Des rémunérations contestées

Pierre Beaudoin, président du C.A. de Bombardier avec le premier C Serie 100 acheté par Swiss. (tvanouvelles.ca)

La volonté de la fondation Ethos de remettre en cause la politique de rémunération du conseil d'administration du Crédit Suisse lors de la prochaine assemblée générale fait écho à la grogne populaire qui se fait entendre ici au Québec suite à l'annonce d'une hausse substantielle de la rémunération des hauts dirigeants de Bombardier. Le débat existe des deux côtés de l'Atlantique et mérite une réflexion.

Le 3 mars 2013, près de deux votants sur trois refusaient l'initiative « contre les rémunérations abusives » connue également sous le nom d' « initiative Minder ». Le peuple suisse ne soutenait pas l'idée d'un plus grand contrôle des rémunérations des hauts dirigeants. Malgré cet échec, cette initiative a permis de mettre sur la table cette problématique et la question est loin d'être close.

Depuis quelques semaines, le Québec est secoué par une grogne populaire qui répond à la volonté des dirigeants de la célèbre compagnie Bombardier d'augmenter de près de 50 % la masse salariale de ses hauts dirigeants. « Une écrasante majorité (93%) [des Québécois] se dit contre la décision de Bombardier de gonfler de 48% la rémunération de ses hauts dirigeants, » signalait le Journal de Québec le premier avril dernier.

Cette fronde s'est poursuivie au parlement puisque les partis d'opposition ont demandé un vote sur l'intervention du gouvernement pour demander un peu de décence à la compagnie. Les libéraux au pouvoir ont rejeté cette motion. Philippe Couillard, le premier ministre, se contentant de relever le report d'une partie de la hausse de quelques années après les réactions des Québécois.

Il faut dire que Bombardier vient de recevoir plus d'un milliard d'argent de l'État pour poursuivre son programme de la CSerie, des avions prometteurs, mais qui peine à convaincre les acheteurs. Cette aide gouvernementale s'est accompagnée de nombreuses mises à pied. L'avionneur qui est aussi connu pour ses trains a donc vu sa cote plonger dans le coeur des Québécois.

Comme lors de la campagne suisse sur l'« initiative Minder » le débat politique est vif. Le bon sens nous oblige à nous indigner contre des sommes irréelles gagnées par de hauts dirigeants sous prétexte qu'elles sont nécessaires pour garder les meilleurs. S'il est vrai que des dirigeants compétents peuvent faire la différence, force est de constater que cette compétence est difficile à justifier lorsqu'on doit faire appel à l'État ou lorsqu'elle passe par le licenciement de nombreux employés.

Jean-François Cliche, le chroniqueur scientifique du Soleil, proposait dans un article ce dimanche, une analyse intéressante:

« Mais il est aussi possible que, pour des raisons psychologiques, le simple fait de se trouver dans une position de pouvoir contribue à brouiller les repères moraux, dit Stéphane Côté, professeur à l'École Rotman de gestion de l'Université de Toronto. «Quand on a beaucoup d'argent, on a moins besoin des autres, on a la possibilité de se payer toutes sortes de choses. Et ce que plusieurs études suggèrent, c'est que quand on a moins besoin autres, on fait moins attention à eux», dit-il. »

Finalement, ces débats sur la rémunération des hauts dirigeants nous renvoient à la question de la répartition des richesses et aux écarts entre ceux qui produisent et ceux qui administrent et dirigent. Dans un monde idéal, un équilibre serait trouvé. Je n'ai pas la prétention d'avoir la formule de cet équilibre, mais il me semble qu'on n'ait pas encore trouvé le chemin vers cet idéal.