Porno Chic ? Vraiment ?

(Par Maryline Morard)

Nancy Houston dans son dernier ouvrage (Reflets dans un œil d’homme, 2012, Editions Actes Sud) "a chatouillé" mes émotions et réflexions de femme en parlant de prostitution, thème pour le moins banalisé, et quelque peu « intellectualisé » sous entendu que ce métier, qualifié de plus vieux du monde, est en quelque sorte un métier comme un autre ! Devenu chic ?

Probablement que notre siècle est le siècle de l’image, celle de la femme en particulier. Difficile d’échapper, en effet, à l’impact journalier des photos de magasines faisant l’article d’une jeune et jolie femme. Comment dès lors échapper à l’envie de vendre son image, d’en faire son métier ? Mannequin, top modèle, concours de beauté, jeux télévisés … etc … la « fast » notoriété …

Ces domaines font rêver les petites filles et pour peu que une fois adultes elles y accèdent, quelle sera la frontière à ne pas franchir ? Comment ne pas glisser d’un domaine à l’autre sans y laisser son âme ?

Réaliser son rêve de gamine, se déguiser, se rappeler les bijoux de maman, ses chaussures, ses chapeaux … ah ! Cette furieuse envie de lui ressembler, être enfin une princesse … sa princesse

Poser pour des photos de mode, des calendriers, des publicités de maquillage, de coiffeur, des revues . « soft » « chic » ?

Les hommes regardent, admirent, vous honorent et vous fêtent, vous remercient et vous traitent comme une reine ... et parfois paient, vous paient … on vous offre du champagne, des repas, des sorties; à temps partiel vous travaillez et arrondissez vos fins de mois comme mannequin, modèle nu, serveuse « top less », danseuse nue, escort, et de glissement en glissement vous vous retrouvez prostituée de base ou de luxe, et vous savez avec certitude que ce que vous vendez ce n’est pas vous mais votre image.

Vendre son image volontairement, vendre son corps le fil est ténu, et d’aucuns y voient une certaine utilité, voire même une question de salubrité publique. Les putes peuvent rassurer, consoler, materner des hommes malheureux et esseulés ...

Parler de prostitution c’est parler d’émotions fortes, on est pour, contre, et le débat à tendance à dégénérer.

Peut-on chiffrer le nombre de femmes réellement consentantes à pratiquer ce métier ? A lire l’histoire de la condition féminine on ne peut que rester sceptique face au désir volontairement consenti à vendre son corps, donc son âme. Une femme prostituée n’est jamais une femme libre, et je mets au défi quiconque de partager la vie de ces femmes dans les recoins de ruelles sordides, chambres pouilleuses, recoins puants, et de venir me dire que çà ! C’est la liberté. Dans un monde dépouillé de respect de soi, aucun sentiment de liberté n’est possible.

Que penser des hommes prostitués ? Nancy Houston, dans son ouvrage, nous affirme que « cela n’a rien à voir, pour la raison très simple que la scène prostitutionnelle est moins en contradiction avec la sexualité des hommes qu’avec celle des femmes. Les mâles n’ont pas les mêmes envies et comportements sexuels que les femelles. La plupart des mâles ont un goût prononcé pour les « premières fois ». Etant donné que les femmes sont moins enclines que les hommes à avoir de nombreux partenaires, cela implique que « certaines » femmes en auront énormément. Voilà, de fait, les deux principaux vecteurs de la sexualité humaine : mariage (pour que les hommes puissent être sûrs de leur paternité) et prostitution     (pour qu’ils puissent satisfaire leur besoin de variété)."

Francoise Héritier (Françoise HÉRITIER, Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, O. Jacob) relève l’asymétrie frappante entre hommes et femmes dans ce domaine : La licéité de la pulsion masculine exclusivement, sa nécessité à être comme composante légitime de la nature de l’homme, son droit à s’exprimer, tous éléments refusés à la pulsion sexuelle féminine, jusqu’à son existence même. C’est l’élément fort et invariable de la valence différentielle des sexes ; la pulsion sexuelle masculine n’a pas à être entravée ni contrecarrée ; il est légitime qu’elle s’exerce. Elle « est ».

"Il y a moins d’hommes que de femmes parmi les « travailleurs sexuels », (environ 10%), cependant la majorité écrasante des clients sont des hommes (environ 99,99%) De fait, il n’existe aucune industrie gérée par les femmes pour vendre à d’autres femmes le corps des hommes, même au Etats Unis, des magasines tels que « Play Girl !!! » ont rapidement fait faillite, ces magasines étaient achetés majoritairement par de la clientèle « gay »".

Pourquoi donc les hommes sont ils grands consommateurs de corps de femmes et non l’inverse ? Et pourquoi violent-ils les femmes et non l’inverse ? Se peut-il comme l’affirme Françoise Héritier, que le sperme s’accumulant dans les testicules des hommes jeunes, ces derniers éprouvent le besoin tôt ou tard de l’évacuer tout comme les mâles équin, porcin ? Les ovaires des femelles de ces espèces ne les tourmentent pas de la même manière.

Jusqu’à l’arrivée de la contraception, une femme à partenaires sexuels multiples était dans une situation bien plus dangereuse qu’un homme à partenaires multiples. Et cela dit, même avec l’avènement de la pilule les femmes n’ont pas tendance à multiplier indéfiniment le nombre de leurs partenaires sexuels.

Les femmes ont une attitude moins légère face à la copulation parce que depuis des millions d’années leur corps a évolué pour être fécondé par cet acte, entraînant pour elles des conséquences bien plus lourdes que pour les hommes. Avant d’accepter un coït, elles vont bien regarder avec qui çà se passe, et vont peser le pour et le contre, espérant du sentiment, de l’amour. Tout comme la violence, la prostitution est un exemple d’interface entre la psychologie de l’espèce et celle de l’individu, théâtre, où se met en scène des pulsions archaïques provenant d’hommes et de femmes cherchant à récupérer quelque chose qui s’est mal passé dans leur enfance.

"« Filles de joie » ? Que nenni, ce que les prostituées vivent et côtoient, même quand leur intégrité physique n’est pas menacée, « ce n’est pas la joie, mais la mort. Pour moi, les putes comme les filles du Net sont condamnées à se tuer de leurs propres mains en vertu d’une dépense trop rapide de leur énergie vitale dans les années de jeunesse. Je pourrais vous décrire la beauté du monde si je savais la voir, raconter comment la foi et le courage peuvent venir à bout des plus grands malheurs, mais je suis trop occupée à mourir, il faut aller droit à l’essentiel, à ce qui me tue." (Nelly Arcan, folle, 1993).

« Contrat entre adultes consentants ? » Peut-être, mais clients et putes ne sont pas concernés par les mêmes clauses du contrat. Pour l’homme il s’agit d’un acte d’hygiène, à fréquence régulière, à la suite duquel il ressort ragaillardi. Pour la femme, après huit clients, elle peut s’en aller bien entendu … mais comme disait également Nelly Arcan, non je ne veux pas m’arrêter et rentrer chez moi, je veux seulement mourir plus vite !

 « Métier comme les autres ? » Foutaises, vendre son corps n’est pas anodin … chaque prostituée, chaque porn star, chacune des filles, femmes qui circulent à poil et se font enfiler, punir, tringler, violer, titiller etc … sur le Net et ailleurs, a eu une enfance, et espère avoir un avenir. Elle se lève le matin, se regarde dans la glace, choisit ses habits, se fait un café…Elle a des parents, des amis ; souvent elle a aussi des enfants ou en voudrait en avoir un jour. Elle se déshabille jour après jour et, pour de l’argent, offre sa poitrine, son vagin, son anus, son visage à l’éjaculation anonyme. Que seront vraiment prêts à entendre, de ce métier « comme les autres » maintenant ou plus tard, son amoureux, son mari, ses enfants ? Ce sera vraiment un métier comme les autres le jour où une prostituées le conseillera à sa fille !

« Les ouvriers aussi vendent leur corps » Vendre ses bras et vendre son cul ce n’est pas pareil. Le cul des femmes est privé car il est le lieu de notre origine, de l’être même, du naître, du fait que nous avons tous démarré notre existence en cellules minuscules dans le tréfonds du ventre d’une femme, sommes tous jaillis d’un vagin sanguinolent, et finiront tous en poussière.

« Le plus vieux métier du monde » A d’autres. Sous ses diverses formes contemporaines (avec une mention spéciale pour la pornographie), la prostitution transforme sciemment, à des fins pécuniaires, un besoin naturel en addiction planétaire. L’industrie du sexe ne se contente pas de répondre à une demande, elle la suscite et la transforme en dépendance, tout comme les trafiquants de drogue suscitent la dépendance des toxicomanes. Les femmes étant plus vulnérables font les frais de ce trafic.

« Liberté des mœurs » Au contraire, mœurs de misère. La prostitution n’a rien à voir avec la liberté, c’est un monde fait de contraintes, tant intérieures qu’extérieures. Ces chambres closes où se déroulent de sinistres mises en scènes, où les hommes tentent de se réparer et où les femmes se font casser un peu plus.

Il reste tant de choses à dire sur le sujet de la prostitution. Femmes déshonorées, humiliées, involontairement, la plupart du temps. Contraintes sous les menaces, les coups, de vendre de se vendre … à pleurer je vous le dis ... j’omettrais ici de parler des enfants, torturés, tués ... violés … Oh pauvres de nous !

Je remercie Nancy Huston, que je découvre avec cet ouvrage. Elle fait me honneur car elle met des mots sur des émotions, sur mes émotions ; son vocabulaire est honnête et sans détour il permet dès lors d’approcher avec une saine vision ce monde obscur et malsain.

Cet ouvrage m’a inspirée, et guidée. Je lui ai « emprunté » des paragraphes, mue par leur bon sens ... que dire de mieux ? Et je lui suis gré de tant de talent.

 

Commentaires : 10

  1. Intéressant mais un peu longuet quand même. Eh oui, la longueur ! ! !
    Plein de gens prétendent qu’il ne faut pas faire intervenir le facteur longueur ( pauvre postier ! ) quand on parle de sexualité, mais tout de même, ici c’est plus que 140 caractères, et je vous saurais gré à l’avenir de gazouiller plus légèrement à mes ( longues ) oreilles.

  2. madame morard,
    permettez moi de vous dire, en tant qu’enfant de prostituée, et connaissant bien les réalités du terrain depuis 40 ans, que votre article n’est ni assez critique, ni assez libertaire…
    il contient de nombreuses contre-vérités et des amalgames trop simples pour figurer dans l’index, c’est là ma réaction à chaud.
    il est probablement trop construit sur des fantasmes, et pas assez sur une vraie expérience des multiples aspects de la prostitution.
    je serais heureux d’en parler avec vous de vive voix.
    igor schimek, fils de grisélidis réal.

  3. Et bravo pour le choix de la photo, qui a l’avantage de montrer un premier plan attractif et un arrière-plan sordide, balayant ainsi le mythe de la prostituée heureuse, comme vous le confirmera sans doute Igor Schimek.

    De plus, dans un blog pour un Valais critique et libertaire, la photo ne répond pas à des critères lubriques ! ! !

    Manquent juste les références du cliché.

  4. Il y a certainement de nombreuses femmes qui subissent la prostitution. Pourtant la réalité semble plus complexe; surtout lorsque l’on donne la parole aux personnes concernées: ttp://www.dailymotion.com/video/xd0r6f_documentaire-prostitution-le-plus-v_news

  5. Pleinement d’accord avec le commentaire d’Igor Schimek et je rajouterai que c’est de la propagande politique naturellement simpliste qui sied au PDC, matinée de cul-bénit oui-oui…

    La médicalisation du Mal
    Ce réflexe projectif de disculpation est particulièrement manifeste à l’égard des délinquants sexuels. Les délinquants sexuels ne se distinguent que par le fait de passer à l’acte. Ce ne sont ni des malades ni des désaxés, mais des salauds. Or, cette promiscuité psychique nous révulse, et, quand elle se manifeste, nous croyons pouvoir nous en exempter en l’évacuant dans un registre psychiatrique d’étrangeté que nous feignons de ne pas comprendre.

    On retrouve le même processus de disculpation par déplacement à propos de la toxicomanie. C’est un phénomène qui touche principalement les jeunes en rupture de ban, les chômeurs, les individus que la société marginalise ou qui refusent de s’y intégrer. La drogue est pour eux un moyen d’afficher cette désaffection sociale, ou de la supporter, ou de se suicider lentement. Les tentatives de désintoxication échouent régulièrement dès lors que, le traitemenet terminé, le toxicomane repenti retrouve le contexte familial ou social qui l’avait déterminer à se droguer. Or, au lieu d’affronter cette situation de détresse, de misère ou de déréliction génératrice de toxicomanie et qui engage notre responsabilité sociale, nous préférons considérer que c’est la toxicomanie qui l’engendre. Nous inversons la cause et la conséquence de manière à attribuer ce fléau à ce que nous persistons à considérer comme une maladie relevant de la compétence du médecin.

  6. @Maryline Morard
    Le cercle vicieux de la prohibition
    Tel est le cercle vicieux de la prohibition qui finit par trouver une justification dans les troubles qu’elle engendre. Comme par hasard, il en va de même pour ce qui concerne la toxicomanie. Ceux qui, comme le Dr. Claude Olievenstein ou William Lowenstein, en ont analysé les raisons et les enjeux, s’accordent à attribuer l’état de dépendance du drogué ou de l’alcoolique (c’est pareil) non pas tant aux effets physiologiques de la drogue qu’à des circonstances psychosociales oppressantes que la drogue permet d’oublier temporairement. Autrement dit, ce n’est pas la drogue qui suscite un état de dépendance, c’est un état de dépendance (psychique, familial, social) qui détermine le recours à la drogue. La voie royale vers la toxicomanie, ce n’est pas le joint du lycéen, c’est la frustration de liberté et de responsabilité.
    Quand l’Etat thérapeutique décide fermement et maternellement de ce qui est bon et mauvais pour les gens, quand il les *défend contre eux-mêmes*, il fonctionne déjà comme un stupéfiant institutionnel. L’autoritarisme dont procède la prohibition, et la politique d’assistance qu’elle engendre, bref, l’infantilisation des individus, conduisent tout naturellement à la drogue comme à l’ultime ressources des irrésponsables. Tel est le double bind : l’Etat-nurse interdit ce qu’il prescrit!
    On réduirait la consommation de la drogue en la décriminalisant, c’est-à-dire en respectant les consommateurs potentiels, en les considérant comme des hommes libres et non pas comme des délinquants (évidemment, si on ne la décriminalise qu’à Amsterdam, on stimulera encore le trafic issu de la prohibition, et l’on pourra arguer de cette expérience fallacieuse pour prohiber davantage encore!).
    Les options libertaires ou prohibitionnistes engagent tout un imaginaire social dont les effets dans la réalité dépassent de beaucoup ceux de la simple causalité physique.

    • Ce nouveau commentaire de Comenius, le 107ème, m’autorise ce petit mot : j’ai rencontré personnellement ce commentateur de L’1dex, j’ai partagé avec lui un verre d’eau plate et pas mal d’informations. J’ai compris son parcours et je ne peux donc être étonné qu’il préfère toujours demeurer dans le secret quant à son identité. Je respecte cette position qu’en l’état de mes connaissances de certaines personnes je ne peux – mieux dit – qu’approuver. Pour le reste, la pensée doit naître surtout des énoncés de l’autre, et non pas de son rang social, de sa fortune, de sa pauvreté, de son caractère volage ou puritain. Et les énoncés de Comenius donnent souvent fort à penser.

  7. Je suis un parfait inconnu, Cratognien, Cratognais ou Cratognard , peu importe. Parfait inconnu mais parfait quand même.

    Faut-il comprendre que Stéphane Riand rencontre chacun des commentateurs de son blog ? Dans ce cas-là, je vais enfin pouvoir sortir de l’anonymat tout en gardant ma perfection !

    Je plaisante, évidemment ! Il n’est pas question que je reçoive qui que ce soit pour gagner en notoriété. Et je vois d’un mauvais oeil le fait qu’on comptabilise mes commentaires : ils sont sans importance, gratuits, éphémères.

    Allez, la messe est dite.

  8. Assise à ma fenêtre ce dimanche soir, je relis tous ces commentaires et me dis que les inconnus commentateurs ont me semble-t-il un trait commun de par leur sexe qui me semble masculin…les pseudos inclus..pardonnez-moi si je suis dans l’erreur…
    Je me vois mal répondre à chacun d’entre-vous, dès lors je tiens à vous dire que vos commentaires me font du bien par le fait qu’ils existent ce qui veut dire que le sujet ne laisse pas indifférent et que dès lors le but est atteint pour moi. En ma qualité de fille, femme, mère, je ne pourrais jamais trouver « normal » de vendre son corps, et j’éprouve toute la douleur du monde à imaginer que des filles, femmes,mères se doivent de le faire pour une raison ou pour une autre.
    Bien à vous…Messieurs..

  9. Chère Madame,
    Bravo pour votre sensibilité et votre révolte. Vous mettez le doigt sur un sujet qui dépasse le bien-pensant et les bonnes manières. Si vous voulez vous impliquer, je pense que vous devriez accepter l’invitation d’Igor Schmiek.
    Bien à vous

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