«Ni Dieu ni maître»

(PAR VINGTRAS)

 

En reprenant le titre du journal qu'Auguste Blanqui fonda en 1880 et qui est devenu une devise pour les mouvements anarchistes, Tancrède Romanet a signé pour la chaîne ARTE une ébauche plutôt réussie d'une histoire qui a toujours été occultée car elle dérange non seulement la bourgeoisie mais aussi les staliniens...

Traiter d'un aussi vaste sujet, dont la complexité est extrême, n'a pas fait peur au fils d'Ignacio Ramonet ("Le Monde diplo") qui a risqué ce pari en essayant d'éviter l'écueil du catalogue puisqu'il avait décidé de suivre une chronologie mondiale...

J'ai beaucoup apprécié la qualité de la réalisation, l'emboÎtement des séquences et l'utilisation raffinée des techniques video pour une mise en images cursive et fluide mais à l'issue de ces 150 minutes de projection, je n'ai pas eu l'impression que je sujet avait été vraiment traité.

L'influence du philosophe franc-comtois Pierre-Joseph Proudhon est évidemment citée au début de la première partie mais l'analyse du faisceau des penseurs politiques révolutionnaires m'a paru bien insuffisante car il constitue le terreau de la pensée anarchiste qui émerge difficilement après la chute de Robespierre, l'échec du jacobinisme et du babouvisme donnant naissance à des sociétés secrètes et à l'inflexible détermination d'un homme qui conspirera toute sa vie, Auguste Blanqui.

Ensuite le téléfilm survole la Commune de Paris, dont un historien affirme qu'elle n'a pas été anarchiste alors que toutes les archives que j'aie pu consulter m'ont prouvé le contraire, et il n'en retient que le volet répressif dont l'épouvantable horreur expliquerait quelques années après, Ravachol et la vague d'attentats à la bombe des anarchistes contre la police, la justice ou la Chambre des députés...

Tancrède Romanet contourne ainsi son sujet car la Commune est la matrice de la pensée anarchiste dont on peut analyser les retombées tout au long du XXe siècle et qui peut venir nous éclairer aujourd'hui avec son projet de révolution communaliste pour une écologie sociale.*

D'ailleurs la séquence sur la guerre d'Espagne (Buenaventura Durruti) est éclairante sur ce point puisque les anarchistes catalans avaient réussi à faire exister une société libertaire en organisant la mise en oeuvre des communs.

Il n'en reste pas moins que cette initiative doit être saluée car, comme l'a écrit Proudhon, "la liberté est anarchie parce qu'elle n'admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l'autorité de la loi, c'est à dire de la nécessité."

* projet formalisé notamment par le sociologue américain Murray Bookchin

NB/ 440 000 téléspectateurs ont suivi ce programme

Commentaires : 1

  1. Beaucoup aimė ..beaucoup appris…on y parle du rôle des femmes anarchistes également ce qui est suffisamment rare pour être remarqué ..qu’elle tristesse aussi ..tant de drames et d’échecs..à se demander si la face du monde aurait pu être différente ..

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