée!

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      • wings dit:

        Merci pour la réponse! Je ne suis pas non plus un spécialiste agricole.

        Mon intervention avait surtout pour but de démontrer les limites d’une diminution des paiements directs et les problèmes liés à un marché globalisé.

        S’il est (peut-être) nécessaire de favoriser une certaine évolution du système, il faudrait plutôt mettre en place des incitations (par exemple fonds à l’innovation ou aux techniques marketing), plutôt que de couper dans l’enveloppe agricole.

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  8. fournier dit:

    Tout les matins on est debout à 4h30 et tous les soir jusqu à 20h pour s occuper de nos bètes par passion!tout ca à coté de notre métier!si nous avons plus de subvention parce il faudra faire une formation de 3 ans pour garder 5 vaches d hérens c est n importe quoi!!comment va t on payer les frais vétérinaire les aliments l alpage…tout cela à un prix!!!c est la mort de la race d hérens!! nous sommes 85% en valais à ètre non professionel!qui va entretenir nos beaux alpages les 15% restants…la seul solution qui nous reste c est de sortir de cette suisse qui veut faire du valais une réserve!!!

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