L’attaque de Salez sur Twitter : entre paranoïa et désinformation

340Le petit village de Salez, dans la vallée du Rhin saint-galloise, s’apprête à retomber dans l’oubli. Déjà plusieurs jours que les médias ne parlent plus de l’attaque survenue le 13 août dernier dans un train régional. Une attaque que la « fachosphère » avait pourtant mis beaucoup d’ardeur à faire passer pour le premier attentat islamiste sur sol helvétique. Dans un climat terroriste tendu, décryptage d’un phénomène en croissance.

Il est environ 18:00, ce samedi 13 août, lorsque l’information est révélée par la police Saint-Galloise. En début d'après-midi, un homme dont l’identité reste inconnue, muni d’un couteau, a mis le feu à un wagon d'un train régional, non loin de la gare de Salez ; 7 personnes sont blessées, dont l’assaillant lui-même. Très vite, le communiqué est relayé sur les sites d’information et rapidement partagé sur Facebook et sur Twitter. C'est là que tout commence. Dans un climat de peur lié aux récents attentats commis en Europe, les réactions émotionnelles se multiplient. «Eh voilà, ça arrive chez nous, il fallait s'y attendre !»... Dans le contexte actuel, difficile d'en vouloir à toutes celles et ceux qui ont aussitôt fait le lien entre cette attaque et celles de nature terroriste survenues au cours des derniers mois, en France et en Allemagne notamment.

Ces déclarations sont plus difficilement compréhensibles, en revanche, après qu'un communiqué officiel révèle la nationalité suisse de l'agresseur et considère la piste islamiste comme "très improbable". Un communiqué qui semble déplaire à plusieurs internautes...

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Certains n'hésitent pas à affirmer que l'assaillant aurait volé les papiers d'identité d'un suisse pour cacher ses origines.

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Nous sommes toujours le samedi soir 13 août et les autorités saint-galloises font preuve d'une remarquable retenue dans les informations qu'elles communiquent. Voilà qui semble louche pour de nombreux internautes. Les théories du complot ne tardent pas à resurgir. C'est sûr, les médias et les autorités nous cachent la vérité...

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11("Splendide comme les autorités cachent l'identité du terroriste!")

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("C'était un homme suisse" dit la presse LOL car c'est évidemment une attaque d'un musulman)

 

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La twittosphère semble être à présent sûre d'une chose : en dépit de ce que peuvent en dire les canaux d'information officiels, la Suisse est la nouvelle victime du terrorisme islamiste. Désormais, l'ignorance fait place à la désinformation.

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Un site hongrois prétend même disposer d'une photo de l'agresseur. Gageons qu'il n'a pas fallu plus de deux minutes au "journaliste" pour mettre côte-à-côte ce détenu d'une prison américaine et la photo du train saint-gallois.

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L'image fait le tour de la toile durant quelques heures, le temps que le canular soit révélé. En revanche, l'identité prétendûment musulmane de l'agresseur continue à faire couler de l'encre.

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Au bout du compte, Simon S. était un suisse de 27 ans vivant seul dans le canton de Schwytz et suivant un apprentissage au Lichtenstein. Il est mort le lendemain de l'attaque, des suites des blessures qu'il s'est lui-même infligées. On ne connaîtra peut-être jamais les raisons exactes qui l'ont poussé à commettre son geste fou. La twittosphère s'en contrefiche désormais; seule la perspective d'une attaque islamiste la tenait en haleine. Tout comme elle se contrefiche (depuis le premier jour) du sort des victimes. Une femme de 34 ans blessée durant l'attaque est morte et trois personnes sont toujours hospitalisées.

"La première victime de la guerre, c'est la vérité", disait l'écrivain Rudyard Kipling. Il est compréhensible, compte tenu de l'actualité sombre de ces derniers mois, de se montrer plus soucieux sur les questions sécuritaires. Il n'est en revanche pas concevable de sombrer dans la paranoïa, surtout lorsque l'on voit dans quelles proportions un fait divers peut être exploité et instrumentalisé. Vérifier les sources d'information et se fier aux communiqués de presse officiels vaudra toujours mieux que de jouer à se faire peur avec Twitter et ses apôtres de la désinformation.

Commentaires : 3

  1. entre temps nous vivons sur une planète où des enfants sont utilisés pour faire exploser des bombes et d’autres sont décapités, d’autres encore abusés sexuellement puis tués.

    mais le mal n’existe pas pas besoin de psychoter, il prend simplement la place que nous lui accordons « dans le paysage ».

    ne vous inquiétez pas les communiqués officiels n’en parlerons pas trop non plus.

    dans l’attente, divertissez-vous !

  2. Il y a eu aussi incident d’un déséquilibré à quelques kilomètres côté autrichien de la frontière. Deux histoires très proche : c’est peut être le même institut psychiatrique ?? En passant : pour l’enquêteur de police, le sociologue etc. le complot doit faire partie de la boîte à outil d’analyse.(Il faut être fou et aliéné pour être anti-complotiste) Après aller fouiner les discussions de personnes lambdas sur twitter, facebook : on peut faire tout et n’importe quoi. Je n’apprécie pas trop la méthode de journalisme à la sauce américaine en matière de protection des données. Une journaliste du Temps s’est bien ramassée dans les commentaires après ce genre de publication après un match de foot un peu trop francophobe pour elle.

    P.S.1: Le côté fasciste je le vois plus dans cette tendance totalitaire de ne pas admettre toute opposition avec cette fâcheuse tendance au contrôle de toute les activités de la société.

    P.S.2: Vous qui défendez une ligne écologique : A quand un sujet sur des oiseaux, un compte rendu botanique, un article sur les valeurs limites de bruit dépassé : car c’est bien la faille San Andreas d’une LAT qui densifie le bétonnage des périphéries, l’initiative « Stop Mitage » : même topo : pas tant une défense de la qualité de vie de la biocènose. Mes études en géographie (orientée par la volonté de comprendre l’échec d’une zone commerciale valaisanne) m’on beaucoup déçues quand j’ai découvert les personnes que j’avais en face de moi : bétonneurs, architectes salivant devant des building, économistes qui valorise le pseudo-écologique comme label et standard, ingénieur-psychologue voulant diffuser une pensée citadine blasée des anciennes valeurs.

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