Les communes grisonnes soutiennent la sortie du nucléaire pour sauver l‘hydraulique

barrage_de_moiry_1Réunie en assemblée, l’organisation faîtière des communes concédantes du canton des Grisons vient de prendre position à l’unanimité pour la sortie programmée du nucléaire, le 27 novembre prochain. Selon elle, l’abandon de l'atôme rétablira un marché équilibré et revalorisera les exploitations hydrauliques, actuellement déficitaires. Une analyse pertinente que le Valais ne semble pourtant pas encore prêt à partager.

 

« Un OUI à l’initiative pour la sortie du nucléaire renforce l’hydroélectricité grisonne ». Tel est le titre du communiqué de presse dévoilé il y a quelques jours par l’ « Interessengemeinschaft Bündner Konzessionsgemeinde » (IBK). Avec la chute des prix de l’électricité, les compagnies exploitant les barrages souhaitent ne plus payer de redevances aux communes à partir de 2020. En cause, la surproduction de courant à l'étranger (en particulier en Allemagne) lorsque, lors de pics d'ensoleillement et de vent, la production de renouvelable s'ajoute à la production continue (dite "de ruban") des centrales à charbon et du nucléaire. C'est cet excédent qui fait régulièrement dégringoler les prix (pour l’anecdote, lors d’une journée ensoleillée et venteuse en mai dernier, la production allemande a atteint un tel pic que, pour la première fois, le prix de l’électricité est devenu négatif durant quelques heures ; en d’autres termes, les allemands ont été payés pour consommer de l’électricité). Si cette situation peut réjouir le consommateur, elle n’est pas sans conséquence pour les exploitations suisses et, par conséquent, pour les communes qui en dépendent financièrement. Pour ne citer que l’exemple de Sierre, les participations de la commune aux aménagements hydroélectriques ont rapporté en moyenne 6.75 millions par année entre 2007 et 2013. Désormais, le budget 2017 prévoit une perte de plus d’un million.

Pour rétablir un marché où l’électricité serait payée à sa juste valeur, la production européenne doit diminuer. Selon l’IBK, fixer une échéance à l’exploitation de nos centrales nucléaires vieillissantes (ce que le Parlement s’est toujours refusé à entreprendre) est le meilleur moyen pour y parvenir. Une situation particulière démontre en ce moment même que ce scénario n'a rien d'une fiction : le débranchement par EDF de plusieurs réacteurs français en raison de défaillances techniques, en même temps que la suspension (provisoire ou définitive ?) de Beznau I et de Leibstadt. Conséquence : la baisse de la production a fait grimper le prix pour la livraison électrique en Suisse de plus de 30% en deux semaines. Accessoirement, cet épisode rappelle également que le parc nucléaire européen s’apparente de plus en plus à un EMS ; le prix du kilowattheure ne reflète d’ailleurs absolument pas les montants pharaoniques que vont bientôt nous coûter le traitement des déchets radioactifs et le démantèlement des centrales.

L’initiative pour la sortie programmée du nucléaire conjuguée à l’arrêt d’ici 2022 des 17 réacteurs d’outre-Rhin décidé par le gouvernement allemand activera un processus similaire de rééquilibrage du marché de l'électricité sur le long terme. Les producteurs hydrauliques suisses cesseront de produire à perte et éviteront ainsi la fermeture de certains aménagements, qui semble inéluctable si rien n’est entrepris rapidement ; une situation dont profiteront l’ensemble de leurs partenaires, à commencer par les communes.

Président de l’Association valaisanne des communes concédantes, Damien Métrailler s’exclamait en 2013 : «Ne pas sortir du nucléaire, c’est tuer l’énergie hydraulique !». Trois ans plus tard, il s’oppose pourtant au texte soumis au peuple le 27 novembre.

Les Grisons ont compris, pas le Valais.

Commentaires : 1

  1. le lobby nuclèaire est puissant, pourtant il nous mène à la ruine. Ils ont fait tant d’erreurs qu’ils mériterait la prison.
    1 – Il devait prévoir l’argent pour le démantèlement des centrales en versant 1 milliards ou est il? (1965 )
    2 – le prix du kWh n’est pas juste puisque le démantèlement n’est pas compris dans le prix de vente du kWh. A Chavalon, pour atteindre en prix décent, les salaires du personnel étaient ventilés a travers différentes société du groupe EOS.
    3 – Le Valais est particulièrement mauvais par manque de perspective et par le manque de vision de ces dirigeants et autres. que je sache les barrages ce n’est pas que de l’énergie c’est aussi beaucoup d’eau, ce qui manquera le plus dans le futur proche. Les communes concédantes n’ont pas compris grand chose, il ne voyait que l’argent .
    4 – En Valais le solaire n’existe pas, tous les bâtiments a toit plat ne possèdent pas de panneaux solaire pourquoi ?
    5 – L’avenir , la révolution numérique n’est comprise par personne . qui sait coder ou faire un algorithme. Il serait bon d’engager du personnel très compétent , il y a Me Fanti le seul que je connais et qui pourrais être apte à diriger un service idoine.Ex : le PDG d’une grande société peut être piégé par un simple informaticien . C’est à méditer.

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