L’économie verte, aujourd’hui pour demain


afficheRarement on aura vu une telle coalition soutenir une initiative populaire. Economistes, scientifiques, entrepreneurs, juristes, etc. Fait rarissime, plusieurs entreprises (dont IKEA) ont même apporté leur soutien au texte soumis à votation le 25 septembre. Un texte qui cherche des alternatives responsables et durables au modèle économique actuel, obsolète mais toujours défendu par EconomieSuisse. Laquelle n’hésite pas à lâcher quelques millions dans une contre-campagne nauséabonde et populiste.

À la longue, on finit par s’habituer à ce type de déclaration : « Votre initiative s’attaque à un vrai problème, mais avec les mauvais outils ». Une ligne de défense plutôt bien rodée, qui commence par l'affirmation aimable que le but visé par l’initiative « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources » est plus que louable. Presque aussitôt, on s’empresse néanmoins de préciser que le texte est trop ambitieux, potentiellement coûteux voire liberticide et qu'il faut donc le rejeter.

Mais reprenons depuis le début. L’initiative pour une économie verte, déposée voilà déjà 4 ans, souhaite que l’empreinte écologique de la Suisse soit réduite « de manière à ce que, extrapolée à la population mondiale, elle ne dépasse pas un équivalent planète en 2050 ». Pour être plus clair, imaginons que chacun des sept milliards d’habitants de notre planète consomme autant que la moyenne suisse. Pour satisfaire tout le monde en termes de ressources (nourriture, eau, bois, tissus, combustibles, etc.), il ne faudrait pas moins de 3,5 planètes Terre. Autrement dit, nous ne laissons pas le temps à la nature de se régénérer et sommes contraints à puiser dans les réserves, diminuant ainsi les stocks de ressources disponibles. Ce que souhaite l’initiative, c’est que la Suisse ne consomme pas davantage que ce que la planète est capable de produire. Concrètement, cela passe par plusieurs mesures qu’il s’agira de promouvoir à travers une loi d’application : économie cyclique (revalorisation des matières premières à travers le recyclage, la réparation et la réutilisation, lutte contre l’obsolescence programmée, etc.), développement des cleantech (énergies renouvelables, mobilité électrique, isolation des bâtiments, etc.), production et agriculture locales, introduction de normes pour les produits importés, etc. En d’autres termes, il s’agit surtout de consommer « mieux » avant de consommer moins.

Un projet qui n’est pas au goût de la Conseillère fédérale Doris Leuthard, qui voit certainement dans ce texte (et dans celui de la sortie du nucléaire, qui sera voté en novembre) des concurrents à sa Stratégie Energétique 2050. Seraient à craindre de «brusques mutations structurelles» dommageables pour une économie qui a «besoin de suffisamment de temps pour s’adapter progressivement». « Sauf que cette même économie ne cesse de faire la démonstration de sa faculté d’adaptation ! » déclarait il y a quelques jours Thierry Meyer, rédacteur en chef du Temps. En effet, la seule véritable matière première de notre pays est son sens de l’innovation, son ingéniosité ; la bonne santé de notre économie (en comparaison à la morosité européenne) est bien la preuve que nous savons évoluer et nous adapter rapidement.

Du côté d’EconomieSuisse également, la perspective de trouver des alternatives au pétrole, au bois d’Amazonie et à l’huile de palme s’apparente visiblement à un diktat d’écolos extrémistes. Sur les affiches de l’organisation faîtière, la jeune femme entravée par une camisole de force verte semble en effet peu disposée à faire des efforts pour laisser à ses enfants un monde plus durable et plus responsable… EconomieSuisse dénonce une diminution du confort de vie et des libertés : la fin des douches chaudes, de la viande, des voitures… Faire peur pour mieux convaincre, une méthode peu originale mais diablement efficace même lorsqu’il s’agit de mensonges purs en simples. Suite aux propos tenus lors de la dernière émission « Arena » (l’équivalent d’Infrarouge, sur SRF1) par plusieurs opposants*, des journalistes du Tages Anzeiger ont procédé à un fact-checking (vérification de la véracité des déclarations faites). Celui-ci a révélé que sur huit arguments avancés par les « nein-sager », cinq étaient faux.

Au final, du côté d’EconomieSuisse, il n’y a pas que les combustibles qui soient fossiles; leurs idées et argumentaires datent également d’un autre temps. L’heure est pourtant, plus que jamais, à la prise de conscience et à la responsabilisation. Comme le dit Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de Lausanne, « Le modèle économique actuel ne tient plus ses promesses en termes de qualité de vie, d’emploi et de répartition équitable des ressources. Il met en danger notre environnement mais aussi notre bien-être. Seule une économie respectant les limites de notre planète est viable sur le long terme ».


* Andreas Züllig (EconomieSuisse), Doris Leuthard (conseillère fédérale en charge de l'environnement), Christan Wasserfallen (conseiller national PLR BE), Hans Grunder (conseiller national PBD BE)

Commentaires : 9

  1. C’est sûr qu’on est mal barré avec ces philosophes français qui envahissent nos universités par la diffusion de la bonne parole de l’agir communicationnel habermassien, pur produit de la trahison de l’Ecole de Francfort en Allemagne. (C’est quand même le comble ce déni de la French Theory par les philosophes français eux-même)
    Dr Bourg incarne bien cette dérive, il est le prototype de l’application de ces théories fumeuses dans une vision de gouvernance écologique. Sa vision d’une démocratisation de l’écologie c’est du fake. En plus: un philosophe qui enseigne en faculté de géographie mais qui n’explique pas l’articulation entre le local et le global: c’est tout dire de son déni. Selon lui: « C’est toute la difficulté de la situation : on est pris dans une tension contradictoire. Le retour à des échelles plus petites est peut-être le seul moyen de redonner un sens au collectif, avec une meilleure organisation, mais les problèmes que nous connaissons aujourd’hui sont globaux. Sans un degré de sophistication scientifique élevé, nous serions aveugles face à ces problèmes. Cette sophistication exige des sociétés complexes et une organisation à l’échelle mondiale. Face à cette contradiction, très sincèrement, je n’ai pas la solution »

    Je suis déjà presque sûr que ce professeur ne vous fait pas lire ces classiques de la French Theory pourtant très pertinent en cas d’échec de ses modèles théoriques : Jean Baudrillard avec la distinction entre l’ homo faber et l’homo otiosus et sa science des solutions imaginaires ainsi que Michel Foucault avec son approche d’une gouvernance décentralisée, d’une vision critique d’un aufklärung permettant de remettre en cause les mythes lumineux et instrumentalisés de l’approche de votre philosophe chéri de l’université de Lausanne.

    P.S. Cette notion d’experts auto-proclamés fait partie de cette gouvernance écologique à la mode. A quand des débat dans la communauté scientifique et non pas ces professeurs qui ne se citent qu’entre copains.

    Source : Moins! – Journal romand d’écologie politique (mai 2013): Dominique Bourg: «Le développement durable a fait son temps»

  2. L’énoncé de l’initiative est très vague et emploie de manière massive des mots à la commune mesure avec les intérêts économique. En plus cette initiative ne renseigne que très peu sur les applications pourtant très concrètes dans les milieux industriels et de la R&D. On remue ciel et terre actuellement pour imposer des éoliennes et des smart meters (compteurs électriques connectés) dont la particularité est de produire de l’électro-smog pas si écologique que cela si l’on considère la catégorie potentiellement cancérigène attribuée à ce genre de champs électro-magnétiques par l’OMS.
    Il existe bien heureusement des oppositions en Suisse sur cette thématique (riverains, consommateurs, avocats) qui font grincer les dents des promoteurs de ce genre de projets européen. Dans ce contexte: cette initiative est donc un instrument idéal pour imposer discrètement des technologies dangereuses pour la santé (Smart meters, éoliennes, projet de lignes à très hautes tension, et autres outils cybernétiques pour enfants à l’école), dangereuses pour la sphère privée (problème du big data avec tout ce qui est smart), et pour certaines considérées comme inutile pour une diminution de consommation d’énergie ( Il faut bien des datacenter pour toutes ces données big data et ces ordinateurs il faut bien les refroidir).

    Le principe de précaution ? Aux oubliettes avec cette initiative ?

    L’intérêt économique est là : les grands distributeurs n’ont pas intérêts aux déploiements chez les privés du solaire ou de l’éolien. Il préfère poser eux de monstres éoliennes super-chargées en électro-magnétisme. Les intérêts de la spéculation boursière sont aussi présents avec ces données big data (énergie smart meters).

    Et puis finalement en ce qui concerne la responsabilisation que vous abordez : il s’agit d’une stratégie bien connue dans la construction d’un marché « vert » : ex : Monsanto qui fait un label de soja responsable puisque son soja OGM n’a pas besoin de labours grâce à son fantastique Roundup, magie magie, et ceci avec la signature d’une succursale de WWF…

    • les compteurs intelligents SONT UNE ARNAQUE DE PLUS rien d’autre renseignez-vous tous sur le sujet, en France plus de 100 communes environ l’ont déjà refusé, au Canada aussi des refus naissent, et comme bizarrement sans compter le problème des ondes, des nuisances pour la santé, de la protection des données, du contrôle permanent de votre utilisation électrique, des coûts d’installation et des coûts ensuite facturés au consommateur, de la perte d’emploi………… ……………..et bien il est aussi démontré que c’est le consommateur le perdant……………………………mais le compteur intelligent SERT uniquement à la mondialisation et à la « prison » que celle-ci vous construit par toutes les petits détails et intrusions dans vos vies…………………………….

      pour le reste vous avez des soucis et bien commencez par pratiquer la DECROISSANCE INDIVIDUELLEMENT et cela sera la meilleure action que vous pourrez faire………….

      • Je trouve que c’est un comble que les soit-disants protecteurs de la biocénose sont en fait les promoteurs de sa destruction. Combien de ces apôtres de l’efficience énergétique par les smart meters ont la SUV de luxe qui attend sur le parking ?

  3. A tous nos frères, qui ne « veulent » pas de l’écologie verte, il ne faut pas les blâmer, nous ne devons pas les blâmer; il faut en avoir pitié plutôt, parce que ce n’est pas qu’ils ne veulent pas mais c’est qu’ils ne PEUVENT pas changer.

    Parce qu’ils sont désespérés, dépressifs, qu’ils ne voient pas d’issue au problème, pas de solution, qu’ils ont baissé les bras, parce qu’ils étaient plus faibles mentalement bien sûr, et ont donc décidé, en désespoir de cause, de continuer leur vie comme si de rien n’était, et leurs enfants n’auront qu’à crever; ce sont là bien sûr des raisonnements qui leur provoquent des souffrances incommensurables bien sûr (mais ils ne peuvent pas faire autrement, ils sont faits ainsi);et c’est pour ça que nous devons être nous, citoyens vivants et responsables et pas encore abattus pas l’adversité nous, indulgents, et avoir pitié de ces… … … ratés de l’espèce !

    • Je crains de ne pas avoir l’empathie d’Ozer pour mes  »frères » qui ne veulent pas de l’écologie verte. S’ils ne voient pas qu’il y a le feu à la maison, c’est parce que précisément ils sont le feu. Le réchauffement de la planète et l’interminable et insupportable agonie de la biodiversité sont visibles au quotidien , sur le pas de notre porte. Rétro pédaler jusqu’en 2050 est insuffisant. Le processus est enclenché et irréversible. Que dirais-je à mon petit-fils d’une année quand il me demandera pourquoi nous avons pareillement saccagé la planète bleue? Pas de pitié pour les pyromanes. Le dernier chef sioux, Siiting Bull, (1831-1890) prophète s’il en est, disait ceci :  » Lorsque la dernière goutte d’eau sera polluée, le dernier arbre coupé et le dernier animal chassé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas  »

      • Tout à fait vous avez (presque) (peut-être) tout à fait raison.
        Il y a aussi une maxime que j’adore parue sur les chaînes TV françaises à une époque c’était un enfant qui disait à son père en regardant une terre dévastée: « Tu savais ? Et t’as rien fait ? »

        C’est une chose.

        Et « presque » « peut-être » raison, parce que Albert Jacquard (par exemple) disait lui: Les gens ont « compris » (appréhendé) que tout était foutu » (ça n’engage qu’eux ces faibles mentalement), qui sont donc dans le sauve-qui-peut individuel, pour eux et leur progéniture et merde au reste du monde.

        Bien sûr ce sont des débiles (donc) parce que soit, on s’en sortira tous ensemble, soit on crèvera tous !

        PS: Votre comment d’hier: « Gabriel Luisier à « ozé » briser l’omerta. = MDR ;.))))))))) Bjr

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