Le sport est une messe où l’on bénit des guerriers

Germany FansSur un de ces écrans auxquels il m’a été impossible d’échapper complétement, j’ai entendu des Brésiliens grimés en Allemands chanter « Hurra, hurra die Deutschen sind da ». Un bref instant, je me suis dit que cette interminable farce mondiale avait généré une internationale. Puis non, l’amitié et la solidarité ne passent définitivement pas par les stades. Ces Brésiliens-là ne voulaient simplement pas que l’Argentine gagne, par détestation du voisin, simplement. Cette guerre en deux mi-temps avait désigné son camp.

Sur la plage de Copacabana, juste après le match, Argentins et Brésiliens se battrons comme les vrais hommes qu’ils sont. Mais à ce seuil de connerie, il faut noter que quelques femmes sont aussi embarquées.

Un autre jour, sur une autre place publique, j’avais vu l’équipe brésilienne s’échauffer en signes de croix et en prières génufléchies. J’ai donc été petitement ravi que les dévotions affichées et la légende du grand jeu savamment entretenue ne leur épargne pas une humiliation. Le spectacle sportif rend universellement minuscule.

Adorno a écrit quelque part « Le sport n’est pas un jeu mais un rituel par lequel les assujettis célèbrent leur assujettissement. »

Les quelques dizaines de minutes que j’ai passé à regarder ces ballons ronds poursuivis par des hommes ont été une suspension d’intelligence, un abrutissement momentané et une collaboration à l’insu de mon plein gré à l’endormissement critique du monde.

Nous allons subir maintenant le Tour de France. Il sera plus facile à éviter.

Chaque jour, je me souviendrai de Lance Armstrong, comme d’un grand clinicien de la dope pour pédaler plus vite. Au passage je n’oublierai pas l’amitié du pitre cycliste Armstrong avec le pitre politique Sarkozy, qui fera virer un médecin qui s’intéressait aux magouilles chimiques des machines à performer. Les champions sont des marchandises que l’on vend et achète, sur lesquelles le capitalisme total spécule. Les corps humains sont manipulés et transformés pour gagner, et les gogos disent merci, applaudissent et quémandent du spectacle. Du pain, des jeux et de l’opium.

Non, pour moi c’est terminé.

Commentaires : 3

  1. Pour moi aussi…je reste et je m’interroge et le blues m’envahit me submerge..et je reste pantoise devant tant d’incongruités…la différence que je sens en moi…comment dire? Suis-je dans le faux?

  2. Si les champions sont des marchandises mais alors que sont les intellectuels et autres philosophes du genre BHL & consorts?

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