Vie à crédit

Gustave_Courbet_033Le mois de novembre invite à la déambulation baudelairienne parmi les quartiers résidentiels qui prolongent nos villages, au travers des fenêtres éclairées où « vit la vie, rêve la vie, souffre la vie* ».

Pour le poète impeccable, « celui qui regarde à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée**».

Dont acte.

Que voit-on à la nuit tombée dans les zones où s’abrite le rêve des Valaisans ?

On voit des foyers. Des lieux dédiés à la protection des êtres chers.

De belles choses, aussi. Les grandes baies destinées à faire entrer le paysage révèlent à l’inverse de subtils choix de meubles, de couleurs ou d’objets précieux. Plus rarement, une bibliothèque.

Partout, la lumière autorise à rêver le confort, la sérénité, le goût.

Une question s’insinue chez le promeneur conscient de la marche du monde : existe-t-il aujourd’hui un chemin pour offrir ce rêve à chaque habitant de la planète ? à défaut existe-t-il un espoir d’offrir un jour ce rêve à chaque habitant de la planète ?

Peu importe au fond que ces questions restent sans réponse. Les réactions suffisent.

Nombreux sont les bien-pensants qui répondront que ce rêve n’est pas celui de chaque habitant de la planète.

Nombreux sont les épris de justice qui répondront que ceux réalisent ce rêve ont bien le droit de le faire.

Nombreux sont les sages qui répondront que la planète n’est pas prévue pour offrir ce rêve à chacun de ses habitants.

Et moi qui marche parmi les fenêtres, je me demande : être humain, c’est donc cela ?

 

 

* Charles Baudelaire, « Les Fenêtres », Petits poèmes en prose (Le Spleen de Paris), Paris, GF, 1967, p. 129

**ibidem
Photo : Wikimedia Commons, Charles Baudelaire par Gustave Courbert