La terre comme soi-même (1)

champsParmi les découvertes du début de l'été, il en est une que j'ai à cœur de partager avec vous, lecteurs fidèles ou occasionnels de l'1dex : il s'agit d'un ouvrage du sociologue et journaliste Michel Maxime Egger "La terre comme soi-même, repères pour une écospiritualité" (Labor et Fides, 2012)Cet ouvrage est un formidable tissage de connaissances et de réflexions philosophiques, économiques, historiques, religieuses, mythologiques, psychologiques (et j'en oublie probablement) pour comprendre comment l'humain en est venu à abuser des ressources de la planète Terre au point de mettre la survie de son espèce en péril. Il ouvre des pistes de métamorphose, transformation de soi et transformation du monde,  pour que l'humain modifie sa relation à la nature (ce qui fera l'objet d'un deuxième article).
Mais, abordons cette crise par ses origines: comment en sommes-nous arrivés là? La réflexion s'ouvre sur deux axes :
-         d'une part par "le délire ou le paradigme hérité de la modernité occidentale" (p.12) où règne la rationalité et l'anthropocentrisme. Ainsi, Descartes est cité à plusieurs reprises dans l'ouvrage, lui qui a "érigé l'être humain en maître et possesseur de la nature"; ainsi que par un dualisme qui a séparé l'homme de la nature, la foi de la raison, les valeurs masculines des valeurs féminines, etc.
-         d'autre part, par les impasse d'un mode de vie et de développement qui repose sur une série d'illusions (croissance infinie, toutes puissance de nos techno-sciences, etc.). Ce mode vie plonge profondément ses racines dans notre psyché, entre autre, dans nos peurs archaïques de manquer et de mourir, et dans nos désirs et nos envies, terrain exploité méthodiquement par les publicistes… (voir "la valse des besoins" p. 71)

 Nous nous retrouvons dans cette situation, au début du 21ème siècle, entre autre, parce que nous refusons de croire ce que nous savons, ce que Egger appelle "le syndrome de Cassandre": "Nous savons notre impact écologique négatif, mais nous n'y prêtons guère attention, car la nature ne fait pas vraiment partie de notre être et de notre vie (ce fameux dualisme). Nous ne relions pas ce savoir à d'autres aspects de notre expérience" (p. 42). Parmi mécanismes psychologiques identifiés comme terreau de ce blocage, j'en citerai deux qui me paraissent très liés à notre société actuelle :
-         Le refus de nous sentir coupables de phénomènes négatifs qui excèdent notre champ de responsabilité et auxquels en même temps, quoi que nous fassions, nous ne pouvons pas ne pas participer.
-         La crainte d'apparaître morbides, pessimistes et négatifs devant tant de menaces déjà présentes ou à venir (…) dans une culture qui valorise la pensée positive et l'optimisme. (p.44)
Voilà, je ne m'étendrai pas plus pour aujourd'hui, car il ne s'agit pas de prétendre synthétiser cet ouvrage foisonnant, mais peut-être de vous donner envie de découvrir l'oeuvre de cet auteur, capable de tisser des liens de parenté entre Frankenstein, Prométhée et Adam…

Rendez-vous au prochain épisode, le vendredi 20 juillet…

Illustration : http://www.flickr.com/photos/myri_bonnie