Tu n’as rien vu à Craonne…

(PAR VINGTRAS)

 

En 1917, le général Nivelle, super-ganache de l'Etat-Major français, déclencha au "Chemin des dames" une offensive générale qui devait nous coûter 130 000 morts en dix jours, ce qui provoqua des mutineries dans les rangs de l'armée française, et notamment dans l'infanterie...

Se rappelant sans doute la victoire-éclair de Napoléon à Craonne pendant la campagne de France en 1814, le général Nivelle n'hésita pas à donner l'ordre aux fantassins français de monter, baïonnette au canon, à l'assaut du plateau de Californie, dominant le village de Craonne* où ils furent accueillis pas une pluie d'obus : résultat des dizaines de milliers de soldats tués, pour rien.

Mon grand-père maternel, le peintre Albert Guerrier qui y était (1ère division d'infanterie), et qui avait miraculeusement réchappé à cette hécatombe, racontait ce cauchemar la gorge serrée par l'émotion et son récit faisait vite place à une vive colère...

En effet, au nom de quoi a-t-on sacrifié tous ces hommes ?

Pour quelles raisons deux peuples européens se sont-ils exterminés ?

Pour paraphraser la réplique-culte du film d'Alain Resnais "Hiroshima mon amour", avons-nous vu (ou entendu) Craonne ? le sacrifice monstrueux de toute une jeunesse ?

Tous les beaux discours convenus, toutes les commémorations officielles ne diront jamais assez l'horreur de cette absurde boucherie, l'ignominie de cette "grande guerre" qui n'a même pas servi de leçon puisque l'on a remis ça quelques années aprés !

Oui, cette "chanson de Craonne", longtemps interdite de diffusion publique, est la seule réponse à apporter ; et le silence doit s'imposer...

Il faut évidemment avoir une grande compassion pour toutes ces victimes (françaises et allemandes), mais il faut aussi et surtout stigmatiser les responsables de cet abattoir historique !

Pour le centenaire de 14/18, il eût été indispensable de laisser la parole aux historiens dont les travaux de recherche ont abouti à définir et à analyser les causes économiques et financières de cette sinistre empoignade franco-allemande.

Et non pas à en faire un spectacle colorisé pour la télévision ce qui banalise l'événement en donnant bonne conscience à tous "les honnêtes gens"qui peuvent s'émouvoir en toute quiétude, devant leur poste.

Car si on souhaite véritablement extirper le bellicisme et ses deux corollaires, le militarisme et le nationalisme, il faut dénonçer, dénonçer encore, dénonçer sans cesse toutes les manipulations sourdes du capitalisme et les calculs cyniques des marchands de canons et des spéculateurs boursiers.

Sinon, il faut rayer du dictionnaire le mot sublime de fraternité.

entre Laon et Soissons, dans le département de l'Aisne

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