LES MOTS DE MACRON

(PAR BERNARD GENSANE)

 

Le JDD a récemment publié un entretien entre David Revault d’Allonnes et le linguiste Damon Mayaffr sur le discours de Macron, les mots qu’il utilise, en concluant à la « vacuité idéologique » de l’ancien associé de la banque Rothschild.

 

Parmi ces mots, le verbe « porter » mis à toutes les sauces. Je ferai observer très modestement qu’en novembre 2016 je dénonçais déjà la dérive idéologique qui se cachait derrière un abus qui n'est pas spécifiquement macronien.

 

Comment définir le discours du candidat Macron?

 

C'est un discours assez enivrant, très dynamique dans sa forme, sans que l'on puisse faire apparaître de manière évidente un contenu ou des thèmes marqués. Sur le plan lexical, c'est vérifié par la statistique. Les mots caractéristiques sont très nets : il est question de "transformation", d'"innovation", de "réforme", voire carrément de "révolution". On retrouve aussi le mot "défi". Ces substantifs correspondent à un constat sur la société, mais surtout à un mouvement puisqu'il s'agit d'"innover" et de "réformer". Mais sans que l'on sache encore exactement en quoi consiste ce mouvement…

 

Est-ce à dire qu'il promet des lendemains qui chantent, mais sans préciser lesquels ?

 

Le mot de Macron le plus caractéristique, en statistique, c'est : "projet". Même si ce "projet" reste à définir! Pareil pour les verbes qu'il utilise. Il y a "construire", "porter" : "je porterai un projet", "nous porterons une innovation"… Il y a aussi "réussir" ou "transformer". Macron est dans la projection d'une innovation future et de réformes à venir plus que dans l'exposé programmatique d'un contenu. C'est pour cela qu'il y a ce ressenti sur le fait qu'"il n'a pas de programme". Quand bien même le programme a été présenté, il y a toujours ce soupçon. On se demande toujours ce qu'il veut faire…

 

Le macronisme lexical est donc d'abord une promesse d'avenir ?

 

Absolument. Il y a une cohérence rhétorique et linguistique. Ce "projet" qui est "en marche" donne une impression de mouvement face à l'immobilisme des grands partis et à l'impuissance de ceux qui ont gouverné. Macron a réussi à créer cette dynamique, et ses mots sont les agents lexicaux de cette réussite.

 

Les mots de Macron

Quels sont ses autres registres ?

 

Macron cultive "l'espoir", qui est un de ses mots favoris, et mieux encore le "rêve". C'est aussi un langage entrepreneurial, un vocabulaire de l'entreprise. C'est enfin un discours très pédagogique, voire didactique. Parmi les mots qu'il utilise le plus, on trouve "parce que" ou "cela veut dire". C'est là où il peut cliver : si on est militant ou convaincu, on trouvera cela charismatique. Si on l'est moins, on trouve cela scolaire, ou laborieux…

 

Le revers de la médaille n'est-il pas ce sentiment de vide programmatique, voire d'absence de contenu politique ?

 

Quand on écoute un meeting de Macron, on entend tous ces mots, mais au bout du compte il reste une impression de vacuité idéologique. Le seul point sur lequel il évoque du contenu, c'est la question de l'Europe. C'est d'ailleurs l'un des rares candidats qui embrasse la question européenne quand les autres l'évitent, la contournent ou la dénoncent.

 

Cela veut-il dire que son discours a moins de contenu politique que celui de ses concurrents ?

 

En tout cas, on constate l'absence des mots les plus chargés idéologiquement. Fillon parle de l'"ordre" et de la "famille" ; Hamon évoque le "sexisme", le "féminisme", les "discriminations" ; Mélenchon emploie les mots "humanité", "ouvrier" ou ressuscite la "vertu" ; et Le Pen, elle, utilise le mot "peuple" toutes les deux phrases, et bien sûr "islamiste" ou "mondialisme". Autant de substantifs qui ont une identité historico-politique et qui permettent d'identifier un candidat à une tradition politique. Je crois que Macron s'applique à ne pas utiliser précisément ces mots-là.

Commentaires : 1

  1. En tous cas s’il est bien UN pays au monde où Micron a une chance d’être élu, c’est la France.
    (Et ça n’est pas un compliment je le précise bien… avec un pays dont l’animal fétiche est un animal capable de chanter les deux pieds dans la merde, c’est mieux…)

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