La dernière Coupe du Monde ?

2014_FIFA_World_Cup_BrazilLa remise du trophée à l’équipe allemande a conduit la plus grande compétition sportive du monde à son terme. Les commentateurs s’accordent à décrire une belle édition : des buts, des stades pleins, un vainqueur légitime. Tout n’est pourtant pas si simple au royaume du ballon rond, et je me demande si nous reverrons jamais revenir une véritable fête du football.

 

Déjà, la compétition qui s’achève est passée à deux doigts du désastre. Aveuglés par leur cynisme, Platini et Blatter croiront sans doute qu’ils ont gagné, mais l’image du Président de la FIFA glissant le trophée à la présidente du pays organisateur, comme s’il s’agissait d’une grenade dégoupillée, dit tout autre chose : les peuples ne seront pas dupes.

Ce qui attend la planète football me semble cependant d’une toute autre ampleur : dans quatre ans, il faudra rejouer le triste théâtre de Sotchi et de l’Euro 2012. Dans huit ans, il faudra inventer un nouveau sport, à l’intérieur et en hiver, sorte de hockey sur glace avec des patins en plomb.

Entretemps, les joueurs professionnels deviendront un peu plus encore des commodités au service d’investisseurs tout aussi anonymes que cupides. Les télévisions publiques verront les droits devenir tout simplement inaccessibles : les prix offerts par les groupes privés pouvant se permettre n’importe quelle perte avant de truster le marché finiront par réserver le spectacle aux abonnés.

Certes, le football a su traverser bien d’autres vallées de la mort : les équipes italiennes des années 30 aux maillots tirant sur le brun, la victoire argentine au pays des généraux, des formes variées d’antijeu, de tricherie, de matchs truqués.

Ce qui me fait craindre le pire, au-delà de l’avenir ubuesque que Blatter a préparé pour la FIFA, c’est la perte du jeu. Sur le terrain, les équipes agissent désormais en entreprises dont les performances, appuyées sur la tactique et le physique, sont largement prévisibles. Les techniciens ne jouent plus comme des artistes, mais comme des ingénieurs.

A ce titre, la défaite historique du Brésil signe peut-être une victoire. Le pays du beau jeu n’a tout simplement pas pu se plier à la nouvelle Realpolitik du football. Le résultat est au-delà de la catastrophe, mais l’accueil que le peuple brésilien a réservé à son équipe avant la petite finale a remplacé le résultat par le sport, mot anglais dont l’étymologie française [desport] signifie la suspension de l’urgence vitale.

Je salue la victoire de l’Allemagne, mais la victoire morale du peuple brésilien le 11 juillet 2014 me semble porteuse de plus d'avenir.

 

Photo : Wikimedia Commons