Les pétards mouillés des opposants à la Stratégie énergétique 2050

(PAR JEAN-DANIEL DELLEY [DOMAINE PUBLIC])

 

Dernières salves en vue de la votation du 21 mai.

Trop, trop peu, pas comme ça. Voilà en résumé les motifs des adversaires de la Stratégie énergétique 2050 adoptée par le Parlement et soumise au suffrage populaire le 21 mai prochain, qui doit concrétiser une politique énergétique axée sur les économies et les ressources renouvelables (DP 2159, 2161).

Passons sur le tous ménages de l‘UDC distribué ces jours et qui cumule les mensonges les plus grossiers. Ce parti confond visiblement le débat politique avec un combat où tous les coups sont permis.

L’industrie des métaux et des machines, la chimie et la pharmacie pronostiquent une pénurie d’électricité à l’horizon 2030. Pour pallier la fermeture progressive des centrales nucléaires, ils misent sur les centrales à gaz, conscients pourtant de leur impact climatique. Les hôteliers-restaurateurs craignent une augmentation du prix du kWh. Mais d’autres branches – notamment les électriciens, qui bénéficieront de subventions et échappent à des objectifs d’économies, les assurances et les grands distributeurs du commerce de détail – appuient la Stratégie 2050, ce qui contraint Economiesuisse à renoncer à un mot d’ordre.

Le camp libéral ne goûte pas une politique basée sur les subventions et les prescriptions. Il proclame préférer les mécanismes du marché par le biais des taxes incitatives. Mais les mêmes ont déjà enterré le principe même de ces taxes qui devaient constituer la deuxième étape de la Stratégie énergétique.

Non, le marché ne peut pas tout

Parlons donc du marché. S’il est un secteur économique où les mécanismes du marché laissent à désirer, c’est bien celui de l’énergie. Partout dans le monde les différents agents énergétiques, et non seulement les énergies renouvelables, sont largement subventionnés. Pour la seule Union européenne, entre 120 et 140 milliards d’euros en 2012. En Suisse, le nucléaire continue de bénéficier d’importantes aides publiques, sans parler des coûts de démantèlement actuellement non couverts et qui seront assumés par la Confédération. Alors prétendre que la promotion des nouvelles énergies renouvelables fausse le marché, c’est ignorer la poutre pour mieux fustiger la paille.

Le marché de l’électricité permet certes de faire de bonnes affaires. La Suisse importe du courant bon marché (atome, charbon et éolien) et exporte du courant de pointe à un tarif élevé. Mais ce commerce ne garantit en rien un approvisionnement sûr.

Là le marché bégaie, comme le montre clairement le journaliste spécialisé dans les questions environnementales et énergétiques Hans-Peter Guggenbühl. Car l’exigence de répondre en tout temps à la demande d’électricité entre en collision avec la nécessité de planifier des investissements de longue durée. En effet, une offre surabondante fait chuter les prix, ce qui n’incite à investir ni dans de nouvelles installations de production ni dans des mesures d’économies. Lorsque les installations existantes arrivent en fin de vie, il y a donc risque de pénurie.

Sur le marché, les acteurs réagissent au prix. Le marché ne garantit ni la sécurité ni une certaine autonomie de l’approvisionnement. Pas plus qu’il ne prend en compte l’impact environnemental de la production et de la consommation. D’où la justification d’une politique énergétique qui intègre ces aspects négligés par le marché.

Reste la question des coûts que les opposants à la Stratégie brandissent pour effrayer le consommateur-contribuable, sans piper mot des coûts induits par une politique du laisser-faire. Nous déboursons annuellement 13 milliards de francs pour les énergies fossiles. Diminuer cette dépendance en développant les énergies renouvelables, en améliorant l’efficacité de nos appareils et en économisant l’énergie, fera baisser drastiquement cette facture et améliorera la sécurité de notre approvisionnement, désormais plus diversifié.

La Stratégie énergétique 2050 telle qu’adoptée par le Parlement est certes loin d’être parfaite (DP 2161). Elle exigera encore des adaptations en fonction de la situation économique et de l’évolution des techniques. Mais c’est si nous lui préférons le statu quo, sous prétexte que la Stratégie est incomplète ou incertaine, que la douche froide promise par l’UDC en cas d’acceptation le 21 mai ne manquera pas de nous arroser.

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