Leucoderme ou mélanoderme ?

nicolas(PAR ROBERT CHAUDENSON)

 

Grand émoi dans le landerneau médiatique à la suite de la 19e « alerte enlèvement » lancée en France à la suite de la disparition de Djennah, une petite fille de quatre mois qu’on suppose avoir été enlevée par son père, Steeve Beni Y Saad, un « homme de 28 ans, d’1,75m aux cheveux noirs et courts [ La Place Vendôme aurait-elle bronché devant« crépus » ?]», décrit comme un « individu de race noire »!

 

Les rédacteurs initiaux de ce texte ne semblent pas avoir de notre belle langue française comme des données anthropologiques majeures une connaissance très précise. Qui pourtant pourrait être mieux placé que moi pour le constater moi qui fus naguère mis en examen pour diffamation. J’avais en effet signalé dans mon blog qu’un notable de la Sarkozie (et il en est bien d’autres) croyait que le mot « errement » était un synonyme élégant et distingué pour « erreur ». Mais ce sont là, après tout, les risques inattendus du métier de professeur de français.

 

Quelques années, plus tard, je n’ai dû mon salut judiciaure qu’à la lenteur de notre justice qui a mis trois ans à ouvrir le Littré pour y découvrir le vrai sens du mot (« selon les esserments antérieurs » !) et surtout et plus encore à la chute de la Sarkozie et à l’arrivée du dossier sur lequel je n’avais jamais été entendu dans le mains de juges moins dociles aux ordres du pouvoir précédent.

 

Il faut dire que les choses ne sont pas simples tant au plan anthropologique que linguistique ; la correction rapide du texte par les autorités de police et de justice, devant la vague de protestations déclenchées par l’usage de la formule « individu de race noire » en « individu à la peau noire », n’a évidemment pas changé grand-chose, étant entendu que, dans un cas comme dans l’autre, ce terme évoque tout naturellement un Africain; y a pourtant bien d’autres régions du monde qui sont peuplées par des « individus à peau noire , que ce soit en Inde, dans le Pacifique  ou dans la « Corne de l’Afrique » qui, en revanche, ne sont nullement du type africain qu’on identifie en général aux cheveux crépus et au nez épaté;  Il y aurait sans doute eu moins d’ambiguïté et d’incertitude si l’on avait osé utiliser tout simplement le mot « nègre »que ne fuyaient pas, comme nous le faisons aujourd’hui nos grands auteurs du XVIIème siècle!

 

On l’évite désormais avec le plus grand soin, alors que lui-même ou sa traduction locale sont employés sans la moindre réserve et sans dénotation ni connotation péjoratives dans bien des populations de couleur. Pour ne citer qu’un seul exempleen France même, en créole réunionnais, « mounoir » (= mon noir ») ou « mon kaf » (même sens, « mon cafre ») sont même des formules amicales !

 

Pour rester dans le registre lexical et sémantique , il est probable que la petite fille en cause est une « mulâtresse » (terme plus précis en la circonstance et mieux adapté que « métisse ») mais on répugne probablement, dans nos sphères juridico-journalistique, à user d’un tel terme car, outre qu’on ignore sans doute son sens exact et précis, on le suppose également injurieux.

 

Le commentaire, qui a accompagné la sotte modification officielle du texte de cette « alerte enlèvement » , mérite également qu’on s’y arrête ; le voici : « Certains termes du message, repris précipitamment, étaient évidemment inappropriés ».

 

Là encore notre belle langue française (par un recours opportun au grec que devrait méditer Madame Najat Vallaud Belkacem) nous fournit la solution précise et efficace aux problèmes des rédacteurs de ces textes.

 

Il est clair (si l’on peut dire … sur pareil sujet) que, sans dire « individu de race noire » ou « individu à peau noire » (ne parlons même pas de « nègre » !), la solution au problème juridico-anthropo-lexical résidait dans l’usage (nominal ou adjectival) du mot « mélanoderme » » (du grec « melas » (= noir » et « derma » (=  peau) ) qui, sans faire intervenir la notion discutable de race ou une référence géographique, donne une description suffisante du physique du père de la petite fille disparue.

 

Certes, il était à craindre, vu l’état du système éducatif français, que les destinataires de ce message, ignorassent (comme dirait le petit Nicolas pour qui, grâce à Patrick B. l’imparfait du subjonctif n’a plus de secrets) l’existence et plus encore hélas la signification de ce terme!