Les mots et « La Chose »

264816940-gfp_prd_3s(Par ROBERT CHAUDENSON)

 

On ne se méfie jamais assez des mots ! Et ce n'est pas Michel Foucault qui me dirait le contraire s'il avait la possibilité de lire ce blog qui traite de tout autre « chose », avait fort heureusement, sur la suggestion de Pierre Nora dit-on, renoncé au titre initial de « L'ordre des choses » car parodier un tel intitulé (« L'ordre de la chose ») n'aurait assurément pas été possible ici.

On devrait toujours être bien plus circonspect et méfiant quand on a affaire aux mots ! Regardez ce pauvre Arnaud Montebourg, lorsque, dans une reconversion professionnelle sans doute flatteuse et rémunératrice, il a accepté les offres de services d'Habitat, sans penser un instant hélas aux plaisanteries (mauvaises je vous l'accorde) que n'allaient pas manquer de faire les Guignols de l'Info sur « l'Habitat Montebourg », qui offre un « à-peu-près » phonétique fâcheux, mais offert d’emblée aux humoristes. Si forte que, pour une Gauche gouvernementale aux abois, le recours à un nom à consonance maghrébine comme « Khomri » pour une loi qu’on finira au mépris de la syntaxe du français par nommer « Loi travail » pour éviter le télescopage inévitable avec « connerie » dont ses adversaires ne se sont sans doute pas privés ! Les noms de Bau-pin et Sa-pin font les « unes » de toute notre presse ; nous avons fort heureusement échappé aux blagues des écoles primaires d’autrefois qui nous invitaient à ne pas confondre Chopin et « chopine » ; les patronymes de ces deux hommes politiques peuvent en effet ouvrir la voie à des féminisations que rendent tentantes les affaires sexuelles à propos desquelles on les évoque.

 

Notons en outre que ces deux jeunes mariés (2015 pour le premier et 2011 pour le second !) ont sans doute de meilleures occasions de mettre en valeur, aux yeux de leurs épousées, la verdeur de leur tempérament. Il est vrai que Madame Baupin (la ministre Emmanuelle Cosse) a commencé sa carrière de jeunes journaliste à Tétu (NDLR : magazine homosexuel) où elle n’était gière exposées à des incidents de ce genre et ce qui a pu conduire son nouvel époux à lui donner la preuve de sa stricte hétérosexualité. Quant à Valéry de Senneville (devenue en 2011 Madame Sapin), elle a eu pour témoin de mariage François Hollande qu'accompagnait encore alors Valérie Trierweiler qui n'est pas femme à faire tout un fromage pour une simple histoire de tirage d'élastique de culotte.

 

L'affaire de Denis Baupin est plus complexe et plus fâcheuse : l’ex-vice-président de l’Assemblée nationale et mari de la nouvelle ministre ex-EELV Emmanuelle Cosse est accusé publiquement » de « harcèlement » ou d’« agression sexuelle » par plusieurs de ses « supposées » victimes dont en particulier Sandrine Rousseau. C'est là où je vous demande de rabattre votre tablette, de redresser le dossier de votre siège et d'attacher vos ceintures !

 

En effet, Sandrine Rousseau est (avec Clémentine Autain, Cécile Duflot, Marie-Pierre de La Gontrie et Laurence Rossignol), l'auteur d’un ouvrage dont le titre se passe de commentaires, Manuel de survie à destination des femmes en politique, (Paris, Les Petits matins,‎ 2015, 107 p. ; ISBN 978-2-36383-161-3, notice BnF n° FRBNF44288808) ; or cet ouvrage s’ouvre par un avant-propos dont l’auteur (e) (je place ici par prudence cet « e », mais pour le nom, je vous le donne en cent, voire en mille) , … Emmanuelle Cosse devenue en cette même année 2015 Madame Baupin. Le hasard est aussi facétieux avec les mots qu’avec les choses, comme vous pouvez le constater.

 

Sandrine Rousseau, porte-parole nationale d’EELV et chef de file de la liste EELV-PG aux Régionales du Nord - Pas-de-Calais - Picardie, est en effet l’une des huit femmes qui ont brisé l’omerta dans l’affaire Denis Baupin. Pire encore ! Interrogée à propos de ce livre, elle raconte

« C’était en 2011 lors d’une convention EELV à Montreuil. J’ai quitté la tribune pour faire une pause. Dans un couloir, Denis Baupin m’a collée contre le mur en me saisissant par la poitrine et il a voulu m’embrasser de force. Je l’ai repoussé. »

– Cela vous a-t-il traumatisé ?

« J’étais sous le choc. J’ai cru pouvoir l’affronter, n’en parler à personne. Et puis ça ne passait pas dans ma tête. ».

[…]

Elle poursuit :

– Est-ce cette histoire qui vous a poussée à écrire votre « Manuel de survie à destination des femmes en politique » ?

« J’ai écrit ce livre pour le dire, mais je n’ai pas réussi. Il y a juste une phrase, et sans le nom. ». »

 

L’affaire Baupin a eu pour effet inattendu de ramener l’attention sur le ministre des Finances et remis en mémoire les accusations, portées un moment l’an dernier, selon lesquelles il aurait eu, à Davos, en janvier 2015, un geste déplacé en faisant « claquer l'élastique de la culotte » d'une journaliste qui se baissait devant lui pour ramasser son stylo.

 

Du coup, ce 10 mai au soir, le ministre a transmis à l'AFP un communiqué dans lequel il soulignait que « les circonstances actuelles » de l'affaire Baupin « l'obligeaient à apporter, en toute transparence, les précisions nécessaires » sur les faits qui lui sont reprochés.

« Lors d’un déplacement en janvier 2015 à Davos, au milieu d’une vingtaine de personnes, j’ai fait à une journaliste une remarque sur sa tenue vestimentaire en posant ma main sur son dos. Il n’y avait dans mon attitude aucune volonté agressive ou sexiste, mais le seul fait d’avoir choqué la personne en question démontre que ces paroles et ce geste étaient inappropriés, et j’en ai été et en suis encore désolé », affirme le ministre. « Dans les minutes qui ont suivi, la journaliste a demandé à me voir en tête à tête pour me faire part de son indignation. Je lui ai évidemment présenté mes très sincères excuses », ajoute-t-il.

 

Dans leur livre intitulé L'Elysée Off, les journalistes Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri accusent Michel Sapin d'avoir dit « Ah, mais qu'est-ce que vous me montrez là? » et d’avoir fait « claquer l'élastique de la culotte » de cette journaliste. Cet épisode a été relaté, de façon différente, dans une tribune signée par quarante femmes journalistes, publiée en mai 2015 dans Libération. Les auteurs évoquaient un « ministre qui, nous voyant penchée pour ramasser un stylo, ne peut retenir sa main en murmurant: « Ah, mais qu'est-ce que vous me montrez là ? ».Selon une membre du collectif « Bas les pattes », M. Sapin n’aurait en réalité que « touché le bas du dos » de la journaliste. « Il ne s'agit ni d'une culotte qu'on fait claquer ni d'une main aux fesses », a déclaré la membre du collectif, interrogée par Metronews.

 

Le mystère de Davos reste donc entier, mais, avec ou sans claquement d’élastique, nous savons désormais,de source sûre, que les femmes-journalistes présentes au Forum de Davos portent des « culottes à élastique », ce qui constitue tout de même une garantie et un témoignage précieux sur leur moralité !