Un tour de plus vers la refondation de l’école (Deuxième partie)

(PAR ROBERT CHAUDENSON)

 

Il est frappant de constater l'absence totale, sinon de référence, du moins de prise en compte réelle, des conditions sociales et sociologiques de l'immigration dans les réflexions sur la dégradation des résultats de notre système éducatif dont on juge essentiellement à travers les données du PISA ! Notre école française se flatte de loger tous les élèves "à la même enseigne", pédagogique et républicaine, ce qui, de toute évidence, est  une ânerie prétendument "républicaine" dont le monde nous laisse d'ailleurs la quasi-exclusivité !

On oublie évidemment dans tout cela que notre paysage éducatif a commencé à changer radicalement à une date récente ; les chiffres le confirment, même si nul ne semble vouloir le remarquer et en tenir compte, alors que toutes les statistiques donnent 1980 comme le moment du début de la crise.  Un changement démographique majeur s'observe en effet vers la fin des années 70  lorsque Valéry Giscard d'Estaing instaure,  pour les travailleurs immigrés, en particulier maghrébins, le princippe du "regroupement familial" qu'on habille de couleurs humanitaires ! Il n'en est évidement rien ! Le vrai but est en fait double ; il est économique d'abord ; il s'agit de faire rester en France les salaires des travailleurs maghrébins qui auparavant partaient, en grande partie, pour l'Afrique du Nord pour l'entretien des familles restées au pays ; le but  était aussi démographique ; on entend faire monter le taux de croissance démographique français, dans un contexte, général en Europe (surtout en RFA), de baisse de la natalité. Ces stratégies n'étaient peut-être pas mauvaises en soi, voire nécessaires, mais elles auraient dû susciter  une réflexion générale sur leurs conséquences à court terme et en particulier une adaptation des stratégies pédagogiques de notre école à cette nouvelle population scolaire ;  les solutions vaguement esquissées avec les CEFISEM n'étaient que des emplâtres sur une jambe de bois ! Aucune réflexion n'a eu lieu Rien n'a été fait sur ces plans et dans ces domaines, comme je le répète personnellement en vain depuis une bonne quarantaine d'années !

 

Le pire est qu'on ne sait même pas lire les statistiques, y compris dans les services prétendument spécialisés de nos ministères et de la rue de Grenelle en particulier !

Les statistiques de notre ministère de l’éducation nationale elles mêmes signalent en effet, mais au passage et comme une coïncidence fortuite et banale, sans s’y attacher ni s’interroger sur cette date, que la forte chute des résultats scolaires français, qui nous vaut, désormais le bonnet d’âne parmi les pays développés et le honteux pilori du PISA, commence vers 1995.

 

Je ne suis en rien spécialiste de l'histoire de l'éducation et moins encore statisticien ; je livre donc telle quelle une hypothèse en laissant à des spécialistes le soin de la confirmer ou de la réfuter. J’ai en effet été frappé par le fait que le début de la chute des résultats scolaires français se situe en 1995, selon Madame C. Moisan , "Directrice de l'évaluation, de la prospective et de la performance pour les ministères de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur" ; c'est donc bien, en gros, une petite vingtaine d'années après la mise en œuvre de la politique dite du « regroupement familial » par Giscard d'Estaing  en 1976-1976. Serait-ce un hasard ?

 

Je me borne donc ici à quelques remarques sommaires. Jusqu’à 1960, le taux de natalité de la population immigrée est inférieur à celui des Français, parfois largement. L'immigration féminine est alors très rare et la population immigrée est surtout formée, en majeure partie, de travailleurs qui sont des hommes isolés dont les familles restent au pays. La situation commence à changer en 1970 ; dès 1971, on note 71.000 naissances de mère étrangère pour moins de 3,2 millions d'étrangers.

 

À partir de 1974, les choses changent radicalement avec la fin de l'immigration quasi exclusive de travailleurs masculins isolés ; ce sont surtout dès lors des femmes (et des enfants) qui immigrent au titre du "regroupement familial" qu’organise le décret d’avril 1976. Ce changement amène un rythme soutenu de naissances au sein de l'immigration, malgré la stagnation et même parfois le recul du nombre des étrangers, surtout dû désormais aux naturalisations.

 

Pour résumer et conclure, depuis les années 1990, on observe une augmentation continuelle de l'immigration familiale étrangère en France et ce changement démographique a des incidences très fortes bien entendu  sur le fonctionnement et les résultats de l’école.

Qu'en dit notre savant CNESCO qui consacre une brève section aux "élèves issus de l'iimigration", sans prendre en compte leur nombre croissant dans la population scolaire :

 

"Une autre partie novatrice, mais guère plus réjouissante, du rapport concerne les élève issus de l'immigration [Aucune mention de leur nombre !]. Jusqu'ici, on imputait très largement leur moindre réussite scolaire – mesurée par les études Pisa de l'OCDE qui, là encore, classe la France parmi les plus mauvais élèves – à leur milieu, au fait qu'ils vivaient dans des foyers ayant des difficultés [ Aucune allusion aux problèmes posés par la langueMDR !].

 

Georges Felouzis et son équipe apportent ici un nouvel éclairage. Les niveaux d'éducation et les catégories socio-professionnelles des parents issus de l'immigration se sont élevés. Or on ne constate pas d'amélioration des performances scolaires de leurs enfants comme pour les " natifs " en pareil cas. [ Voilà qui devrait inciter à s'attarder au problème de la langue mais on continue à traiter sue ce plan "natifs" et non natifs" de la même façon si joliment "républicaine"]

Discrimination

[...]

Autre phénomène inquiétant. Les familles issues de l'immigration investissent désormais beaucoup dans l'école. Elles sont deux fois plus nombreuses à souhaiter un bac général pour leurs enfants. Or ceux-ci continuent d'aller massivement dans les filières pros où ils sont sur-représentés [De qui se moque -t-on ? Ils "von"t ou on les y relègue au vu de leurs résultat scolairess ?].

Briseuse de rêves

[...]

Pour le CNESCO, ce sont les politiques scolaires menées depuis trente ans qui sont les premières responsables."

 

Ah bon ? Enfin un peu de lucidité, mais de la part du CNESCO, cele ne manque pas ce sel ! Il faudrait absolument en parler rue de Grenelle !

 

(La suite et la fin demain).