SERVICE CANTONAL DE LA SANTE. FARCES ET ATTRAPES AU PAYS DE FARINET (2/3)

Un « À-quoi-bon-sondage » auprès de 3'000 patients valaisans

 

Dans le premier épisode (voir 1dex de hier), nous avons traité de cette erreur coûteuse pour notre Canton (quatre millions) constituée par le projet foireux « Infomed ». Nous avons montré aussi qu’outre le manque de compétence de la direction du Service de la santé, il convenait de relever la passivité de Mme Waeber-Kalbermatten devant la dérive de ses subordonnés. 

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Dans ce deuxième épisode, nous traitons d’un projet de sondage des patients valaisans dont la mise en place jette une lumière crue sur les méthodes de travail du Service de la santé.

Le vendredi 24 juin 2016, le Service de la santé publique faisait paraître au Bulletin officiel un avis dont tout béotien en matière de droit aurait pu dire l’illégalité du contenu. Sous le titre « Etude sur les hospitalisations hors canton par libre choix », le Service de la santé se proposait de réaliser une « étude de marché sur les raisons incitant des résident(es) valaisans(nes) à choisir un hôpital ou une clinique hors du canton pour leur hospitalisation, même si la prestation est disponible en Valais. »

Il n’est pas dans notre propos d’évaluer l’intérêt de ce projet. Il n’en va pas de même de la méthode retenue pour ce sondage. Voyons plutôt. Pour ce faire, lit-on plus loin, l’Institut d’étude de marché M.I.S. Trend SA réalisera une enquête téléphonique auprès des résidents ayant choisi de se faire hospitaliser hors du canton. C’est là que commence le côté périlleux de la méthode (nous soulignons) :

« Le Service de la santé publique transmettra à M.I.S, la liste des personnes ayant subi une hospitalisation hors canton par libre choix en 2014 et/ou 2015. Ces personnes seront contactées par téléphone par l’institut afin de répondre à quelques questions sur les raisons de leurs choix. La personne contactée peut en tout temps refuser de participer à l’enquête téléphonique. (…)  Si (…) vous ne souhaitez pas que vos coordonnées soient transmises à la société M.I.S. Trend SA, nous vous prions d’adresser un courrier ou un e-mail d’ici le 31 juillet au Service de la santé publique pour l’en informer. »

 

Dans Le Nouvelliste du 12 juillet 2016, on note encore cette fanfaronnade du chef du Service de la santé :

« Cette étude, qui devrait nous permettre de rendre un rapport d’ici à la fin de l’automne, est très observée par le reste du pays. Nous sommes les premiers en Suisse à chercher à comprendre le phénomène et le Tessin ou encore Saint-Gall nous ont approchés pour en savoir davantage.»

 

Effectivement très observée par … les milieux de la protection des données !

 

Voyons les points qui sont inadmissibles dans cette manière de procéder. L’identité d’une personne qui a été hospitalisée est une donnée personnelle et protégée. Peut-on admettre que l’hospitalisation d’un patient soit nommément annoncée à un institut de sondage ? Peut-on admettre que ce soit à lui de lire le Bulletin officiel et de prendre ensuite contact avec le Service de la santé ? Il peut par exemple être à l’étranger durant la période indiquée.

Aussi, dans un communiqué de presse (15 juillet), l’Association des patients domiciliés en Valais (ADPVal) s’insurgea-t-elle contre cette manière de procéder et en montra les côtés inadmissibles. Une intervention qui a fait son effet et le 13 août Sébastien Fanti, préposé cantonal à la protection des données, proposa de revoir la procédure et recommanda de « recueillir le consentement des patients concernés avant la transmission de leurs coordonnées à l’institut de sondage. » (Le Nouvelliste, 13 août) Etait-ce à une association de patients à remettre le Service de la santé dans le droit chemin ?

Ce qui paraissait évident à tout premier communiant est également confirmé par un avis de droit du professeur Wolfgang Wohlers de l’Université de Bâle (Walliser Bote 13 août).

 

Une fois de plus, l’oreille basse, le Service de la santé faisait machine arrière, Madame Waeber-Kalbermatten devait à nouveau engager le « Rückwärtsgang ».

Le Service décide alors de prendre contact téléphoniquement avec les 1000 patients sélectionnés sur 3'000, un beau job en perspective, 70-80 heures de téléphone. Pour quel résultat ? S’entendre dire qu’on a  des parents à l’extérieur du canton ou que la confiance dans les hôpitaux hors canton est plus grande, ou que l’on préfère un lieu où l’on parle l’allemand. Il n’est pas difficile d’imaginer les réponses et qu’en fera-t-on ? Autres questions encore. Sur quelle base la sélection a-t-elle été faite ? Quelles sont les questions qui seront posées ? Sans compter le fait qu’au téléphone, certains patients ne se sentent pas du tout à l’aise ou en confiance avec un interlocuteur qu’ils ne connaissent pas. Alors qu’il eût été tellement plus simple — mais pour cela il eût fallu, dans ce Service de la santé, bien réfléchir avant d’agir de la manière appropriée — de procéder par un questionnaire établi avec soin et de manière adéquate, laissant le temps au patient d’y répondre de façon pertinente.Pas besoin d’être grand clerc dans la technique des sondages pour savoir l’influence qu’a la question sur la personne sondée.

Voilà qu’avant même le début du travail se présentent des interrogations qui mettront à mal les résultats du sondage !

 

J

 

 

 

 

 

Commentaires : 9

  1. Je ne comprends pas du tout l’objectif d’un tel sondage et, surtout, la manière dont il a été organisé (si j’ose dire). Comme vous l’écrivez, les réponses vont apporter quoi pour l’amélioration de notre système de santé, pour autant que ce soit l’objectif visé.
    Mais, plus grave est le constat que d’autres services de l’état fonctionnent de la même manière, c’est-à-dire en engageant du personnel en fonction de leur couleur clanique plutôt que sur leurs compétences.
    Et tout le mond laiss faire.
    Non, pas l’1dex.

    • Ouais là aujourd’hui, je suis tout à fait d’accord avec vous JCPraz.
      Et je profite d’ailleurs de l’occasion (de ce jour où je peux vous complimenter) pour vous dire par contre que tout le reste du temps je ne suis absolument jamais d’accord avec vous.
      Et résumerais la raison de l’ensemble de tous nos désaccords par l’expression (à interpréter comme vous le voudrez, c.-à-d. comme une critique ou un compliment) suivante: « SI un jour il reste un seul socialiste à la surface de cette planète, ce sera JCPraz ».

        • Magnifique passing, magnifique contre-attaque, bravo, je dois l’admettre !
          J’ai été magistralement pris en contre !

          Vous êtes en forme aujourd’hui ! J’ai mal choisi mon jour pour vous attaquer ! (alors qu’il y a pourtant tant d’opportunités en général avec vous).

          Mais peut-être que je réessaierai. (si nécessaire… on verra !)

          Et vive le sport !!!

  2. La volonté d’ignorer les compétences réelles des gens est le problème principal du Valais du haut au bas de la pyramide.

  3. Bien c est simple , pour le pipi ! LA SONDE ! Voyez …
    Apres si ca leur fait plaisire . La confiance est un plat long à cuisiner !

  4. Ces sondages n’ont aucune valeur… mais un coût certain.
    C’est faire semblant d’analyser un problème en se focalisant sur les résultats plutôt que sur les causes.

    Tout le monde connait déjà la réponse à la question… et la défiance des Valaisans face à leurs hôpitaux est autant issue du cafouillage de l’institution que du battage médiatique qui l’a entouré…

    C’est étrange : cet hôpital n’allait pas si mal tant que la politique ne s’en mêlait pas…

    Résultat des courses :
    – une pléthore de nouveaux chefs avec une structure hiérarchique ressemblant de plus en plus à la pyramide mycologique des âges suisse
    – une hémorragie de médecins ayant quitté l’établissement,
    – une anémie de médecin voulant y travailler,
    – du personnel soit blasé, soit désabusé, soit « fonctionnarisé »
    – une communication déficiente compte tenu du peu de médecin parlant la langue (il faudrait bientôt organiser des cours de grec pour le personnel soignant et les patients afin qu’ils puissent communiquer avec les patriciens !)
    – une libéralisation du marché de la santé (ben tien ! c’est Santé Suisse qui voulait faire marcher la concurrence !)

    …et après ça, qui s’étonne des hospitalisations hors Canton ?

    • Excellente analyse.
      Et pendant ce temps Bécassine se laisse entourlouper par Victor qui se fait bourrer le mou par Dr Georges … Tout va très bien …

  5. C’est la loi sur l’assurance maladie qui a instauré un climat de compétition entre établissement sanitaire. Et cette même loi permet à chaque citoyen de se faire soigner sur tout le territoire suisse pour autant que cet établissement figure sur la liste du canton où il est situé.
    Le Valais a cru un instant que sa médecine  » low-cost  » pourrait attirer des patients. On constate aujourd’hui que le patient cherche avant tout les compétences quitte à sortir du canton. Et beaucoup de médecins compétents ont soit été injustement virés: le Dr Richard, le prof Savioz, les Dr Favre et Pitteloud pour citer les cas les plus emblématiques.
    Pas besoin de sondage pour comprendre les causes de cette fuite croissante de patients quI va encore s’accentuer avec l’arrivée de l’hôpital de Rennaz.
    Pas besoin d’un sondage bidon, violant allègrement la sphère privée, pour comprendre ces petites choses.

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