L’HABIT DE CONSEILLER D’ETAT

(PAR JEAN-PIERRE REY)

 

Durant cette campagne pour les élections au Conseil d’Etat, beaucoup de choses ont été dites ou écrites sur M. Freysinger au sujet de sa capacité à revêtir l’habit d’un conseiller d’état. La plupart du temps, cela s’est focalisé sur des remarques en lien avec sa tenue vestimentaire et son look décontractés ou sur son comportement de franc-tireur plus ou moins choquant ; remarques déviant rapidement sur des jugements comportementaux ou personnels.

Dans ce message, j’ai voulu m’extraire de la critique et m’interroger, en tant que simple citoyen, sur ce que j’attends d’une personne dès qu’elle est élue et doit revêtir l’habit de conseiller d’Etat ? Les quelques points suivants sont ressortis :

  • Qu’il/qu’elle se mette au service de la collectivité plus que d’une idéologie : ce qui passe, fondamentalement, par le fait de défendre une collégialité, un avis unanime qui a pu surgir de beaucoup de diversités d’avis et d’opinions mais, qui, une fois décidé, est l’avis du Conseil d’Etat et pas de telle personne ou parti. Au début de son mandat, il semblait que la transformation se passait mais le naturel de M. Freysinger a ressurgi rapidement. Le ministre a éprouvé des difficultés sur ce plan, par son comportement de franc-tireur.
  • Que son service (ou ses services) soit (soient) organisé(s) impeccablement pour traiter/préparer avec pertinence et efficacité les dossiers à gérer. Hormis au sujet de l’affaire Cleusix, il m’est impossible d’exprimer une position sur le travail réalisé par M. Freysinger sur cette
  • Qu’il/qu’elle soit visionnaire : dans le monde complexe d’aujourd’hui, personne ne peut prétendre détenir tout seul la vision à moyen/long terme d’une problématique donnée, car tout est profondément interpénétré. Ces visions se construisent donc à plusieurs, idéalement avec des spécialistes qui possèdent des avis diversifiés pour que la vision soit la plus étayée et ouverte possibles. Je prendrai un exemple dont on a peu parlé (10 thèses sur l’école) qui illustre clairement que M. Freysinger n’a pas ces compétences.
  • Qu’il/qu’elle soit rassembleur (dans la diversité), n’attaque pas personnellement ses interlocuteurs, mais qu’il/qu’elle défende des idées ou projets. M. Freysinger, dans sa manière d’être, manie avec aisance le cynisme, l’attaque personnelle qui entraîne les personnes dans une spirale de violence et les sort souvent du débat de fond. Cette manière d’être me semble bien éloignée de la posture fédératrice et bienveillante que j’attends d’un conseiller d’état. En effet, je m’attends d’un tel rôle, la capacité à défendre un projet, en débattre avec ouverture et largeur d’esprit pour le bien commun plus qu’avec l’intention de l’emporter à tout prix. Sur ce plan également, force est de constater que M. Freysinger n’a pas réussi à entrer dans l’habit de conseiller d’état.
  • Qu’il/qu’elle soit totalement engagé dans sa mission. Je ne peux pas concevoir qu’au vu du nombre et de la complexité des dossiers, un conseiller d’état puisse s’engager sur d’autres fronts que celui exigé par sa fonction. M. Freysinger, en cumulant des fonctions et des engagements a, à mon avis, dispersé ses forces, ce qui a péjoré la qualité et la profondeur du traitement des dossiers. Un engagement total et une expérience managériale avérée, auraient-ils permis d’éviter les histoires autour de l’organisation du service de la formation ?
  • Qu’il/qu’elle soit exemplaire dans son discours. M. Freysinger, lorsqu’il revêt son habit de Calimero, qu’il se pose en victime d’un système ou de personnes qui, soi-disant, veulent l’empêcher d’agir, renie le pouvoir que les citoyens lui ont attribué. Car si un conseiller d’état n’a pas un certain pouvoir d’agir, qui peut l’avoir ? Par contre, l’action peut nécessiter beaucoup de travail et de créativité  pour  sortir  des  habituels  jeux  « gagnant-perdant ». De plus, les ministres ont un accès privilégié à un grand nombre de dossiers et d’informations de première main sur ce qui se trame au niveau régional, national et international. Pour moi, cette richesse est assortie de la responsabilité de digérer ces informations avant de les communiquer. Car, en règle générale, un ministre, s’il parle, ne devrait-il pas rassurer les citoyens sur les possibilités et solutions existantes face à un problème plutôt que de sur- réagir et générer ou véhiculer une peur, qui paralysera inévitablement des citoyens qui font confiance à l’élu ?
  • Qu’il/qu’elle ait une aisance dans la gestion des priorités à répondre aux vrais besoins et défis. Que ces priorités touchent pleinement la majorité des citoyens plus que des problèmes marginaux. Sur ce point, je n’ai pas d’éléments qui m’indiquent que M. Freysinger ait ou non revêtu l’habit de conseiller d’état.

 

 

En tant que citoyens, attendez-vous la même chose que moi d’un élu au conseil d’Etat ?

 

Pour moi, en regard des points précédents, M. Freysinger a failli dans la plupart d’entre eux et n’a  pas les habiletés nécessaires à entrer dans l’habit d’un conseiller d’Etat ? En 2013, un grand nombre de valaisannes et valaisans avaient cru qu’il pourrait le faire. M. Freysinger a eu sa chance mais il n’a que rarement pu entrer dans les postures attendues d’un homme d’Etat siégeant dans un exécutif. Il a beaucoup d’autres qualités, qualités qui s’expriment certainement mieux dans d’autres rôles que celui-là.  J’espère donc qu’il ne soit pas réélu.

 

Darbellay, déjà élu, devra prouver sa capacité à revêtir l’habit du conseiller d’Etat durant les 4 prochaines années. S’ils sont élus, Messieurs Schmidt, Rossini et/ou Favre aussi. Et ce n’est pas gagné d’avance, malgré l’énorme expérience parlementaire de certains d’entre eux, réussir la mutation de passer d’une expérience législative pour entrer dans l’anonymat quotidien d’un exécutif au service de la majeure partie de la collectivité sera au moins autant compliqué que les dossiers qu’ils auront à gérer. M. Freysinger nous l’a montré. L’histoire valaisanne nous a déjà montré que ceci n’est pas une histoire de parti ou d’idéologie mais bien une histoire de personnages : M. Bodenmann avait lui aussi suscité puis déçu beaucoup d’attentes citoyennes. Malgré ses compétences et son intelligence.

 

Les résultats de dimanche prochain seront intéressants. Les 4 prochaines années aussi.

Commentaires : 7

  1. Pour moi, un État doit être avant tout DÉMOCRATIQUE, point – barre!

    Le Valais ne fait pas partie de ce club au vu des ±170 ans de mainmise du même parti.
    Pas d’alternance! Aucun État au monde ne peut en dire autant, même pas le Vatican!
    Pour en arriver là, il n’y a pas d’autre explication que le culte du copinage et les magouilles mafieuses.

    La séparation des Pouvoirs est un des marqueurs essentiels d’une démocratie: ce n’est pas le cas en Valais!
    La majorité s’en accommode, puisqu’elle désigne ses juges « qui rendront la bonne sentence ».

    Se focaliser ainsi sur un seul des CE sortant est risible et c’est vouloir montrer un arbre qui cache la forêt tout comme la démonstration qui précède. Allons aux faits, b….. , et arrêtons l’enfumage!

    Que celui qui me trouve les 5 Conseillers d’Etat passés ou à venir susceptibles de représenter un vrai État démocratique me donne la liste! (Bonne chance!)

  2. En ce mois des Femmes, bien sûr pas un mot sur EWK et notre place dans la société valaisanne et plus particulièrement dans ces élections…. ne parlons même pas du Grand Conseil qui n’intéresse aucunement les médias d’ici et d’ailleurs.

  3. la vraie révolution pour le Valais c’est quand il n’y aura plus de majorité PDC !

    Dieu lui-même leur mettrait probablement un ! coup de pied au c…… de tant de suffisance et de mauvaise foi

    et un bon ministre des finances commanderait au plus vite une étude afin de déterminer les coûts des dégâts causés par ces pions phagocytaires nuisibles à la démocratie.

    • Bravo Marcel,
      Pour ma part j’ai été censuré par Stéphane Riand pour lui avoir écrit les 4 vérités au sujet du lynchage médiatique contre Oskar Freysinger. Par contre d’autres medias ont publié mon texte sur le plan Suisse. D’autres vont encore le publier. La liberté d’expression est un droit démocratique et pourtant Stéphane Riand m’a censuré car le reflet de son image dans un miroir ne lui a pas plu.
      Cordailement
      Michel Roland Rey

  4. « Qu’il/qu’elle soit rassembleur (dans la diversité), n’attaque pas personnellement ses interlocuteurs, mais qu’il/qu’elle défende des idées ou projets. »

    C’est sûr que Rossini ou Darbellay (pour ne citer qu’eux) ne font pas ce genre de choses…

    « Qu’il/qu’elle se mette au service de la collectivité plus que d’une idéologie : ce qui passe, fondamentalement, par le fait de défendre une collégialité »

    En quoi la collégialité a-t-elle quoi que ce soit à voir avec le fait de se mettre au service de la collectivité? Et si le conseil d’état est majoritairement composé par des gens partageant une même idéologie, sont-ils au service de cette idéologie ou de la collectivité?

    « dans le monde complexe d’aujourd’hui, personne ne peut prétendre détenir tout seul la vision à moyen/long terme d’une problématique donnée, car tout est profondément interpénétré.Ces visions se construisent donc à plusieurs, idéalement avec des spécialistes qui possèdent des avis diversifiés pour que la vision soit la plus étayée et ouverte possibles. »

    Et je suppose que vous allez prétendre que les spécialistes en question ne sont pas idéologisés? A part ca, Churchill disait (à juste titre) qu’un chameau est un cheval dessiné par un comité…

    « Qu’il/qu’elle soit totalement engagé dans sa mission. Je ne peux pas concevoir qu’au vu du nombre et de la complexité des dossiers, un conseiller d’état puisse s’engager sur d’autres fronts que celui exigé par sa fonction. *

    par exemple en allant manifester sur la place publique pour faire virer un de ses collègues?

    « Qu’il/qu’elle soit exemplaire dans son discours. »

    Comme ceux qui traitent leurs adversaires de « clown » ou ceux qui traitent les membres des partis adverses de « secte de débiles »?

    « Car, en règle générale, un ministre, s’il parle, ne devrait-il pas rassurer les citoyens sur les possibilités et solutions existantes face à un problème plutôt que de sur- réagir et générer ou véhiculer une peur, qui paralysera inévitablement des citoyens qui font confiance à l’élu ? »

    Comme ceux qui prédisent l’apocalypse si on ose s’en prendre aux bilatérales?

    « Qu’il/qu’elle ait une aisance dans la gestion des priorités à répondre aux vrais besoins et défis. Que ces priorités touchent pleinement la majorité des citoyens plus que des problèmes marginaux. »

    Et c’est vous qui décidez quelles sont ces priorités c’est ca?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *