ABECEDAIRE : A COMME AMIGNE

(PAR PAUL VETTER [VALAIS DU VIN])

 

Origines: On ne connaît pas l’origine précise de l’Amigne. Mais grâce aux travaux de José Vouillamoz portant sur l’ADN, on a tout de même pu connaître quelques éléments de son ascendance. L’Amigne serait une “petite-fille” du Petit Meslier, un cépage rare de Champagne, lui-même issu du croisement entre Savagnin Blanc et Gouais Blanc (qui sont du coup les arrière-grands-parents de notre Amigne). On lui a également trouvé de la parenté dans le Piémont. On résumera donc avec José Vouillamoz: “Née quelque part entre le Valais, le Piémont et la Franche-Comté, l’Amigne n’en reste pas moins un cépage exclusif du Valais”. Pour le reste, au sujet de son étymologie notamment, on a surtout beaucoup de suppositions, d’hypothèses et de légendes tenaces plus ou moins crédibles.

Surfaces: Un cépage exclusif du Valais, disions-nous. Aux vendanges 2016, on dénombrait 41,3 ha d’Amigne dans le canton. Un chiffre en légère régression depuis 2009 (43,2 ha) année de son apogée. Quelques étapes pour arriver à ce stade: 18,2 ha (1991) puis 20,2 ha (1997), 23,1 ha (2000), 30 ha (2003), 39,5 ha (2006).

Production: Aux vendanges 2016, les producteurs valaisans ont produit 381’107 kg d’Amigne, qui ont permis d’encaver 304’886 litres d’Amigne. Une production un peu supérieure à la moyenne décennale.
Toujours en 2016, on a mesuré un taux de sucre naturel de 100,5° Oechslé (23,88 brix). Un peu moins, donc, qu’un millésime comme 2012 où il se situait à 105,5° Oechslé. A noter que cette évolution répond peut-être aussi à un choix, un panel toujours plus nombreux de producteurs cherchant à élaborer une Amigne plus ou moins sèche.A noter que la majorité de l’Amigne est récoltée en Vétroz. Si l’on se base sur le chiffre de la production, on peut dire que 71% de l’Amigne  (216’000 lt) vient de cette seule commune. Qui mérite donc bien le titre de Capitale de l’Amigne. Deuxième productrice d’Amigne, la commune voisine de Conthey (10% – 31’000 litres). Suivent loin derrière, dans l’ordre, Sion (4%) puis Leytron …

La vigne: Cépage vigoureux, l’Amigne a des feuilles moyennes à grandes, rondes, avec une cloqûre faible à moyenne, pentagonales mais peu découpées. Elles sont vertes avec une nuance de jaune et de bronze. La face inférieure a une forte densité de poils couchés. L’Amigne mûrit environ trois semaines après le Chasselas. Ce cépage est très sensible à la coulure et au millerandage. La grappe est longue et lâche. Elle a un pédoncule très long. Les baies, légèrement ovales, sont vert jaunâtres.

Amigne

Le vin: L’Amigne est un vin le plus souvent caractérisé par un sucre en suspension. Cela peut aller d’un vin moelleux à un cru franchement liquoreux. L’Amigne est caractérisée par des arômes d’agrumes, l’écorce de mandarine en particulier, et des notes évoquant l’abricot confit. Une belle acidité est requise pour garder un équilibre avec la sucrosité. Elle est souvent marquée par une fine amertume en finale de bouche et parfois, par une note tannique.
Le potentiel de garde de l’Amigne est assez importante. En vin liquoreux, l’Amigne fait preuve d’une magnifique complexité aromatique et d’un bel équilibre.
Depuis quelques années, un nombre croissant de producteurs limitent les sucres en suspension et tentent d’élever un vin sec, tout en conservant l’équilibre et la qualité aromatique de ce vin. Et c’est un grand bonheur lorsqu’ils y parviennent.

Les abeilles: C’est la trouvaille des encaveurs de Vétroz pour guider leur clientèle dans la jungle des Amignes plus ou moins douces. Depuis le millésime 2005, un autocollant avec une, deux ou trois abeilles vous indique le taux de sucre. Une abeille pour 0 à 8 gr/lt, deux abeilles de 9 à 25 gr/l, trois abeilles pour plus de 25 gr/lt. Une indication “à la louche”, mais utile pour un premier choix.

Quelques Amignes: Comme toujours, une liste évidemment non exhaustive. Au vu de mes dégustations, je puis recommander quelques producteurs régulièrement au top…

Romain Papilloud et fils (Cave du Vieux-Moulin) à Vétroz
André Fontannaz (Cave la Madeleine) à Vétroz
Famille Fournier (Cave des Deux-Rives) à Brignon/Nendaz
Serge Roh (Cave des Ruinettes) à Vétroz
Gilbert Devayes à Leytron

Ajoutons les Amignes de Fabienne Cottagnoud, (j’ai un faible pour ses Grains Nobles) régulièrement au sommet ces dernières années. A noter que cette productrice s’est essayé à élaborer une Amigne sous voile… Une curiosité.

Des liens à suivre (qui datent certes un petit peu):

Amigne 2012 de Romain Papilloud, vin de la semaine de la télévision locale valaisanne.

Amigne Grain Noble 2009 de Fabienne Cottagnoud, vin de la semaine de la télévision locale valaisanne.