Norvège de mon coeur

carl i hagen(Par GENEVIEVE LEVINE)

Dimanche soir. L’extinction des feux approche. Différents médias (dont L’1dex) viennent à moi par la magie de l’ordinateur, dans un vagabondage familier. Pour la première fois depuis un bon mois, j’ouvre la page d’Aftenposten, le principal quotidien norvégien, un pays que je connais pour y avoir vécu plus d’un an dans les années 80.

Ce n’est peut-être pas un hasard que la souris m’ait guidée vers ce favori : l’après-midi-même, j’étais à Sierre pour assister à une projection du film l’Escale (http://escalelefilm.com/index.php/le-film) organisée par Amnesty International, Journée des droits de l’homme oblige. Ce long-métrage réalisé par un Suisse d’origine iranienne, et primé à Cannes, montre la réalité des personnes entrées clandestinement en UE par la Grèce, et à qui les passeurs ont joué le mauvais tour de les abandonner dans ce premier pays. Rester en Grèce ? Guère possible au vu des conditions créées par un croisement dangereux (dixit le réalisateur Kaveh Bakhtiari présent à Sierre) : à savoir une crise économique + l’avènement de l’extrême-droite. Passer plus loin sans documents valables? Une obsession. Le sujet du film.

Quel rapport me direz-vous, avec la Norvège ? Précisément, nous avons eu la chance dimanche à Sierre de dialoguer avec le réalisateur de l’Escale, et d’avoir a posteriori une mise à jour sur le destin des protagonistes du film. Et parmi eux, quatre sur six sont en Norvège.

Pays humaniste s’il en est, investissant ses pétrodollars dans ce que l’on nomme « le social », il constitue, comme son voisin la Suède, un but final pour beaucoup de personnes en fuite. Un phénomène qui s’est accentué à la fin du XXe siècle, au fur et à mesure que les pays continentaux durcissaient leurs conditions d’accueil. En 30 ans, les grandes villes du pays se sont métissées, la société a changé de fond en comble. Je me souviens en 1998 d’avoir croisé à Mo i Rana, près du cercle polaire, deux familles de Sri Lankais qui semblaient fort heureux de ce nouveau cadre de vie.

J’ouvre donc la page d’Aftenposten (http://www.aftenposten.no/nyheter/iriks/Humlegard-til-Aftenposten-Har-hatt-en-forstaelse-av-at-departementet-har-forstatt-hva-vi-har-gjort-7817140.html), et mes yeux s’écarquillent : une tempête médiatique y fait rage concernant le renvoi de requérants d’asile déboutés. Inhabituel pour le moins. De janvier à fin novembre 2014, la police a refoulé 76 enfants qui avaient vécu en Norvège plus de quatre ans. Critiqué par diverses ONGs et par des élus (y compris de droite), le chef de la police Odd Reidar HUMLEGÅRD y donne une interview. On y découvre que :

  • La Norvège a une directive émanant du gouvernement « interdisant » de renvoyer un enfant dès lors qu’il a accompli quatre ans de scolarité sur son sol. Cette directive n’a pas force contraignante. Le chef de la police dit que cette définition ne doit pas être prise au pied de la lettre.
  • En 2010, 18 cas de renvois dans de telles conditions étaient répertoriés. L’augmentation en 2011, 2012 et 2013 a été plus ou moins constante, pour s’accélérer cette année. Explication : « Nous sommes maintenant autorisés à effectuer de tels renvois vers l’Afghanistan et le Nigéria ».

Et bien voilà. Belle douche froide.

Dans ce pays richissime comptant 15.1 habitants au km2, on bafoue également les droits humains au nom d’une politique migratoire de plus en plus restrictive. Les élus, tout comme en Suisse, gagnent des voix en désignant l’immigré comme un danger. Alors même que de nombreuses communes souhaiteraient se repeupler et offrent dans ce but des terrains à des prix dérisoires (http://www.finn.no/finn/realestate/plots/result?areaId=20028), l’immigrant extra-européen y est diabolisé. Il n’y a donc pas que la Suisse, étranglée entre ses montagnes et dont la densité de population atteint tout de même 188.49 habitants au km2, qui vibre d’un débat quelque peu nauséeux sur la surpopulation (sous-entendu étrangère).

Ou que ce soit sur la planète, le thème du vivre ensemble est-il abordable d’un point de vue objectif ?? Non. Cela fait la part belle aux Christoph Blocher, Marine le Pen et autres Karl I. Hagen (leader du Fremskrittspartiet norvégien, dont vous aurez compris la tendance).

Le côté subjectif de ces thèmes offre cependant aussi une ouverture à ceux qui oeuvrent pour plus d’humanité, de l’Iran au Cap Nord, en passant par la Grèce et la Suisse.

 

Commentaires : 3

  1. Parler d’habitants au km2 n’a aucun sens quand on connaît la Norvège: l’immigration se concentre dans les grandes villes… peu dans les Viks. Et leurs pétrodollars ne pourront intégrer à l’infini des idées hyper sociales. Des mois de congé pater/maternités, ça ne pourra plus s’ offrir ad eternam à des familles qui enfantent chaque année.
    Du côté Tibet, on appelle ça une épuration par assimilation.

  2. Exemple tibetain: la Chine noie le Tibet sous un flot de ressortissants chinois. On n »épure pas, on dilue une civilisation dans une autre.

    Anecdote nordique: les petits norvégiens sont priés dans certaines écoles de ne plus mettre de jambon dans leurs récrés car cela pourrait déranger certains de leurs petits camarades.

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