L’I-AUTEUR

(PAR L'EPISOLERO)

 

Tout le monde connaît l’iPhone. Sa célébrité n’est plus à faire.

Qui connaît l’i-auteur ?

Ionesco, Irish, Irving, Izzo,…ils sont si peu nombreux.

À l’ombre de tous les auteurs vedettes, l'i-auteur fait partie des auteurs minuscules qu’on bouscule. Ignoré et en infériorité numérique. C’est que l’i-auteur est un auteur plutôt rare dans les étagères des librairies. On dénombre souvent moins de dix livres sur son rayon.

Ce qui le rend rare c’est son nom qui commence par i. Par -i n'est pas toujours une fête. L’i-auteur est I le maudit.

Guère de spiritus sancti dans ce In nomine par -i.

Par -i, ce n’est pas capital pour le lecteur, mais c’est essentiel pour l'auteur. Si personne ne connaît son rayon, il restera inconnu, illisible, sans autre issue que l’ad vitam étagère, à prendre la poussière.

D'expérience, il déteste cette lettre de cachée. Entre le H d'Hemingway et le K de Kadaré.

Et puis ce -i c’est aussi la certitude que les lecteurs ne pensent jamais à lui. Regarding en -i ? Tu parles…

(Dialogue entre un lecteur et un libraire.)
«Je cherche un livre d’un auteur…comment s’appelle-t-il déjà ? Ça commence par…
«Sans doute pas par un -i, il y en a si peu…» (Rires)

Pauvre auteur, il se sent si souvent innommé.

Depuis quelques temps, des auteurs, porteurs de cette même initiale, de cette même malad-i, ont réagi. Ils ont formé un collectif qui répond au nom de 'Clan des auteurs en -i' (ce nom est un clin d'œil à une série célèbre d’un auteur voisin, un auteur en -h : Lian Hearn)

En réaction à ce qu’ils assimilent à une Blacklist des librairies, ces i-auteurs ont tenu leur premier salon, leur premier Inter d’-i. On pouvait y voir de la celebrity. Une manière festive de faire parler d'eux en parlant de leur -i.

Mais le collectif s'étouffe plus qu'il ne s'étoffe. Le renouvellement n'est pas évident. A moins de verser dans la dynastie, le fils/la fille de, l'i-auteur reste aphone, en voie de disparition (des librairies n'auraient plus de rayon -I).

Depuis peu, un nouveau combat occupe ces auteurs délaissés. Il s'agit d'une lutte contre l’i-writer, l'écrivain public dans sa solution numérique. Cette homonymie les fâche. Ils ne veulent pas être pris pour ce qu'ils ne sont pas. Les auteurs en -i pensent faire une pétition. Ils considèrent que la formule (i-writer) dévalorise encore plus leur identité d'auteur en -i.

Et pourtant "l'-i" quoi de plus adapté à un nom d'écrivain ?

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