Les jours s’écoulent dans un recueil de poèmes

(Par Fahrije Kllokoqi-Krasniqi)

« Mon mari et moi sommes les deux handicapés. Nous avons quitté le Kosovo et demandé l’asile en Suisse en 1994. Nous sommes arrivés avec notre fils de deux ans : Rexhep (1992) qui poursuit aujourd’hui son apprentissage. Nous avons eu deux autres enfants : Diana (1995) actuellement en 2e année commerciale, Vulnet (2001) en 5e primaire.

 

Suite à une probable poliomyélite contractée à l’âge de deux ans, je subis de graves séquelles orthopédiques. Mes déplacements dans la maison sont limités et douloureux avec des conséquences sur la colonne vertébrale.

 

En 1973, mon mari avait neuf ans lorsque jouant avec d’autres enfants, un explosif éclate et l’atteint sur toute la partie droite du corps. Il en est marqué à vie : blessures des membres inférieurs, perte de la vision de l’œil, amputation de l’avant-bras, avec une dégradation progressive de son état général. Privé de la main droite, il a constamment besoin de moi. Me déplaçant difficilement, je bénéficie également continuellement de ses services. C’est une somme d’efforts quotidiens que nous fournissons pour ne pas recourir à une femme de ménage, à une aide familiale, à une infirmière de santé publique. Notre travail, pourtant réel et conséquent, n’est pas reconnu. Les personnes venues pour voir si l’AI était justifiée en ont conclu que non. Il en résulte que nous ne serons jamais indépendants financièrement, ce qui nous empêche d’obtenir l’autorisation de séjour : Permis B humanitaire.

 

Pourtant ce Permis nous apporterait sécurité et stabilité. Il nous lierait à ce pays d’accueil à qui nous devons tellement. Il nous permettrait de revoir de temps à autre notre terre natale, notre parenté, nos amis, et ce serait une provision de courage, un réconfort pour notre famille touchée par l’épreuve mais confiante dans l’avenir.

 

Je n’avais pas 26 ans lorsque j’ai pris la route de l’exil, emportant mes rêves dans mes bagages, mon goût pour la littérature, mon attrait pour la création poétique. Les jours s’écoulent. Je veux saisir la vie dans ses joies et ses douleurs, la célébrer sous toutes ses faces, graver les moments forts de mon existence. C’est chose faite avec l’édition d’un recueil de poèmes qui sera présenté le samedi 3 mars, Ecole de musique et de jazz, Rue de la Maladière 11, près de la gare, Martigny, à 14 h. »