France-Cul : « Faire l’âne pour avoir du son »

(PAR ROBERT CHAUDENSON)

 

En acoustique, le son est une vibration mécanique d'un fluide, qui se propage sous forme d'ondes ; en informatique, SON est le sigle de Self Organizing Network, un réseau à configuration et organisation auto-adaptative ; en politique internationale, SON est en usage pour "Système organisé de négociation", traduction de l'anglais "Organised trading facility" (OTF).

 

Nulle part, pas même dans le très long et très complet article que consacre au mot « son », mon cher Trésor de la langue française, on ne trouve attesté, pour ce terme "son" le sens de « enregistrement (généralement musical)".

 

« Son » en ce sens n'apparaît que dans les émissions nocturnes à usage et à l'intention des « djeunes » (style "Fun Radio" ou "Skyrock"), où il est, en revanche, d'usage quasi systématique et obligatoire, tant pour les « dédicaces » habituelles en pareils lieux que pour l'annonce des morceaux qui vont être mis à l'antenne.

 

Il me faut donc là encore éclairer votre lanterne sur cette curiosité sociologico-lexicale. Aussi délaisserai-je le TLF pour Le Dictionnaire de la Zone. Tout l'argot des banlieues, 2017Cobra le Cynique.

"djeuns [dʒœns] nom pluriel.

1. Jeunes, adolescents.

« Je ne le fais pas pour faire djeuns, pour faire moderne ou pour faire bien, je le fais par habitude et surtout par conviction », lâche le député-maire (Debout la République) d'Yerres, Nicolas Dupont-Aignan. (Le Parisien, Dupont-Aignan, star sur Twitter, 22/07/2011) .

~  nom masculin.

 

2. Langage parlé par les jeunes.

La prof de français, elle a écrit sur ma copie qu'elle ne parlait pas le djeuns !"

 

Je ne vous cacherai pas que cet étrange usage m'agace, mais que je ne tolère d'autant plus facilement que je n'écoute pas ce genre d'émission !

 

En revanche, je l’avoue, dans les "Matins de France-Culture",  je ne supporte pas que Brice Couturier (que je sais par ailleurs toujours mieux inspiré et plus respectueux de notre langue) ou son alter ego nous annoncent vers 8h45, un "son", sans doute pour faire près du peuple, voire "djeun";  cette formule en effet "me met les glandes". Peut être n'est-ce là qu'une relique lexicale d'Ali Baddou qui a officié, à cette heure et dans cet emploi, en 2006-2007 et qui luyi est bien capable d'un tel forfait!

 

Il est vrai, il faut le reconnaître et cette tendance me paraît fâcheusement s'accélérer et s'accentuer que, dans certaines de ses productions, France Culture mérite de moins en moins son beau nom et que notre langue y souffre presque autant que sur les cha$ines concurrentes ; je pense en particulier ici à ces micro-feuilletons débiles (fort heureusement très courts ) qui nécessitent  néanmoins une bonne douzaine de personnes, sous la haute autorité d'une "conseiller littéraire" (défense de rire) , pour les produire et les mettre à l'antenne. Aucun nom ne nous y est épargné sauf celui de la femme de ménage ; le tout est sous la haute direction de Blandine Masson "responsable de la fiction à France Culture"!

 

Dans tous ces cas vous l'aurez deviné, et croyez-moi sur parole (en vous gardant, croyez-moi, d'aller vérifier),  France-Cu tourne vraiment de plus en plus à France Cul !

 

« Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un "son" !» me tentait suite à l'évocation de ce dernier exemple car j'ai entendu récemment, et pour la première fois, Madame Blandine Masson elle-même, parler de son activité dans le domaine de la fiction, mais à tout prendre, je préfère mon titre initial « Faire l’âne pour avoir du son! ».

 

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