LES COCOTTES, PROSTITUÉES DU SECOND EMPIRE

(PAR PARIS ZIGZAG)

 

C’est dans le faste et la démesure que le Second Empire, période marquée par un développement économique, industriel et financier sans précédent, a vu la haute-bourgeoisie fortunée et les élites émerger. Parmi les figures de cette époque qualifiée d’immense « fête impériale », on peut découvrir les Cocottes. Ces intrépides jeunes femmes, dont la beauté a fait tourner les têtes et vidé les porte-monnaies, sont un exemple éloquent de l’extravagance dont s’emparent les esprits de l’époque

À la fois prostituées de luxe et courtisanes, les Cocottes ont émergé durant les deux décennies du Second Empire et accru leur rayonnement jusqu’au tournant du XXe siècle. Ces aventurières de la séduction, entretenues par de riches et influents Parisiens, représentent le haut du panier de la prostitution, à une époque où le plus vieux métier du monde vit son âge d’or. Par leurs charmes, elles ont séduit les grandes têtes couronnées, les hommes politiques ou d’affaires, mais aussi les grands artistes de leur temps, comme Alexandre Dumas fils ou Édouard Manet.

Nana Paris Zigzag

Nana (1877), huile sur toile d’Édouard Manet représentant une cocotte parisienne. Cette oeuvre aurait été intitulée « Nana » a posteriori, suite à la parution du roman éponyme d’Émile Zola en 1880, qui raconte le parcours d’une cocotte sous le Second Empire.

Des femmes libres qui ne cachent pas leur attrait pour l’argent

Dès le milieu du XIXe siècle, les Cocottes, muses d’un nouveau genre et d’un nouveau temps, se placent comme des figures incontournables de la haute-société. Entretenir une demi-mondaine devient un signe extérieur de richesse aussi important que posséder un hôtel particulier ou une voiture à quatre chevaux. Alors, pour satisfaire ces femmes exigeantes, les hommes ne reculent devant rien. Les Cocottes séjournent tous frais payés dans de grands appartements ou des hôtels particuliers, possèdent des domestiques, sont couvertes de cadeaux et de bijoux. Grâce aux « dons » de leurs protecteurs masculins, elles vivent dans le faste et l’oisiveté.

Mais si les Cocottes mènent grand train, elle mènent également le jeu. Car oui, les Cocottes sont des femmes libres. Des femmes souvent issues de bonnes familles et qui ont fait le choix de vivre de leurs charmes, de se séparer de leur « respectabilité » pour satisfaire leur quête de liberté. Émancipées de la tutelle d’un père ou d’un mari, elles sélectionnent elles-mêmes leurs amants, fixent leurs tarifs et choisissent leur entourage.

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Rolla, oeuvre de Henri Gervex, 1878. Huile sur toile représentant une prostituée, inspirée d’un poème d’Afred de Musset paru en 1833

Pour parvenir à se faire un nom et attirer tous les regard, ces femmes de bonne compagnie ne renoncent pourtant à aucun excès : aussi élégantes qu’extravagantes, elles se parent des plus beaux bijoux et des plus délicates tenues, s’entourent des personnalités du haut-monde et se présentent dans les lieux les plus prisés de Paris, devenue capitale de tous les plaisirs. Les champs de course, les théâtres et les prestigieux restaurants sont leurs terrains de chasse favoris. La séduction tarifée et le luxe ostentatoire deviennent un art de vivre qui rapporte argent et succès.

Les premières idoles de l’époque moderne

Cocottes, Demi-mondaines, Grandes Horizontales, Lionnes, Biches… Les courtisanes de la seconde moitié du XIXe siècle ont connu bien des noms, mais une chose est sûre : leur influence sur la société française a été telle que certaines de ces femmes suscitent encore aujourd’hui fascination et respect. C’est le cas de la belle Otero, cette jeune danseuse espagnole qui a séduit une multitude de rois, princes et héritiers européens après avoir commencé sa carrière dans les music-halls parisiens. C’est également le cas d’Émilienne d’Alençon qui, après avoir été élevée au couvent, a quitté son mari pour s’adonner aux plaisirs charnels aux côtés d’hommes riches et célèbres, parmi lesquels figurent le roi Léopold II de Belgique.

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Photographie peinte de Virginia de Castiglione, réalisée par son acolyte de toujours, le photographe Pierre-Louis Pierso, vers 1860.

Nombreuses sont celles qui sont parvenues à se faire un nom en dehors de cette simple qualification de « courtisanes » : Viriginia de Castiglione a marqué l’histoire de la photographie en engageant une démarche artistique nouvelle dans la manière de faire des portraits, Valtesse de la Bigne était reconnue comme une grande collectionneuse d’art. Mais la plus connue restera sans doute Sarah Bernhardt dont les talents de tragédienne ont occulté ses débuts en tant que femme du demi-monde.

Bon à savoir : oui, l’expression « cocotter » ou « sentir la cocotte » est bien une allusion aux parfums portés par ces demi-mondaines !

Coral Pearl Paris ZigZag

Cora Pearl, l’une des demi-mondaines les plus réputées. Portrait d’André Adolphe Eugène Disdéri, 1860