Aubrac, comment la SNCF nous é-conduit !

causses-aubrac-l-aventure_288836_510x255(Par ARTHUR PORTO)

 

Parcourir à pied les monts d'Aubrac c'est pour moi un moment de grande liberté. Une respiration profonde dans l’immensité des causses. Un regard extasié de la beauté sauvage du lieu. Un état d'enivrement où se mêlent les odeurs, le vent, le silence. Je l'ai déjà traversé sous un soleil généreux, une fois sous la pluie, parfois avec du brouillard. Jamais en hiver. C'est un de mes lieux de ressourcement, mais aussi de rencontres avec d'autres chemineaux et parfois avec les habitants de ces lieux. Également une forme d'exercice pour un non-sportif comme moi.

L'Aubrac est traversé par le GR 65 (grande randonnée), qui est aussi un des parcours du chemin de St. Jacques. Et ça vaut la peine de se lever de bonne heure pour profiter du bon matin qui s'étire sur le plateau. Et quand je dis randonnée je dis transport en commun pour y arriver, notamment le train quand le chemin de fer existe encore.

Ce qu'on appelle encore le train l'Aubrac. Ligne construite au XIXème, mise en service en 1888, on disait alors « la ligne des Causses » reliant Neussargues à Béziers. Le train de l'Aubrac va aujourd'hui de Clermont-Ferrand à Béziers, en passant parAumont-Aubrac. C'est là que je suis descendu il y a deux semaines.

Résultat de recherche d'images pour "gare aumont aubrac images"

Qui veut sauver le train de L'Aubrac?

C'était quelques jours après la manifestation qui a eu lieu à Millau contre la fermeture de la ligne annoncée par la direction de la SNCF pour janvier 2016. C'est à l'initiative du Comité Pluralistequi, depuis juillet 1995, se bat pour «la réhabilitation, la défense et la promotion du Service Public ferroviaire».

Cette Association, qui regroupe des anciens cheminots, des usagers, des syndicalistes, des élus locaux, se mobilise depuis et manifestement à contre-courant des choix faits en haut-lieu qui favorisent les grandes lignes et remplacent le ferroviaire des petites dessertes par la route. Au-delà de la question économique ce sont des décisions qui engagent le devenir et les orientations qui privilégient l'auto et les transports par car.

On observe une désertification de ces territoires, une diminution de l'activité économique, et les postes de travail se réduisent dans le monde rural. Les conditions sont réunies pour que ces régions s'isolent encore plus, d'autant que le pastoralisme toujours actif ne suffit plus pour le développement économique. C'est donc d'autres alternatives sur le mode de développement que ces régions auraient besoin. Le train peut contribuer à son désenclavement, notamment sur les difficultés de circulation par la route pendant les mois d'hiver qui est souvent bien rigoureux. Un cheminot retraité d'Aumont-Aubrac me racontait combien il regrettait que cette ligne ne puisse par servir pour les transports de marchandises évitant d'autant le transport routier.

Mais pour que le transport ferroviaire reste attractif il doit être pensé dans la globalité des services rendus alors qu'on a l'impression qu'il est envisagé dans le rapport arithmétique de l'occupation des trains. Il s'agit, me semble-t-il d'adapter le train aux besoins locaux, en rapport avec l'évolution des comportements, de la population et de son âge, des facteurs d'attraction de la région. Il y va, selon les cheminots du cru, de l'entretien et du renouvellement de la ligne. Il serait aussi question de l'état des locaux. Ayant utilisé la gare d'Aumont-Aubrac dans un court laps de temps (trois semaines) je me suis rendu compte de l'état d'abandon dans lequel elle se trouve. Pas seulement la propreté (les mêmes déchets par terre jaunis par le soleil...) mais aussi les abris extérieurs au bâtiment de la gare y compris pour attendre le car,  qui remplace trois fois par jour le TER (peut-être aussi du fait de la municipalité...).

1154142_895_obj7451895-1_667x333.jpg?v=1

Il ne s'agit pas d'exprimer la nostalgie des «fanas du train d'autrefois ou des touristes-3ème âge». C'est plutôt défendre l'idée du maintien d'un service public dont le critère d'évaluation serait moins la rentabilité-basique mais le service rendu aux usagers et surtout le maintien d'un réseau qui puisse servir à désenclaver et à contribuer aux nouvelles formes de vie locale et régionale. L'économie à court terme devient "dispendieuse" compte tenu des coûts qu'elle  engrange sur le tissu social et humain.

Il est sûr que le train sera de moins en moins fréquenté dès lors qu'il est de moins en moins investit par la SNCF et les pouvoirs publics.

SNCF, le rapport d'un "cumulard": le modèle économique n'est plus viable!

Et aujourd'hui le Parisien révèle que le député PS du Calvados,Philippe Duron, dans le apport commandé par le ministère des transports, qui «dresse un constat sévère de l’état du réseau Intercités, une qualité de l’offre continuellement dégradée, des temps de parcours sensiblement augmentés, une régularité qui a régressé», à cause notamment d’infrastructures « insuffisamment entretenues». Rappelons que les trains Intercités transportent chaque jour plus de 100.000 personnes.Pour les trains de nuit la sentence est définitive: "le modèle économique n'est plus viable!"

Le président de la SNCF, Guillaume Pepy, lors de la « sauterie dispendieuse » qu'il avait organisée en janvier pour ses cadres avait, en off, laissé entendre que des économies drastiques allaient être envisagées. Il l'a ensuite écrit à la Cour des Comptes : «Les trains Intercités sont à bout de souffle». C'était la réponse qu'il apportait à la Cour des comptes, qui avait souligné la responsabilité de l’entreprise publique. Pour la Cour, la SNCF a négligé ce réseau et considère que son «dernier effort significatif en matière d’acquisition de matériel roulant» date des années 70. Comme on sait c'est le TGV et encore aujourd'hui les projets LGV qui semblent mobiliser (y compris dans la confusion des tarifs...) la direction de la SNCF.

Même si parfois les organisations syndicales se montrent plus soucieuses des revendications des agents que de la recherche d'une concertation avec les associations d'usagers, on comprend que le personnel soit souvent excédé par les choix faits par l'entreprise et l’État sur la sauvegarde du transport ferroviaire de passagers et de marchandises.

Résultat de recherche d'images pour "le transport ferroviaire images"

"on serre les boulons!"

Monsieur Philippe Duron était il y a peu encore le champion de France des cumulards (4 mandats et 24 fonctions). Ceci n'a pas empêché le sous-ministre des transports Alain Vidalies, (élu dans les Landes depuis 1983) de charger le député PS du Calvados d'une nouvelle tâche, celle de dire ce qui est bon pour l'usager des transports. C'est d'ailleurs cocasse que l'ancien maire de Caen qui fut M. Duron préconise «le renforcement de l’offre Intercités sur les lignes à fort potentiel, comme Paris-Caen ou Paris-Limoges-Toulouse»...

En la matière, comme dans presque toutes les questions de la vie politique, sociale, économique, le quinquennat de Hollande se différencie peu de celui de Sarkozy. L'espoir qu'un certain nombre de sujets importants ayant trait au quotidien des citoyens soit pris en compte différemment par l'alternance, a été balayé par les choix faits. Celui d'un cumulard est significatif des «arrangements entre compères» dont on peut légitimement se demander quelle compétence et quelle disponibilité d'un personnage si chargé d'attributions et de fonctions!

Commentaires : 1

  1. Ls SNCF, on connait en Valais, surtout pour son « dynamisme » dans la reconstruction de la ligne Evian – St-Gingolph !
    Un peu d’histoire : 1886, ouverture de la ligne Evian – St-Gingolph; 1998, fermeture de cette ligne.

Commentaires fermés