L’AMOUR DU MOBILE (24/36)

le-banquet-platonChapitre XXIV

 

Un mobile en or

 

 

 

Platon, Le Banquet

 

« A la fin de la journée, vers le soir,

il rentra chez lui pour se reposer. »

 

En reconduisant Thomas Roque vers Lyon, Alfredo Bacan sentit que quelque chose clochait. Il n’aurait pas pu dire quoi. Mais la personne qu’il avait amenée à Condrieu n’était pas la même que celle qu’il raccompagnait sur le chemin du retour. Quelque chose s’était produit. Alfredo Bacan hésita à plusieurs reprises à adresser la parole à Thomas. Mais il ne le connaissait pas encore assez bien pour oser interrompre les pensées qui agitaient son client. Ce fut Thomas qui rompit le silence.

 

  • Puis-je utiliser mon téléphone mobile depuis votre taxi ?

 

Au souvenir d’Alfredo Bacan, c’était bien la première fois qu’un policier lui demandait la permission de téléphoner depuis son taxi. C’était pour lui le signe clair que le chef de la Brigade criminelle n’allait pas bien du tout. La seule personne peut-être qui ne fut pas surprise plus tard de la démission de Thomas Roque de sa nouvelle fonction fut ce chauffeur de taxi perspicace et futé. Mais Alfredo garda ses pensées pour lui.

 

-        Monsieur, je ne vois aucun problème à ce que vous téléphoniez. Je sais d’ailleurs aussi garder ma langue, si vous doutiez de ma discrétion.

 

-        Non, pas du tout. Je ne sais même pas pourquoi je vous ai posé une telle question.

 

Thomas Roque fit un numéro qu’il devait connaître par cœur.

 

-        Bonjour Véronique. Je suis sur le chemin du retour. Je vais retourner à Condrieu. J’ai encore une question à poser à Monsieur le Curé. J’ai l’impression que je navigue à vue. Je ne sais plus du tout ce que je dois faire pour résoudre cette enquête. J’aimerais que vous procédiez à une vérification. Il faut absolument que nous sachions si des appels téléphoniques ont été faits à partir du nouveau téléphone mobile de la victime. Je ne sais pas cette idée m’est venue soudainement. Je veux que vous procédiez vous-même à cette vérification. Avez-vous une question ?

 

 

Alfredo Bacan avait écouté le début de la conversation téléphonique de Thomas Roque. Il avait compris tout de suite que son client lui demandait de retourner dans la direction de Condrieu. Il tourna au prochain carrefour et revint sur ses pas. Claude Nougaro chantait Toulouse. Thomas, probablement parce que son interlocutrice n’avait pas cru utile de poursuivre la discussion, avait abandonné son portable et l’avait mis dans la poche droite de sa chemise blanche striée de lignes bleues marines horizontales et verticales.

 

Lorsque le taxi s’arrêta devant la cure, François Romain Germont était sur le point de quitter sa résidence. Il reconnut Thomas et revint sur ses pas.

 

-        Vous avez oublié de me poser une question, je pense ?

 

-        Oui, effectivement. Je me demandais si vous aviez lu le journal de ce jour, Le Progrès, et le commentaire de son éditorialiste, Tristan d’Angelo ?

 

-        Non, absolument pas. Je lis de moins en moins les journaux. Parfois je parcours les titres. Mais, voyez-vous, je connais trop l’âme humaine pour penser que les journalistes puissent dire parfois des choses censées. En fait, ils font comme nous autres curés de campagne, ils prêchent pour leur paroisse. Leurs sermons sont seulement plus lus que les nôtres.

 

-        Voilà le propos d’un homme sage, Monsieur le Curé. Vous êtes une sorte de privilégié finalement. Vous connaissez par avance les malheurs des autres, vous les écoutez et vous devinez que votre parole a moins de consistance que celle de vos paroissiens. Bon, je finis et je vous demande simplement ceci : savez-vous s’il est exact que Monsieur Pierre Perrot faisait chanter Madame Florence Olivier ?

 

Le curé qui avait eu l’esprit à taquiner devint à nouveau fort sérieux.

 

-        Monsieur Roque, je vous aime bien. Je sens que vous cherchez une issue. Je ne sais pas laquelle ce sera. Mais je veux simplement vous dire ceci : ne comptez pas sur moi ! Je fais ce que je dois faire, ce que me dictent ma conscience et mon ministère. Pour le reste, je vous fais confiance. Vous trouverez une issue. Celle-ci sera peut-être inconfortable, mais elle sera vôtre. Donc, ma réponse est facile : je ne réponds pas à votre question parce que je respecte le secret de la confession. Vous avez accepté cette règle en venant chez moi. Je suis certain que vous acceptez ma réponse. Est-ce que je me trompe ?

 

-        Merci Monsieur le Curé. Oui, je vous remercie vivement de votre réponse. Je ne sais pas si nous nous reverrons. Je ne le sais vraiment pas. Mais sachez que j’ai apprécié ce moment passé avec vous à Condrieu dans votre cure. Je crois que je vais m’acheter un petit blanc. Mon chauffeur de taxi est un passionné de vins. Il me conseillera comme vous l’auriez fait. Sachez aussi que je suis revenu simplement pour entendre cette réponse. J’avais besoin d’une réponse. Vous m’avez répondu selon votre conscience. Je vais tenter de savoir ce que me dictera ma propre conscience.

 

 

Thomas tendit la main vers le curé. La poignée fut vigoureuse, celle d’un homme plein de compassion et de respect pour autrui. Les gens de Condrieu, pensait Thomas, avaient de la chance de côtoyer un tel homme. Thomas pensa alors aux vacances d’été qu’il passa dans le Languedoc et à ce curé d’origine camerounaise qui faisait rire les enfants après la messe et qui aimait tant le rugby qu’il organisait des matches entre paroissiens durant son séjour en France. Les sermons de cet homme au visage franc et rieur étaient faits de jeux de mots, de mimiques artistiques et de gravité claire. Thomas n’allait plus à la messe, mais aimait croire dans ses moments de tristesse et d’angoisse que la foi l’assommerait un jour pour toujours. Il songerait alors au petit village de Condrieu.

 

Lorsqu’il retrouva Alfred Bacan, Thomas Roque était presque joyeux. Il dit à son chauffeur.

 

-        Arrêtons-nous dans ce petit magasin à vins. J’ai envie que vous me conseillez deux ou trois bouteilles de blanc. Cette journée restera gravée dans mon esprit. J’aurai certainement l’occasion d’y repenser parfois. Et si j’oublie, un petit blanc bien fruité me redonnera du goût pour la méditation.

 

Alfredo Bacan conseilla à Thomas Roque d’acheter six bouteilles d’un viognier 1999 de Chapoutier. Le vin, disait-il, était très fruité, à la senteur d’ananas, de fleur d’acacias et de lychee, au goût rond, très long en bouche et à la finale vanillée. Thomas Roque le crut sur parole. Il donna un billet de deux cents euros au vendeur, acceptant que celui-ci garde le large pourboire.

 

Thomas, définitivement sur le chemin du retour, sentit une tristesse profonde l’envahir. Il ne savait pas trop pourquoi, mais il était malheureux. La vie lui échappait, l’enquête lui échappait, Lauane lui échappait. Il devenait une sorte de petit rien incapable de comprendre ce qui l’environnait, incapable de prendre une décision, bonne ou mauvaise, incapable en un mot d’accepter le risque de vivre. Thomas devait faire quelque chose, n’importe quoi, mais quelque chose. Bon Dieu, il avait voulu être chef, il l’était et voilà que sa destinée même lui échappait.

 

Thomas décida d’appeler Lauane à son travail. Le secrétariat de l’hôpital lui répondit qu’elle était malade et qu’elle reviendrait dans deux ou trois jours. Thomas appela alors le domicile privé de Marika Vignot. Elle répondit à la huitième sonnerie.

 

-        Allô, Lauane !

 

Thomas fit semblant d’être joyeux.

 

-        Salut beauté du diable ! Je suis près de Vienne et je reviens sur Lyon. Je me disais que je pourrais passer te dire un petit bonjour. Qu’en dis-tu ?

 

-        Tu oses poser la question, vieux bougre ! Je crois que je vais dire non !

 

Thomas aimait son esprit taquin, sa voix légèrement voilée et franche, sa façon même de le dérider.

 

 

-        En fait, ma chère, j’ai le bourdon. Je cherchais quelqu’un pour me dérider, pour me faire rire et pour me dire que rien n’est bien grave ici bas. Enfin, tu vois ce que je veux dire.

 

-        Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire, mon cher. Voudrais-tu être plus explicite ?

 

-        Vois-tu Lauane, je suis en taxi, un chauffeur de taxi, amateur de vins, est à mes côtés et je ne voudrais pas le distraire avec mes propos enflammés. Tu ne voudrais tout de même pas que nous ayons un accident !

 

-        Cela ne résoudrait-il pas tes problèmes Thomas ?

 

-        Tu es une punaise, une vraie ! Donc, je te rejoins dans moins d’une demi-heure. A bientôt !

 

-        T’ai-je dit que je voulais t’ouvrir ma porte ?

 

-        Non, tu ne l’as pas dit effectivement. Dois-je comprendre qu’elle sera fermée ?

 

-        Je ne sais pas, je n’ai pas pris encore de décision.

 

Lauane rit au bout du fil. Thomas sourit en regardant la route. Il raccrocha le combiné. A peine avait-il fini de parler avec Lauane que Véronique Rastan tenait à lui donner les derniers renseignements.

 

-        Patron, j’ai réussi à obtenir la destination du dernier appel donné avec le téléphone mobile de Florence Olivier. Et devinez qui fut le destinataire de l’appel téléphonique ?

 

-        Ma chère Véronique, je ne suis pas d’humeur à jouer au chat et à la souris avec quiconque. Ne me faites pas languir. Je suis véritablement à bout.

 

-        Il s’agit de Maître Pascal Reneval !

 

Thomas Roque s’attendait à tout, mais pas à cela. Une fois encore, il ne comprenait plus rien à rien. Quel rapport pouvait-il y avoir entre Florence Olivier et l’avocat ? Le couple Olivier était-il parmi les intimes de Me Reneval ? Y avait-il encore une autre connexion qui lui échappait ? S’agissait-il d’un simple hasard sans la moindre signification pour l’enquête en cours ?`Mais est-ce que cela pouvait être un hasard que Lauane, l’ancienne amante du célèbre avocat eût accompagné le jour même du meurtre Florence Olivier ? Le hasard avait de curieuses façons d’accommoder la réalité !

 

Thomas n’avait plus envie de se poser la moindre question. Il voulait rejoindre Lauane et ne plus réfléchir. Les questions étaient faites pour les enquêteurs. En cette après-midi de février, il ne voulait plus qu’être un amant délicat, tendre et pas trop maladroit.

 

 

Thomas paya Alfredo Bacan, lui laissa en guise de pourboire trois bouteilles du viognier de Chapoutier et lui dit qu’il le rappellerait, peut-être le lendemain déjà. Il monta quatre à quatre les escaliers qui menaient au dernier étage de l’immeuble dans lequel se trouvait l’appartement de Marika Vignot. Avant de pointer son doigt vers le bouton de la sonnerie fixée à la paroi entourant la porte de sapin, Thomas respira un bon coup. Il entendit des pas vifs et rapides. Lauane était resplendissante et ne paraissait pas malade du tout.

 

-        Le secrétariat de l’hôpital m’a dit que tu étais souffrante !

 

-        Et toi qu’en penses-tu ?

 

-        Je ne suis pas médecin. Il me semble que tu es en pleine forme, appétissante et pleine de vie. Mais je dois me tromper puisque tu ne travailles pas.

 

-        Je ne travaille pas parce que je n’ai pas envie de travailler. Le reste n’est que prétexte. Disons que j’espérais que tu me proposes en cette fin d’après-midi un je sais quoi, une gâterie ou même une agape torride ! Mais si tu n’en as pas envie, je peux aussi me faire couler un autre bain et tu me frotteras le dos, me câlineras le cou et feras en sorte que mon torticolis ne s’aggrave pas. Je n’ai pas envie de me rendre chez un médecin qui ne se souciera pas de moi et m’offrira en guise de consolation à son incompétence des médicaments inutiles et peut-être même dangereux pour ma santé. D’ailleurs, je n’ai plus envie de prendre ces fichues pastilles. Finalement, je suis mon propre docteur. Seuls tes baisers doivent me guérir. Qu’en dis-tu cher homme ?

 

Thomas écarta les cheveux encore légèrement humides qui cachaient une partie du visage de celle qui lui offrait une fois encore son corps. Il regarda les yeux bruns et verts qui se moquaient de lui. Il posa ses lèvres sur les siennes. Il ouvrit sa bouche, elle proposa la sienne. Il recula et demanda :

 

-        Combien de temps avons-nous mon amour ?

 

-        Aussi longtemps que tu le désires ? Quelle question stupide, petit idiot !

 

-        Donc allons rêver ensemble sur ton lit en regardant le plafond.

 

-        Mais oui, mon petit Thomas, allons faire dodo, je vais te border et tu feras de beaux rêves pleins d’étoiles et de feux d’artifices.

 

Lauane se moquait de Thomas. Thomas aimait à être ainsi la cible des moqueries de Lauane. Les deux amants se dirigèrent vers la chambre à coucher. Un grand lit royal tout friponné les attendait. Lauane prit place aux côtés de Thomas.

 

-        Alors comment va ton moral Thomas ?

 

Thomas fit la moue. Il n’avait pas envie de répondre. Il voulait le silence, un vrai silence, un silence de complicité et de connivence. Lauane comprit le sens du message.

 

 

-        Si tu ne veux pas répondre à mes questions, je me tairai. Mais, veux-tu m’embrasser peut-être ?

 

-        Bien sûr que non ! Tu t’es regardée, tu es toute fripée, en guenilles et sans bas. Quelle honte pour accueillir un chef de la Brigade criminelle !

 

-        Veux-tu encore m’embrasser oui ou non ?

 

-        Je n’ai pas dit vraiment non, Lauane.

 

-        Tu n’as pas dit oui, Thomas.

 

La pièce était simple. Il y avait seulement un grand lit, une armoire cossue, deux fauteuils et un petit bureau en bois aggloméré. Thomas était encore grognon.

 

-        J’ai envie de te faire l’amour Thomas ! J’aime ton grognement.

 

-        Et moi j’ai envie d’être chiant, d’être grognon et je te souris.

 

Lauane ne voulut pas se départir de son esprit taquin.

 

-        Alors dis-moi, comment voudrais-tu que je te fasse l’amour ? Voudrais-tu que je me comporte en garce, en timide, en salope ?

 

-        Tu vois, Lauane, je suis là, à regarder le plafond, je suis là, je te regarde, et je m’en fous. Sois comme tu veux. Je prends tout.

 

-        C’est faux. Tu es là. Tu ne fais rien. Tu te défiles en regardant le plafond. Je te prends la main et tu n’essaies même pas de contenter ta reine du moment. Bouge-toi !

 

Cette injonction avait été donnée en riant, un rire qui, selon Thomas, était tout Lauane. Thomas se tourna alors vers Lauane, la vit dans son peignoir de couleur marine, pensa à ses dessous de l’autre soir, défit le nœud qui tenait les deux pans du vêtement et découvrit un soutien-gorge et un slip en coton de même couleur. Il lança le peignoir à travers la chambre. Ils s’embrassèrent longuement, lentement, amoureusement. Thomas embrassa son ventre, le contour de ses seins cachés, lécha son cou, à nouveau son bas-ventre, caressa les tissus, regarda Lauane, la serra contre lui, dégrafa le soutien-gorge, de sa main droite palpa les deux seins, les mordilla, sentit sans la voir que Lauane fermait les yeux, les respirations se firent déjà plus lourdes. Lauane commençait à se trémousser et indiquait ainsi qu’elle voulait être nue pour lui. Elle écarta les jambes. Il ôta le dernier dessous et la vit désirable. Thomas ferma ses yeux. Il sentait un durcissement garant de délices prochains. Il sourit au silence de la pièce. Lauane, dans un souffle murmura :

 

-        J’ai envie que tu t’occupes mieux encore de moi.

 

 

Et Thomas parla et dit ce qu’il faisait :

 

  • Je me lève, je te regarde, j’ai envie de t’embrasser, je ne t’embrasse pas, je te regarde encore, j’écarte cette mèche rebelle qui me cache ton oreille gauche, je pose mes lèvres dans ton cou, je sens ton parfum sauvage et frais à la fois, je caresse encore une fois ton cou avec mes lèvres, je parcours tes joues avec mes lèvres fermées, je continue mes divagations, mes mains décrivent la courbe de tes seins, j’embrasse tes paupières closes, je sens que tu attends mes prochains pas, tu attends un je ne sais quoi, je te fais languir, j’écoute déjà la montée de ton désir, j’approche mes lèvres de ta bouche, je me colle à ton corps, je me déshabille …. Je colle encore à ton corps, nous avons ouvert toutes nos écoutilles, j’ai envie de lécher ton cou, je le pourlèche, je deviens chien, je connais ton menton, je rencontre ta langue qui fredonne à nouveau vers l’extérieur, tu ne dis pas non, tu ne dis pas oui, j’ai envie de toi, je suis toujours chiant et grognon, tu me réponds de tes frétillements, de tes ondulations, tu vacilles et tu tressailles déjà, tu es sereine et patiente, puis déjà impatiente, tu attends un geste qui ne viendra pas encore, tu en reçois un autre qui te plaît encore plus, tu respires un peu plus fort, je t’embrasse plus fort, je suis presque un carnassier, tu trépignes, tu résistes, je sens tous tes sens en éveil, tu veux de la furie, de la douceur, de la chaleur, tu veux tout …

 

-        Je te veux toi, Thomas…

 

Il s’embrassèrent avec chaleur, sans retenue, ils se roulèrent dans le duvet multicolore, ils rirent et sourirent à la fois, ils crièrent de vérité, ils s’aimèrent nus, il devint tigre, elle devint lionne, il eut sa bouche captive, sèche et avide, crépitante, rebelle, langues léchantes, croquantes, tressaillantes, emmêlées, baisers lents, calmes et profonds, baisers plus rapides, plus félins, presque féroces à la fin. Ils sentirent leurs désirs communs. Il s’embrassèrent encore plus lentement. Il croqua ses fesses, ses seins. Il la dévora. Elle le dévora. Ils jouirent.

 

Ce soir-là, Thomas ne pensa pas aux questions qu’il n’avait pas voulu poser à Lauane. Il écrivit un autre poème. Il l’appela « La sieste crapuleuse ».

 

En cette journée crue, de Mouline enivré,

Je me jetai au lit, heureux et enfiévré,

Au paradis rêvant, au ciel multicolore

Soupirant, enchaîné au nénuphar d’or.

 

Bouillonnant, écumant, musicien et poète,

Tel un vagabond nu, dans le désert torride,

Je sommeillai songeant à ce corps très avide

Parsemé de mystères loués par le prophète.

 

Aimant, je somnolai, déesse dans mes draps,

Sur ma couche, Ô Toi, intime et si lointaine

Dont l’âme fuit et luit dans ma vie souterraine.

 

Âme sœur, paisible je m’endors et si las

Que mes doux souvenirs s’en vont cliquetant

Comme des cloches fêlées sous le ciel trébuchant.

 

 

Thomas n’osa pas déposer ces faux alexandrins dans la boîte à lettres de Lauane. Il les garda pour lui. Ces vers n’étaient pas à lire.

 

Il se rappela simplement qu’en quittant Lauane, il osa lui demander :

 

-        Maître Pascal Reneval était-il un aussi bon amant ?

 

Lauane le foudroya du regard, l’enlaça, lui mordit légèrement la joue droite et lui claqua la porte au nez.