PREAMBULE AU PREMIER MAI

En 40 ans d'enseignement, j'aurai "usé " six Conseillers d'Etat. Dernièrement, une connaissance qui ne porte pas forcément tous les enseignants dans son cœur m'a dit : "l'instruction publique, c'est un vrai sac de nœuds. Pas étonnant que les PDC la refilent toujours aux minoritaires."

Pour moi qui suis apolitique, cette affirmation est passée comme chat sur braise et peu m'importe que le prochain chef du département soit de droite, de gauche ou du milieu.

Non, ce qui m'intéresse, au-delà de la seule compétence qui semble tout de même aller de soi à ce niveau de fonction, c'est qu'il soit avant tout un être communicatif  qui argumente intelligemment les décisions qu'il prend dans le domaine de l'école. Les enseignants veulent des réponses précises à des questions précises.

Pour être efficaces, ils ont besoin de sérénité, de régularité et de continuité, tout comme leurs élèves, d'ailleurs.

La dernière législature  a vu naître de nombreux changements imposés essentiellement par voie d'ordonnances. Toutes n'ont pas convaincu qu'elles étaient une réelle plus-value pédagogique, tant pour les apprenants que pour ceux qui s'en occupent.

Ainsi :

  • Pourquoi imposer un suivi obligatoire de sa classe sur deux ans alors qu'aucune étude scientifique sérieuse n'a prouvé que cette manière de faire est bénéfique à l'élève et/ou à son maître ? D'autant plus que le chef de service lui-même a reconnu qu'en raison de la complexité du PER, il fallait plusieurs années pour s'approprier et dispenser les programmes nécessaires à un degré.
  • Pourquoi se reposer sur le fait que cette obligation n'a suscité aucun commentaire particulier en lecture au Grand Conseil, lors de l'acceptation de la nouvelle loi scolaire, alors qu'elle avait été combattue par la FMEP, L'AVEP, l'AVECO et la SPVal, rien que cela ?
  • Pourquoi interdire les échanges de cours en géographie, sciences et histoire, branches qui sont devenues extrêmement pointues à enseigner, alors qu'il est permis de le faire dans les domaines de la musique et de la gymnastique ou, selon les besoins et lorsque cela arrange les directions, pour dispenser les cours de langues II et III ?
  • Pourquoi avoir relégué les sciences, la géographie et l'histoire au rang de branches éducatives n'entrant plus dans la moyenne du premier groupe ?
  • Pourquoi avoir imposé la notation chiffrée en première année d'apprentissage de l'allemand, tout en nous demandant d'édulcorer la chose afin que les enfants qui auraient une note en dessous de la moyenne ne prennent pas en grippe la langue germanique ?
  • Pourquoi instaurer un système d'études dirigées efficace qui demande une grosse organisation et le supprimer tout ou en partie l'année suivante ?

Ces 4 dernières années ont été marquées par une politique du "un pas en avant, deux en arrière". Avec, parfois, des communications écrites qui étaient revues et corrigées d'un mois à l'autre. Au bas de l'échelle, nous avons eu, trop souvent, le triste sentiment de n'être que des pions taillables et corvéables à merci.

Le passé ne se refaisant pas, il ne reste plus qu'à espérer une nouvelle ère basée sur la confiance réciproque et l'écoute mutuelle productive.

Alors seulement, l'école valaisanne pourra conserver ses lettres de noblesse, retrouver une respectabilité populaire mise à mal et susciter des vocations durables, pour le bien de tous.

 

Commentaires : 8

  1. Il a dirigé son département comme il enseignait. De nécessaire, il n’y eut que ce qui flatte son égo.

  2. OF est parti, n’en parlons plus. L’école valaisanne et le numérique, est elle prête ou en retard ? La réponse m’intéresse au plus haut point. Les enseignants sont-ils prêts ? Je suis un béotien et j’aimerais savoir si on a pris la mesure de ce changement de paradigme. Changement de civilisation plutôt.

    • Bonjour, Monsieur Bonvin,
      Votre question est très intéressante et mériterait un développement trop important pour figurer sous l’onglet « commentaires ». Vous tombez bien, puisque j’ai été personnel ressource en informatique pour les classes de ma commune alors que les PC commençaient à peine à poindre leur nez. Autant vous dire que c’était très artisanal et beaucoup moins simple que maintenant.
      Pour faire court. La révolution numérique est bien entamée, avec de plus en plus de classes qui possèdent un tableau blanc ou tableau interactif fort pratique. Attention, toutefois, il s’agit bien d’un moyen d’enseignement, extraordinaire au demeurant, mais qui n’est en aucun cas une nouvelle pédagogie.
      Si, dans votre question, vous vous voulez parler d’informatique, alors il me semble qu’il faut distinguer trois volets essentiels.
      – L’INFORMATIQUE D’USAGE qui consiste a savoir utiliser un PC ou autres tablettes pour créer des dossiers, des supports de cours, des documents, gérer du courrier, des photos, de la musique et des vidéos, noter les élèves et surfer sur Internet, là je pense que la grande majorité des enseignants, en particulier les jeunes, mais aussi les plus âgés, hormis quelques incorruptibles, sont capables d’utiliser ces technologies au service de leur enseignement.
      – L’INFORMATIQUE TECHNIQUE qui consiste à créer des réseaux au sein d’un bâtiment scolaire, à dépanner des PC, à changer une carte graphique, un disque dur interne, une carte son ou une carte mère, à taper quelques lignes de commande en langage DOS, à farfouiller dans le BIOS. Là je pense que seuls quelques enseignants sont capables de venir en aide à leurs collègues. Peut-être un par bâtiment et encore. Et plutôt des hommes que des femmes.
      – LA PROGRAMMATION INFORMATIQUE. Dans ce domaine, il me semble que les enseignants capables de programmer des logiciels éducatifs sont très rares. Personnellement, c’est un domaine que je ne possède pas du tout. De même, lorsqu’il s’agit d’utiliser Excel à sa juste valeur, comme un tableur et pas seulement comme une forme de traitement de texte, je pense que peu d’enseignants primaires sont à l’aise avec ses formules de calcul.
      Pour le reste, il faut savoir que l’achat, l’installation et l’entretien du parc informatique scolaire est à la charge des communes qui peuvent bénéficier de subventions cantonales. Toutes les communes, en particulier les petites ou celles qui ont des classes éparpillées sur leur territoire n’ont probablement pas encore en intégralité les connexions et le matériel au top. Mais je ne peux pas vous le dire avec certitude et je reste prudent sur cette impression. Il faudrait vérifier.

      • Je vous remercie de votre réponse, je pensais au futur proche , la nouvelle génération est-elle préparée à ce nouveau défi ? Combien de chômeur, combien de nouveau métier, beaucoup d’angoisse et de peur, l’´intelligence artificielle, le monde de demain qui vient avec une vitesse vertigineuse, comment combattre le populisme issu des ces peurs. Bref je trouve ce nouveau monde très intéressant et même fascinant. J’ai suivit le parcours de Laurent Alexandre et cela est très passionnant ( chirurgien fondateur du site » doctissimo » ) car il est très bon vulgarisateur. Le monde politique et entrepreneurial est il à la hauteur ?

        • C’est au pied du mur qu’on voit le maçon.
          Pour certains, le mur sera toujours trop haut, pour d’autres pas assez.
          Personnellement, étant de nature plutôt optimiste, je fais confiance à l’homme, même si DOM me contredira avec toute sa verve et sa fougue habituelles.
          Si l’homme a réussi a survivre durant des milliers d’années, malgré les vicissitudes du monde, c’est qu’il est tout de même solide, imaginatif et bien armé. Et que dans l’adversité, il sait trouver les ressources nécessaires.
          Une chose m’inquiète tout de même, la vitesse avec laquelle les choses évoluent. Dans les siècles précédents, l’homme avait le temps d’assimiler, d’apprendre, d’expérimenter et de s’adapter. Aujourd’hui, celui qui n’arrive pas à suivre ce rythme infernal est quasi mort. Je le constate également à l’école primaire où de plus en plus d’élèves sont malheureusement déjà largués dans les petits degrés. Je pense que le clivage entre ceux qui peuvent et ne peuvent pas, ceux qui ont et qui n’ont pas s’est accentué et qu’il sera toujours plus difficile à combler.
          A moins d’un providentiel retour de balancier, mais comment, par qui, par quoi ?

          PS C’est ça, le miracle de L’1DEX. On commence par un modeste billet corporatif et on termine dans la philosophie et l’anthropologie. 🙂

          • Et bin c’est foutu ! (puisque vous me posez la question). Il n’y aura pas de retour de balancier. On va tous crever; la planète avec (ya déjà plus d’animaux des déserts à tous les coins de rue, le prochain sur la liste est l’humain).

            La seuls chose qu’on peut encore espérer c’est d’arriver à quitter la terre pour aller coloniser l’Univers avant qu’on soit tous morts ici bas.

            Je pense en effet que les déprédations impactées à cette planète (et la société des hommes qui la bite) sont trop nombreuses pour con puisse réparer. Les dégâts sont irréversibles… Le vaisseau spatial est mort ! HS ! Et une nouvelle déprédation a encore été produite la semaine passée…

            La seule chose qu’on puisse encore faire c’est s’en payer une bonne tranche (comme avec ma phrase plus haut) et de ficher de tout le reste… en attendant avant de pleurer (et crever)).

            Beaucoup l’ont déjà compris. Les lecteurs de l’1dex n’en font pas partie. C’est tout à notre honneur… même si c’est pas drôle. Bjr SB

          • DOM, ça me rappelle la secte du Temple Solaire, votre histoire. On sait comment cela s’est terminé.:-)

  3. Après ce que l’école valaisanne a vécu, le futur ne peut être que radieux. Le nouveau chef de ce dicastére sera sous les feux des projecteurs. Mis à part ça, je crois que Christophe Darbellay, si c’est lui, créera des liens de confiance avec les enseignants.

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