Mariama ou Nafissatou ?

fgm-teaser(Par ROBERT CHAUDENSON)

 

Que vous soyez Mariama ou Nafissatou et que vous veniez dans le Nord pour y travailler comme femme de chambre dans un hôtel, en étant assez jeune et accorte pour susciter quelques idées lubriques chez certains de nos clients, allez travailler à New York plutôt qu'à Paris !

Vous n'y trouverez que des avantages, immédiats ou à moyen terme !

 

L'affaire de Mariama Diane (chassée plutôt que chasseresse !) Diallo (qui date de juillet 2010), femme de chambre au palace Park Hyatt Paris Vendôme, agressée sexuellement durant son service par un client proche (ou membre) de la famille régnante du Qatar, n'avait guère attiré l'attention des médias, ni même de la police française (diplomatie oblige !), ce qui avait conduit la victime à une profonde dépression et même à deux tentatives de suicide.

Le seul effet réel de cette affaire s’est produit un peu plus tard, en mai 2011, au moment de l'affaire Strauss-Kahn au Sofitel de New York, moins parce que ce dernier avait été accusé d’avoir sexuellement agressé une femme de chambre, également noire et d'origine guinéenne comme la première, mais parce que, en outre, la « supposée » victime se nommait également Diallo, ce qui est moins étonnant qu’on pourrait le croire car Diallo est en effet un nom de famille extrêmement courant en Afrique de l'Ouest. Comme on dit ailleurs, si on lance un caillou au hasard, il tombe sur un Diallo ou sur un Touré !

 

Toutefois, en dépit de ces analogies, les différences entre les deux affaires se situent sur un tout autre plan.

 

Dans le palace parisien, il ne s’est à peu près rien passé sur le plan administratif, policier et judiciaire ; l'émir qatari en cause n'a pas été inquiété ni même interrogé sur cette affaire ; il est reparti tranquillement de l'hôtel, avec, en revanche, pour sa victime les conséquences morales et sanitaires déjà évoquées. Dans la deuxième affaire Diallo, celle de New York, on sait les suites qui lui ont été données et la façon dont a été traité le présumé coupable DSK, arrêté sans ménagement alors qu’il est déjà assis dans l’avion pour Paris ! L'État de New York procède alors à sa mise en détention provisoire et engage une procédure pénale. Celui-ci nie les accusations et fait savoir qu'il plaidera « non coupable ». Bernique !

 

Son arrestation connaît, on s’en souvient, un grand retentissement et entraîne sa démission du poste de Directeur général du FMI. Dès le 19 mai 2011, un Grand Jury l'inculpe ; le lendemain, il est transféré de la prison de Rikers Island à un appartement de New York pour y être placé en résidence surveillée. Le 6 juin 2011, il plaide « non coupable », ce qui ouvre la voie à un procès pénal. Il est libéré sur parole lors de l'audience du 1er juillet 2011, le procureur ayant mis en doute la crédibilité de la plaignante. Les charges pesant sur Dominique Strauss-Kahn sont officiellement abandonnées le 23 août 2011, ce qui met un terme à la partie pénale de l'affaire. Deux plaintes sont alors déposées devant un tribunal civil par Nafissatou Diallo et par Dominique Strauss-Kahn. Le 10 décembre 2012, une transaction qui coûtera fort cher à Anne Sinclair intervient entre les deux parties et clôt définitivement l'affaire en six mois.

 

La chance qu'a eue Mariama Diane Diallo a été de saisir presque dès le début, via son accueil téléphonique, le 21 décembre 2010, l’AVFT qui est une association française spécialisée dans la lutte contre les violences sexuelles au travail et qui soutient les victimes dans les procédures judiciaires. Dans ce cadre et avec cette assistance, Mariama Diallo a constitué le dossier indispensable (relation écrite précise de l’agression sexuelle et ses conséquences en termes de santé et d’emploi ; copie du procès-verbal de la plainte déposée ; lettre datée du 28 juillet sur papier en-tête Park Hyatt Paris-Vendôme, signée par les « Director of rooms » , « Director of security » de l’hôtel ainsi que par « Atio Al-Dosari », par laquelle les signataires confirment que M. GS, l’agresseur, « n’est plus admissible dans les propriétés Hyatt en France » ; dossier médical attestant d’une symptomatologie post-traumatique et de deux « ingestions médicamenteuses volontaires »).

 

Pour Mariama Diallo elle-même, les choses n'en sont malheureusement pas restées là, puisque un télégramme de son employeur a « confirmé sa mutation » dans un autre hôtel, mutation qui n’avait pas été sollicitée et qui a été refusée par M. Diallo, estimant que cela n’était pas à la victime d’être écartée du Park Hyatt Paris-Vendôme. Deux jours plus tard, lui parvenait une lettre de licenciement par la Française de Services pour « faute grave, sans indemnités ni préavis », au motif du « refus de mutation » !

 

Nous avons appris par les médias (cf. l’article de Nolwenn Weiler du 16 avril 2016 dans Bastamag.net) la récente réouverture du dossier par le Parquet de Paris, Mariama Diallo et l’AVFT ayant fait savoir qu’elles se tiennent « à la disposition des services d’enquête pour toute audition qu’ils jugeraient utile ».

 

Selon le principe, majeur et latin, de la justice française « Festina lente » : Hâte-toi lentement !) l'affaire, quoique prenant tout son temps (elle dure depuis six ans), semble approcher enfin de son terme puisqu'elle est venue devant le Conseil des prud'hommes de Paris, le 13 avril 2016 tandis que la victime est passée, elle, du prestigieux Park Hyatt Vendôme à un modeste fast-food !

 

Sans s'attarder davantage sur la comparaison des affaires et des traitements différents réservés aux supposées victimes comme aux présumés coupables dans les systèmes français et américain et en laissant de côté aussi les théories des divers complots, on constate aisément que le vieux principe de Figaro ne s'y applique pas dans les mêmes termes et que la justice n'y est pas systématiquement et toujours indulgente aux grands et dure aux petits.

 

En matière politique et aux sommets des Etats, on a vu comment le traitement des présidents en exercice (Nixon et Clinton) a été différent pour des manquements divers aux obligations de leur fonction, le second n'ayant échappé à son sort que par miracle et par le secours de quelques arguties judiciaires qui ne sont que sont de la roupie de sansonnet à côté des nôtres ! Il en est de même hélas pour nos hommes et femmes politiques et la double élection présidentielle de fin 2016 et de début 2017 aux États-Unis et en France nous donnera sans aucun doute l'occasion de renouveler ce triste constat.