TARTUFILLON

(PAR NARCISSE PRAZ)

 

Tout semble avoir été écrit, discuté, disséqué au sujet de l'affaire François Fillon. Tout sauf ça: l'homme est véritablement l'incarnation du Tartuffe moliéresque. D'évidence, il est le candidat  des bigots de l'extrême droite catholique française: le raz de marée de votes de la primaire qui soudain l'a fait passer au premier rang des candidats alors qu'il végétait dans le milieu du tableau ne doit rien au hasard mais bien à une organisation de type croisade dont l'Eglise catholique a le secret. Et voici donc François Fillon déjà premier de classe futur président de la république laïque de France.

Surgissent alors les révélations du Canard enchaîné qui le dénonce comme escroc aux finances de l'Etat en embauchant à coup de milliers d'euros mensuels toute sa famille. Et le voilà face aux caméras de télévision et de radio. Et le voici accusant le Canard enchaîné de misogynie envers son épouse Pénélope. Et le petit malin mais gros tricheur d'accuser le Canard de s'en prendre à sa chère moitié à laquelle il proclame vouer un véritable culte amoureux! Sans blague! Etrange stratégie que voilà. En faisant de son épouse une victime, ce ne serait donc plus le coupable de détournements des fonds publics mais... Pénélope! Et ça a marché.

Or, le premier et vrai coupable dans cette histoire, nous semble-t-il, ne sont pas les bénéficiaires de l'opération de main basse sur les finances de l'Etat mais bien lui-même sans qui rien de pareil ne serait arrivé. Oui, François Fillon a été à fort bonne école catholique dans sa jeunesse et cette façon de détourner la culpabilité dans l'affaire vers son épouse consiste bien en une tartufferie immonde réduisant au silence la bénéficiaire du délit mais la fait apparaître comme la victime du Canard enchaîné et de tous les journalistes enquêteurs, cette engeance.

Et voici Tartuffe tel que vu par Molière habillé de sons vrai nom: Tartuffillon.

... "Chaque jour à l'église, il venait d'un air doux / Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux, /Il attirait les yeux de l'assemblée entière /Par l'ardeur dont au ciel/ il poussait sa prière / Il faisait des soupirs, de grands élancements, Et baisait humblement la terre à tous moments, /Et  lorsque je sortais, il me devançait vite / Pour aller à la porte offrir de l'eau bénite..."

En l'occurrence, l'eau de la rubrique La marre aux canards de la troisième page du redoutable Volatile hebdomadaire sans qui la France ne serait que ce qu'elle fut à une certaine époque où l'Eglise catholique régnait sur ses institutions.

Commentaires : 1

  1. Bravo Narcisse, toujours aussi percutant.
    Question?
    Est-ce un péché mortel ou véniel de nourrir( grassement) sa femme et ses enfants aux frais de la république?

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