A 78 ANS, LE PAPE FRANCOIS EST UN CAS RARE

5660484dc3618806448b4591(PAR CHRISTIAN RAPPAZ)

 

Le Rendez-Vous Economique de la Foire du Valais s’est à nouveau joué à guichets fermés ce jeudi 6 octobre 2016. Six cents personnes se sont en effet pressées à la salle Bonne de Bourbon pour assister au débat du jour dont le thème était :  « Les grands défis du sport international ». Un thème un peu bateau, avouons-le, que nul n’aurait la prétention de traiter en 90 minutes chrono. Bref. La tâche herculéenne était confiée à Didier Défago, notre champion olympique de descente, à Michel Thetaz, le patron-fondateur de la bientôt feu équipe cycliste de WorldTour IAM, à mon estimé confrère de la RTS, Patrick Délétroz et à l’inénarrable et inoxydable François Carrard, avocat de profession et qui, à ce titre, plaide conjointement – et notamment - la cause du CIO et de la FIFA depuis quarante ans. Le tout sous la houlette de Sandra Jean, directrice des rédactions du Nouvelliste, dont on connaît l’amour du sport. Voilà pour le décor.

Côté acteurs, on dira que Didier Défago a fait étalage de bon sens et de beaucoup de clairvoyance, que Michel Thetaz s’est contenté d’un rôle d’équipier, que Sandra Jean avait plutôt bien préparé son affaire et que Patrick Délétroz et François Carrard ont monopolisé l’essentiel du temps de parole. Du côté de l’assistance, on a qualifié les discussions d’assez intéressantes tout en regrettant que les questions de fond, qui sont souvent les questions qui fâchent – ceci expliquant cela - n’aient pas été abordées. Ce qui arrive souvent dans ce genre de rendez-vous un peu alibi organisé avant tout pour occuper l’espace et faire le buzz.

 

Dommage. L’occasion était belle pourtant. Non seulement Me Carrard, chemise et chaussettes roses, semblait en forme guillerette du haut de ses 78 ans, mais de plus, quelques mois après le FIFAgate et l’arrestation du numéro 2 du CIO à Rio, pour trafic de billets, il y avait matière à mettre l’avocat des puissants sur le grill. Après avoir pensé à tort mais avec l’arrogance qui le caractérise, se mettre l’auditoire dans sa poche en tournant le couteau des JO 2006 dans la plaie, l’ancien bras droit de Juan Antonio Samaranch et de Sepp Blatter- excusez du peu - a une nouvelle fois démontré que l’attaque restait la meilleure des défenses. Tantôt dribbleur, tantôt tackleur, toujours hâbleur et avec l’art consommé de botter en touche, le rugueux lausannois à maintes fois mis Délétroz en difficulté.

 

Sans doute impressionné par la fougue et l’aura de son contradicteur, le Valaisan, acculé en défense fut ainsi souvent débordé. Pour le plus grand regret du public, qui attendait une réaction d’orgueil, via quelques contre-attaques rondement menées. Une tactique d’autant plus aisée à imposer qu’il suffisait de puiser les questions dans le curriculum du Maître. Pensez, quarante ans au service de deux des institutions les plus gangrénées par la corruption et des deux présidents qui l’ont tour à tour incarnée, ça laisse quelques questions en suspens, non ? Quatre décennies à se servir d’un système tout en s’indignant de ses dérives, ça mérite éclaircissement, non ? Et on ne parle pas, puisque ce n’est pas le sujet, des dizaines de comptes ouverts par ses soins et celui de son étude au Panama, au bénéfice de sociétés ou de personnes dont on ne saurait cependant douter de l’honnêteté et de la probité.

 

Sans réel adversaire à sa taille, François Carrard, qui s’est déjà profilé comme l’un des plus ardents défenseurs de la future candidature romande aux JO de 2026 – le renard perd son poil mais pas son vice – a donc ajouté une victoire à son palmarès à Martigny. Sans même avoir besoin de puiser dans ses réserves. On dira cependant que lui demander de s’exprimer sur les grands défis du sport, c’est un peu comme demander à M. Marlboro si la cigarette tue ou à M. Volkswagen si le diesel pollue. Après quoi, on boit l’apéro et tout le monde est content…