LA CHUTE DU TRÔNE

Ce qui paraissait inimaginable il y a quatre ans a eu lieu ce dimanche 19 mars. Après une législature au gouvernement, le barde de Savièse s’en va par la petite porte. Animal blessé, il n’a pas encore réagi à ce cataclysme politique de chez nous. Retour sur un dimanche historique, à plus d’un titre.

Un politicien mais pas un homme d’État

A chaud, il serait tentant d’enfoncer un peu plus celui qui git, depuis hier après-midi, sous terre. Cependant, je ne tirerais pas sur l’ambulance quand bien même ce n’est pas l’envie qui manque. Celui qui a si souvent rabaissé ses adversaires, usé d’une rhétorique nauséabonde pour discriminer ou encore pris ses propres partisans pour des imbéciles, se retrouve aujourd’hui sanctionné par le peuple. Ce peuple qu’il a si souvent porté aux nues lui a tourné le dos dimanche. Ces électeurs qu’il a su convaincre il y a quatre ans, n’ont pas adhéré à sa révolution conservatrice. Il faut dire que l’ambition de représenter 60% du gouvernement quand bien même on ne réunit que 20% de la population était exagérée.

Ses explications d’entre-deux-tours n’auront donc pas su inverser la tendance. Vendre son patrimoine génétique ou effrayer avec la perspective d’être fait rentier n’ont pas complètement masqué un bien maigre bilan qu’il aura tout de même tenté de survendre. Le lien de confiance tissé au fil des années a été rompu, peu à peu, lors d’une législature que tout le Valais regardait du coin de l’œil. Dès les premiers échecs, les premières affaires, l’opinion publique s’est déchaînée et n’a rien pardonné à celui qui dénonçait tant par le passé. Sa posture de contestataire l’a donc desservi une fois en fonction puisqu’Oskar n’avait pas le droit de décevoir, pas même un peu. Il avait tellement critiqué qu’il devait désormais assurer.

Ce dénouement est cruel, certes, mais logique. L’homme n’est jamais entré dans le costume de Conseiller d’État. Mais ce mandat était-il vraiment sa priorité ? Plus intéressé par ses combats à l’UDC suisse ou par sa gloriole européenne personnelle, celui que tous attendaient a multiplié les faux-pas. Plus que les multiples affaires (Cleusix, San Giorgio,…), c’est le manque d’engagement pour le canton et ses mauvaises fréquentations que les Valaisannes et Valaisans ont sanctionnées. C’est également l’incapacité à bousculer l’ordre établi par le PDC face auquel il s’est rapidement plié pour ensuite tenter de lui planter le couteau dans le dos avec « Ensemble à droite ». Les tentatives de coup d’État, lorsqu’elles sont avortées, ne finissent jamais bien pour leurs initiants. Oskar, se croyant invincible, s’est attaqué à plus fort que lui, à trop fort pour lui, au risque de déchanter. Il s’est vu trop gros, trop beau…

Chapeau tout de même

Freysinger a tout de même marqué la politique valaisanne et nationale de son empreinte. Bien que je ne partage de loin pas ses idées, cette "bête" politique a construit de ses propres mains un parti qui pèse plus de 20% de l’électorat cantonal. Son héritage est inestimable pour la droite de la droite du Vieux Pays qui a encore gagné des sièges au Grand Conseil il y a deux semaines. A l’instar d’un Blocher sur le plan national, il a su se hisser jusqu’au plus haut échelon, l’exécutif. Comme le tribun zurichois, il n’a pas réussi à assumer les responsabilités d’un tel poste. Après les cas Legrix ou encore Perrin, ce nouvel affront pour l’UDC interroge sur la capacité de ses membres à effectivement gouverner.

Orphelin de son gourou, l’UDCvr doit aujourd’hui faire face au vide. Ce vide que le parti cantonal craignait mais ne voyait pas arriver si rapidement. Tout le monde prédisait que la retraite d’Oskar Freysinger représenterait un enjeu de taille pour Jérôme Desmeules et ses acolytes. Reste que peu imaginaient une fin si abrupte. En effet, la transition eut été beaucoup plus simple dans quatre ans. Il apparaît probable que Franz Ruppen sera en mesure de reprendre le siège perdu, à la faveur d’un nouveau vote ethnique du Haut-Valais après le retrait d’EWK. Reste à savoir comment la gauche maintiendra son siège face au PDC qui tentera de conserver ses trois sièges et au PLR installé pour de bon. Musique d’avenir, l’heure n’est pas à commencer à faire la campagne de 2021.

Cette campagne est donc arrivée à son épilogue et personne ne s’en plaindra. Jamais le Valais n’a connu des combats si violents, des propos si bas et des attaques si récurrentes et personnelles. Le combat de coqs du premier tour entre Freysinger et Darbellay notamment a trop longtemps occulté le fond et c’est bien dommage. L’image pour notre canton n’en ressort pas grandie. Espérons que cette législature apportera ce qui a manqué au cours de la dernière: de la sérénité et du travail de fond. Des dossiers très complexes attendent, en effet, la nouvelle équipe.

Et j’oubliais, le nouveau Conseiller d’Etat s’appelle Frédéric Favre. Bravo à lui et/ou au PDC.

 

 

 

Commentaires : 16

  1. Rien de nouveau dans cet article … Jacques II de Chabannes de La Palice dirait sans doute : Je me demande même à quoi il sert ! Oui, Oskar a déçu … non, Oskar n’est plus là … Il est temps de tourner la page !

  2. Maurice Tornay s’en va. Oskar Freysinger a été démissionné. Le  » Game of Thrones » du PS a trouvé son épilogue. Stéphane Riand a pris fait et cause pour Christophe Darbellay. Le Verbiergate est enterré. Qui sera la prochaine tête de Turc de l’1dex?

  3. Le dossier du Verbiergate est en effet en mains des pouvoirs politiques et judiciaires cantonaux! Vont-ils se les laver sous la houlette d’un PDC tout puissant?

    Quant à Christophe Darbellay, le citoyen électeur lui a en effet offert la fonction de chef de projet  » Valais demain » qu’il revendique d’ailleurs publiquement! Le costard d’homme d’Etat dans un exécutif sera-t-il à sa taille?

  4. Je pense et les faits me donnent raison…. Les UDC vont bien pour brailler dans un législatif en étant muselé par les autres partis. Ce ne sont pas des Hommes d’exécutif….. Devoir se taire et faire appliquer des décisions du Législatif, ce n’est pas donné a tout le monde…..

  5. Il me semble que deux lames de fond surtout ont réussi à faire tomber Freysinger :
    1) le mécontement des enseignants face à ses positions extrêmement conservatrices et le fait qu’il ne les ait pas intégrés dans la gestion (cf les dix thèses qui auraient dû émaner d’un consensus des enseignants). Ses dérives vers l’extrême-droite ont choqué une corporation qui a un grand pouvoir de mobilisation.
    2) le fait qu’il se soit attaqué au PDC : celui-ci a finalement réagi par un « On verra bien qui commande ici! »

    Bon.. face à l’euphorie de Stéphanie Germanier dans le NF de ce matin, concernant le changement de mentalité du PDC, je serai un peu moins optimiste : dans quelle mesure veulent-ils vraiment un Valais moderne qui va de l’avant ? Dans quelle mesure n’est-ce pas juste un slogan répondant à l’UDC ? L’avenir montrera si c’est plus que des mots..
    Enfin, le PLR gérer ses contradictions : Favre annoncé déjà qu’il veut diminuer les impôts des entreprises, en même temps, ils veulent conserver le double frein aux dépenses ! Je me demande où ils vont trouver l’argent pour de nouveaux projets ! Sans parler du lobby de l’aéroport qui réclame déjà de l’argent pour rénover ses infrastructures !!

    • Mme Roh serait inspirée de s’occuper aussi de son PS. Dans quel état le PS sort-il de cette élection ? Quelles leçons tirer de ces scrutins ? Quelles seront les conséquences de la lutte EWK – Rossini ? Qui pour remplacer EWK dans quatre ans ?

      PS : intégrer les enseignants dans la gestion du Département ? alors là, franchement, on n’est pas sortis de l’auberge…

  6. Le renouveau de l’UDCVr se fera plus du côté d’un Cyril Fauchère que de celui d’un Jérôme Desmeules ou autre Logean…
    – On ne remplace pas un clown par un clown… et le « fiston » n’est même pas drôle !
    – On ne remplace pas un agitateur public talentueux par un autre agitateur public sans talent…

    Il faut que l’UDCVr range ses sales gamins malhonnêtes et sorte ses candidats plus matures… 20% de l’électorat mérite d’être représenté par des personnes sérieuses…

    • Juste.

      L’UDC agrarienne, conservatrice, de type Guy Parmelin ou Adolf Ogi, peut trouver sa place en Valais, comme elle l’a en Suisse. Elle est représentative d’une partie de la population rurale de la Suisse et est légitime, à mon sens.

      L’UDC blochérienne, néo-fasciste et xénophobe, de type Addor ou Desmeules, perd du terrain tant la base sur laquelle elle s’est construite (la manipulation des masses par la peur) est fragile.

      Ce qui me fait vraiment plaisir, c’est que les gens se réveillent et se rendent enfin compte de la malhonnêteté intellectuelle de cette mouvance néo-fasciste.

      Et cela commence à se produire un peu partout en Europe : Autriche, Pays-Bas, Valais, etc. On attend la France, et la chute programmée de Marine Le Pen, avec impatience.

      Au final, la bêtise incommensurable de Trump y est peut-être pour quelque chose.

  7. Quant à la guerre fratricide qui a touché le PS, vu de l’extérieur du PS, mais par quelqu’un qui a le cœur à gauche, c’était juste lamentable et risque d’hypothéquer le maintien du siège du PS lors du départ d’EWK.

  8. Ruppen remplacera EWK : les Hauts-Valaisans, pour garder leur trône, n’hésiteront pas
    – à tuer l’unique reine
    – a remplacer la gauche par la droite-droite

    … alors à part un vote ethnique du Bas… je ne vois pas….

  9. L aspect borderline de la chute , de ce genre de leader ! Sous le registre de la première mise au trone ? Devrait
    faire preuve de la plus grande méfiance . Ce genre de personne après cette osmose paternelle devant un parti ,
    ne saurait ce tenire tranquille ! La prudence ? Que la surveillance .

  10. Voilà la haine qui cache la jalousie…..
    Je n’ai jamais compri cette haine envers son prochain. C’est pour cela que le discours n’a pas le crédit, car il est empreint de haine. L’être humaine est vraisemblablement capable de se manifester ignoblement petit. On vole très bas dans certaines articles.

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