Legrix, le fat, l’innocent – La-Chaux-de-Fonds est en ébullition

legrix_zoom945Hier, c'était chaud bouillant au Conseil général de La-Chaux-de-Fonds. Toute la presse y était : RTS Radio, RTS TV, L'Impartial, l'ATS, Le Temps, Le Matin, RTN, BNJ.TV, d'autres certainement encore. Et L'1dex, par la grâce de Twitter et de Myriam Wittwer, alias @pikatchoune. Il y avait même, dit-elle, Madame Legrix. Il y avait aussi des représentants non élus des partis politiques et des curieux. Il y avait surtout pas mal d'employés de la voirie, des fonctionnaires victimes, du management de sieur Legrix diront les plus indulgents, d'une personnalité perverse et narcissique diront ceux qui ont lu Marie-France Hirigoyen et qui ne connaissent que trop bien ce qu'est le harcèlement psychologique sur le lieu de travail. Il y avait donc à La-Chaux-de-Fonds la foule des grands soirs.

Et Legrix fit son entrée. On ne l'imagine ni souriant, ni consterné, ni prudent, ni éclairé. On ne l'imagine même pas à l'écoute - inconsciente ou non - de son avocat. On l'imagine simplement en Legrix.

Et Pierre-André Monnard, le président du Conseil communal, se leva. Et il parla sans notes car, dit-il, c'est le cœur qui doit savoir s'exprimer dans ces moments charnières d'une démocratie. Il a su mettre en exergue la question de l'indépendance totale de la procédure d'audit. Contrairement à d'autres procédures, pénales, civiles ou administratives, l'autorité communale n'a pas cherché à téléguider les résultats. Le choix de l'expert a été décidé par le Conseil communal in corpore. Lors des auditions des 47 personnes entendues ont surgi, de manière répétée et très claire, la peur et la souffrance de tous ces gens. Les mots "meurtre" et "suicide" ont été prononcés. Les informations transmises à l'expert l'ont été sur un mode récurrent. Peut-être est-ce là le lieu de dire que le harcèlement psychologique sur le lieu de travail se manifeste précisément par la constance et la répétition des actes reprochés. Il ne s'agit pas d'une plaisanterie salace survenue à un moment déplacé, d'un baiser dans le cou donné à la sauvette, d'un regard insistant occassionnel. Non le harcèlement psychologique s'inscrit dans la durée, dans la répétition et dans la personnalité de l'auteur. Usuellement l'autorité, l'employeur, le supérieur hiérarchique savent ignorer les dénonciations verbales et non verbales émanant du personnel en souffrance. Mais un miracle s'est produit à La-Chaux-de-Fonds. Les employés ont été écoutés et entendus.

Le mandataire de l'expert se devait alors de prendre des mesures à moins de penser que son rôle se limitait à devoir archiver le rapport qui lui avait été transmis. Tout un chacun dans la même situation eût renoncé à se taire. Et le Conseil communal de La-Chaux-de-Fonds a su ne pas se taire. C'est tout à son honneur.

Le Conseil communal a reçu ce rapport le 6 août 2013. Le 7 août 2013, la question a été posée à Monsieur Legrix : est-il prêt à démissionner ? On connaît la réponse donnée par l'innocent. Le Conseil municipal, après un temps de réflexion, s'est à nouveau réuni. A nouveau, la question de la démission volontaire a été posée à Monsieur Legrix. A nouveau, ce pauvre homme a refusé. Et Pierre-André Monnard de conclure : "Nous avons pris nos responsabilités. Nous espérons que dans cette affaire chacun prendra ses responsabilités". Un dernier mot prononcé manifestement vers Monsieur Legrix. Certains espéraient peut-être une démission-spectacle par devant le Conseil général.

Les représentants des cinq partis (POP, PS, PLR, Verts, PLN) - à l'exclusion de l'UDC - ont exprimé leur soutien au Conseil communal. L'UDC a tenté bien maladroitement de demander une commission d'enquête. Dans quel but ? Pourquoi ? Comment ? On n'est bien en peine de répondre à ces questions. Peut-être s'agissait-il d'une enquête sur l'enquête ? Ne sait-on jamais avec ces bougres si imaginatifs ? Mais pourquoi donc leur imagination n'a-t-elle pas conduit les dirigeants de la section locale de l'UDC de s'interroger sur la nécessité de prononcer à fin citoyenne une exclusion de Legrix, même provisoire, avec le souci de le convaincre de démissionner jusqu'à la prochaine élection ?

Legrix, à l'exemple de tous les harceleurs, a évoqué son management. Comme si l'excuse du management pouvait absoudre quiconque de la commission d'actes graves et répétés de harcèlement psychologique quotidien envers le personnel ? Les harceleurs du monde entier ont toujours le même souci de déni de la réalité.

Aucune décision ne fut pris par le Conseil général. C'était un temps de politique spectacle. Mais le spectacle en politique peut parfois faire sens.

Que faire aujourd'hui ?

Personnellement, si j'étais conseiller communal de La-Chaux-de-Fonds, nonobstant tous les avis, discordants ou non, des juristes les plus fameux, d'Anvers à Porrentruy, je soutiendrais la nécessité de supprimer avec effet immédiat les indemnités mensuelles dues à cet élu sans charge autre que celle de devoir participer formellement à des réunions de conseillers municipaux au cours desquelles son avis n'importera jamais.

Que l'UDC se satisfasse de cette situation, libre à ce parti d'agir ainsi ! Mais que les autres admettent que l'argent du contribuable puisse financer une absence d'activité, que voilà une nouvelle donne dans le monde de la politique de chez nous.

Legrix, le fat, le pauvre, est aussi devenu Legrix, le fat, l'innocent. En effet, on ose évoquer ici la question de la présomption d'innocence. Mais on se trompe de terrain de jeu. La présomption d'innocence est une notion de droit pénal. Personne n'a dit à ce jour que Legrix était poursuivi pénalement (on ne connaît notamment pas le degré de souffrance et de dépression causé par le harceleur). Par conséquent, le cas Legrix n'a à être considéré qu'à l'aune du droit disciplinaire, administratif ou, s'il existe, politique. L'évocation de la présomption d'innocence est ici avancée pour manipuler les esprits trop influençables. Mais que l'on sache tous qu'une suspension d'activité, de versement d'indemnités ou de mise au congé provisoire existe dans le droit suisse. Et qu'une application par analogie est souvent utilisée par les juristes et les avocats lorsque ceux-ci ne savent plus quoi faire.

Legrix, le riche, le politique est sur la route de Legrix, le pauvre, le citoyen.

La-Chaux-de-Fonds n'a pas à craindre de pratiquer la justice, fut-ce au détriment du formalisme absurde du droit politique.

 

 

Commentaires : 1

  1. Comme me l’a souvent dit un collègue de travail haut-valaisan: Die Macht macht korrupt –> le pouvoir corrompt, du plus haut niveau politique ou hiérarchique au plus petit échelon.
    Quant à ce fameux Legrix au style dictatorial, il devrait se cacher dans un trou de souris mais difficile vu son gabarit !

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