CONSEIL D’ETAT 2017. QUE VA FAIRE CHRISTOPHE DARBELLAY AU DEPARTEMENT DE LA FORMATION ?

Le 15 février 2015, L'1Dex avait interrogé Christophe Darbellay sur sa conception de la formation en Valais.

Avons-nous bien compris : en cas de majorité PDC au Conseil d’Etat et dans l’hypothèse où vous-même seriez, même d’une voix, devant Oskar Freysinger, vous revendiqueriez et obtiendriez, à 3 contre 2, la fonction de chef du département de la formation ?

Exactement. Je le revendiquerai et je souhaiterais obtenir une majorité au sein du collège gouvernemental.  

Changeriez-vous la dénomination du département ? Si oui, quel terme privilégieriez-vous : instruction, éducation ou un autre signifiant ?

Le nom du département m’importe assez peu. C’est ce que l’on en fait une fois à sa tête qui m’intéresse bien davantage.  La dénomination « Département de la Formation » me semble intéressante car elle évite d’opposer les termes d’instruction et d’éducation, les deux missions fondamentales de l’école.

Les logopédistes ont-elles été bien considérées dans les nouveaux aménagements choisis lors de la dernière législature ?

Les logopédistes ont été « cantonalisés ». Ils ont perdu une partie de leur autonomie. Les conditions des uns et des autres varient toutefois en fonction des contigences locales. Au niveau humain, je parlerais d’une mise en œuvre peu diplomatique. Si l’on veut répondre au défi de l’hétérogénité des classes, il convient d’apporter aux enfants qui en ont besoin les aides nécessaires. Or, les thérapeutes du CDTEA (logopédistes, psychologues etc.) croulent sous les dossiers et les temps d’attente sont trop longs !

L’instituteur, l’enseignant, le professeur, est au centre du dispositif. Sa marge de manœuvre concrète, dans la classe et en lien avec les programmes scolaires, est-elle aujourd’hui suffisante ?

En principe, une grande liberté pédagogique est reconnue à l’enseignant. L’acte d’enseigner tourne autour de celui ou de celle qui enseigne. La liberté créatrice doit être préservée. Elle suppose un lien de confiance entre la hiérarchie et les enseignants. C’est précisément ce lien qui a souffert du climat délétère et suspicieux de l’ère Cleusix-Freysinger. Il importe de rétablir au plus vite la confiance de bas en haut et de haut en bas.

Le choix de Jean-Philippe Lonfat en qualité de chef du service de l’enseignement vous convient-il ?

Oui, après la très laborieuse ère Cleusix qui a beaucoup déstabilisé l’école valaisanne, le conseil d’état a fait un choix adéquat. M. Lonfat dispose d’une longue expérience de l’enseignement, des connaissances importantes du monde des associations pédagogiques et de la politique, du leadership d’un établissement scolaire… C’est un homme de terrain, intelligent avec de l’entregent. Il était temps !

La marge de manœuvre des directions d’écoles et de collèges est-elle suffisante ? Quelles améliorations apporter ?

La loi sur l’enseignement primaire de 2013 donnait une marge de manœuvre relativement étendue aux directions en matière de responsabilité pédagogique et d’encadrement des enseignants. Puis il a semblé que les messages venus des nouveaux chefs (autonomie amoindrie des directions, perte de périodes subventionnées…) contredisaient la volonté du législateur. Le Département doit définir le cadre et la gestion de l’opérationnel (organisation scolaire, gestion des enseignants…) se situer plus proche du terrain.

En quoi votre présence au gouvernement en qualité de chef de ce département pourrait-il améliorer la situation des instituteurs ?

Les conditions matérielles des instituteurs se sont améliorées lors de l’entrée en vigueur de la LEP. Toutefois, pour faire face aux défis posés par l’hétérogénéité grandissante dans les classes, il convient de mettre en œuvre des mesures de soutien pour certaines situations liées à des difficultés d’apprentissage ou de comportement par exemple. Force est de constater que M. Freysinger n’a pas fait grand-chose en cette matière durant ses quatre ans au gouvernement. Il le mentionne pourtant aujourd’hui comme un nouvel effet d’annonce. De trop longs mois ont été mis pour nommer inspecteurs, conseillers pédagogiques et chef de l’office de l’enseignement spécialisé, et ce en raison de politique politicienne… Pendant ce temps, des interims… Je ne suis pas PLR, mais je dois reconnaître que sous l’ère Roch la mesure de certaines difficultés vécues dans les classes avait été prise. Des enseignants ressources pour venir en aide aux titulaires, ainsi que des classes relais, avaient été proposés. Je souhaite être à l’écoute des gens du terrain et leur apporter mon soutien !

Des enseignants au cycle ?

Une nouvelle loi mise en place, dénuée de sa substance avant même d’avoir été éprouvée et évaluée. Une situation peu stable vécue difficilement par les enseignants du CO. J’aurai une vigilance particulière pour ces enseignants afin qu’ils puissent accompagner dans les meilleures conditions ces élèves dans cette période cruciale (par ex. suppression des demi-classe en langue 2). C’est l’impression d’un certain mépris, pire de méconnaissance qui ressort.

Des professeurs du IIème degré ?

J’éviterai de leur imposer le personnel recalé du Département (sic.)

Des directeurs d’établissements ?

Leur redonner davantage d’autonomie. Prendre en compte leur expérience du terrain pour prendre des décisions appropriées et répondant aux besoins réels.

Comment envisagez-vous l’enseignement de l’informatique et du numérique à l’école ?

Selon le plan d’étude romand, il s’agit d’une compétence transversale à développer à travers les différents domaines (langues, SHS…). Il est essentiel de donner aux enfants la maîtrise de ces outils pour entrer dans l’ère du digital ! Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre du retard dans ce domaine. Toutefois, les équipements MITIC sont très disparates d’une commune à l’autre. Il n’y a que peu d’incitations financières du canton pour équiper les écoles. L’état se doit de mieux accompagner les communes dans ce domaine (conseil, achats groupés du matériel…) et mettre en place les incitations nécessaires.

Ce que l’école valaisanne fait le mieux ?

L’intégration des élèves aux besoins particuliers dans les classes ordinaires. Le Valais a fait ce pari il y a très longtemps. Il est connu d’ailleurs loin à la ronde pour cela. Une intégration pas à tout prix : elle doit se faire en concertation avec les différents partenaires (école, autorités scolaires, parents, institutions…). Elle doit en outre être accompagnée de moyens permettant à chacun d’y trouver son compte ! C’est du win win. Je ne suis pas certain que M. Freysinger partage cette vision basée sur l’éthique et le respect.

Ce que l’école valaisanne doit absolument améliorer ?

Elle doit mieux tirer parti du billinguisme cantonal et miexu encore se préoccuper de l’accession de TOUS à des diplômes, certificats ou autres attestations. L’objectif est clair : pas de nivellement par le bas mais surtout ne laisser personne en rade.

Si l’économie rejoint la « formation » dans un même département, n’aurez-vous pas trop la tentation de ne rien toucher dans l’ancien département de Oskar Freysinger pour vous consacrer presque exclusivement à l’économie ?

Certainement pas ! Il y a tellement à faire ! En commençant par rétablir le lien de confiance passablement écorné. Nous devons en outre travailler à améliorer toujours et encore la qualité de notre école. C’est notre bien le plus précieux ! Je consacrerai tout mon temps, mon énergie et mes compétences à cette fonction. Ma place serait alors à Sion, sur le terrain du travail ou de la formation, dans les conférences intercantonales, mais ni à Berlin, ni à Moscou, ni à Paris…

Les avancées radicales, sous le règne de Bernard Comby, ont-elles été décisives dans l’évolution de l’éducation en Valais ?

C’est évident. Bernard Comby a été un Conseiller d’Etat d’envergure. Il a mis sur pied l’école d’ingénieurs devenue aujourd’hui la HES. Il a également été l’un des pères de la première école d’informatique de Suisse. Sous sa houlette, le Valais a vu naître plusieurs instituts universitaires. Il s’est occupé de l’école obligatoire, du CO et du Collège avec intelligence. Serge Sierro lui a emboité le pas. Il a également fourni un travail de grande qualité. Claude Roch a eu la sagesse de poursuivre sur la voie de la sérénité. C’est ainsi que l’école valaisanne a fini par être enviée de tous.

Les préférences partisanes dans le choix des nouveaux enseignants lors de l’attribution d’un nouveau poste relèvent-elles du mythe ou de la réalité ? Et sous votre législature ?

La couleur politique n’a rien à voir lors de l’engagement d’un enseignant. Les compétences priment ! Que le meilleur gagne ! Je m’y engage.

L’évaluation des « performances » du corps des enseignants est-elle souhaitable ? Si non pourquoi ? Si oui, sous quelles modalités ?

Il est difficile d’évaluer des performances lorsque l’on travaille avec l’humain. Par contre, il y a lieu s’engager dans un processus d’amélioration permanente de son enseignement et de la qualité. La formation continue doit occuper une place importante.

Si un investissement substantiel était économiquement possible dans le champ de la formation, vers quel domaine dirigeriez-vous les flux financiers disponibles ?

L’amélioration des conditions dans les classes pour répondre efficacement à l’hétérogénéité grandissante  (aide aux élèves ayant des besoins particuliers…)

L’augmentation des moyens alloués aux CDTEA (psychologues, logopédistes…)

Augmenter la dotation d’études dirigées pour aider les élèves les plus en difficulté (diminution cette année dues aux mesures d’économie). Je voudrais maintenir des écoles dans les petites communes en dépit de faibles effectifs.

Que dites-vous à ceux qui hésitent à se lancer dès demain dans ce métier ?

Un vrai défi à relever, varié et passionnant pour les hommes et les femmes ! Pas de bonne école sans de bons enseignants ! Rejoignez-nous !

Que dites-vous à l’enseignant qui, en fin de carrière, n’a plus le « pep » qui le motivait au début de sa carrière ?

Pourquoi n’a-t-il plus le « pep » ? Les conditions ont changé ? La population d’élèves s’est complexifiée ? Soyons donc attentifs à ce qu’il se passe sur le terrain, dans les classes et apportons les coups de pouces nécessaires afin d’éviter cette démotivation. Car les élèves ne demandent pas à la subir et ont besoin d’enseignants au top ! Ne pas oublier l’impact essentiel de l’enseignant sur le parcours scolaire de son élève.

Une question à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Un question par rapport à la formation duale – la valorisation de l’apprentissage. Les PME de notre canton ont besoin d’apprentis de qualité et en suffisance dans les différents domaines.

Beaucoup d’énergie a été utilisée pour mettre en valeur la formation gymnasiale. Il ne convient pas d’opposer les voies de formation !

Une question aussi peut-être par rapport au bilinguisme et une question par rapport à la remise en question de l’intégration et de différentes salves lancées ces 4 dernières années.

 

Commentaires : 6

  1. Beaux projets. Discours très positif et encourageant pour la profession.
    Utopiste ou réaliste ?
    Sachant que le nerf de la guerre dépend des finances à disposition, je demande à voir et reste prudemment optimiste.
    Sachant également qu’enseigner à l’école primaire de Lens ou à celle de Collombey-Muraz sont deux métiers différents, j’attends bien davantage que de simples paroles.
    Maintenir les études dirigées, voire les renforcer, serait déjà un premier signe tangible bienvenu, précurseur d’une législature que l’on souhaite naturellement harmonieuse à tous les échelons.
    Rétablir les mesures d’accompagnement pour les enseignants en fin de carrière ne serait pas dédaignable non plus et concourrait à leur redonner ce « pep » dont l’interview semble, à tort ou à raison, signifier le déclin…
    J’dis ça, j’dis rien.

  2. On l’appelle la girouette? Peut-être un signe ici: « Les préférences partisanes dans le choix des nouveaux enseignants lors de l’attribution d’un nouveau poste relèvent-elles du mythe ou de la réalité ? Et sous votre législature ?
    La couleur politique n’a rien à voir lors de l’engagement d’un enseignant. Les compétences priment ! Que le meilleur gagne ! Je m’y engage. » Extraordinaire… qu’en penses Rossini? Peut-on objectivement dire que Frédéric Favre était plus compétent pour un poste au CE que Rossini? Je ne le pense pas. Pourtant, Darbellay n’a pas hésité à soutenir Favre. Privilégiant ainsi les compétences, vraiment?

    • Ou privilégiant un parti (PLR) qui vraisemblablement entrera moins dans le débat d’idées que le PS, et à qui on pourra si besoin rappeler sa dette politique envers le PDC qui a permis en grande partie de décrocher ce siège?

      • La très compétente PS EWK a obtenu 53990 voix ! Que des voix du PS ? Le PS n’a de dette politique envers personne ? Je retourne sur les bancs d’école, je n’y comprends plus rien…

        Oskar, 42520 voix, que des voix de l’UDC ?
        Rossini 40429 voix, que des voix du PS ?

        Vous allez me répondre que le très compétent Rossini a obtenu des voix uniquement du PS et des apolitiques…

        • Je vous répondrai simplement que des augmentations de 300 à 400% dans le Haut Valais (ou entre 200 Et 300% je ne sais plus) entre le 1er et le 2eme tour se sont vues uniquement avec le candidat PLR… l’ampleur de la dette politique envers le parti PDC est donc selon moi sans comparaison avec celle des autres candidats

          • Le score de Frédéric Favre s’explique aussi par le voeu d’une partie de l’électorat de ne pas avoir deux socialistes au gouvernement. Il faut laisser au peuple ses choix et arrêter de penser que les mots d’ordre puissent aligner les citoyens comme des soldats.

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