QUE LIRE CET ETE ? CACHEZ CES ABATTOIRS QUE JE NE SAURAIS VOIR

jungle-des-porcheries(Par L'EPILOSTERO)   Qui lit encore La Jungle d’Upton Sinclair ? Un touriste en Bretagne qui, par dépit de ne voir aucun cochon en liberté, les imagine, pendant qu’il séjourne au bout de la terre, au bout de leur vie. Il la joue double dose rose. Un roman et un témoignage. Il lit non seulement La Jungle, au Livre de poche, mais aussi L’Abattoir, au Seuil. La Jungle d’Upton Sinclair, 1906 (livré trouvé enfin dans une librairie de Brest après de longues recherches infructueuses dans le reste de la France) L’Abattoir de Stephane Geffroy, 2016 (témoignage d'un ouvrier des abattoirs, pr [...]

Funambule

funambule« Funambule », de Sébastien Bossi Croci, est un témoignage publié en octobre 2015 aux éditions Tom Pousse qui décrit le parcours d’un enfant « précoce » comme on le disait à l’époque en France. Comprenez dans les mots d’aujourd’hui HP, soit à haut potentiel intellectuel. Il y raconte de manière simple son parcours d’enfant à haut potentiel, de sa petite enfance au diagnostic, en passant par un parcours difficile teinté par le mal-être scolaire, les crises d’angoisses, les hospitalisations dans le service lyonnais du Dr Revol, l’internat à Aubenas dans un collège doté de classes spéciales pour les adol [...]

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69-el-número-mágicoLa folie est un souffle qui s’échappe d’une crevasse. Mon mur à moi est impénétrable. Je semble normal derrière mon bureau. Ma parole est un monologue qui s’étire derrière les barreaux d’une cage. Je suis tour à tour ravisseur et otage. Je suis le Syndrome de Stockholm dans une maison aux volets bleus, avec vue sur la mer. Je ne suis pas fou. Je me sens étourdi comme après un réveil brutal, dans la brume épaisse d’un rêve étrange et poisseux qui s’étale aux pieds de mon lit. Une sorte de radeau à la dérive bercé par l’écume salée de l'isolement. Et pris de vertige par un immense sentiment de liberté. Je me réveille lentement.

La pièce est baignée d [...]

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69-el-número-mágicoNote: Pour faire suite à l'annonce de Stéphane Riand, je me lance dans l'écriture de... je ne sais pas encore... j'espère pondre un livre,  une nouvelle... que sais-je ? Merci d'avance aux lecteurs de me lire et de critiquer mon travail.

"Je me suis rarement perdu de vue : je me suis détesté, je me suis adoré - puis, nous avons vieilli ensemble." Paul Valery

Il y a quelques années, je me suis exilé. Je suis tombé dans mon cortex en glissant sur les persiennes d'une pensée mise en commun. Je me suis enlisé dans la vase épaisse de mots [...]

Le désir du joueur de tuba

Lancer deux dés, les voir rouler sur la table d’acajou, les voir s’immobiliser, compter les points, dire le chiffre sept et s’enrouler dans les draps, entendre les notes qui s’égrènent du piano, observer le baudet qui attend, sentir le nom de la rose, les tâtonnements vers le lointain, le brouillard qui mêle le regard et les mots, laisser tournoyer dans le vent les clefs de la musique qui s’éloigne accompagnée de trois ou quatre nuages aux formes de nénuphars, tremper son doigt dans la sauce et le glisser sur la langue, se précipiter tel un fuyard vers les marches de pierres vertes, retenir les larmes et ne pas savoir pourquoi le soleil luit et pourquoi les gouttes pointent, rassembler ses forces et expirer au fond des rapides, s’élancer vers les eaux, accepter qu’elles aspergent le visage, penser au joueur de tuba, à ses cheveux raides, à sa chemise rouge, à son pantalon noir, se demander où il a caché les palmes, voir ses yeux s’égarer vers l’inconnu, se bercer d’illusions, marines et tristes, dérouler le col du pullover grenat, arpenter les sentiers qui mêlent la mort à la fleur de lys, apprendre d’autres pirouettes, tomber et se retrouver sur la glace, danser encore en songeant aux sons du tuba émis par le pêcheur plongeant dans les eaux douces, lire l’oxygène d’antan en pelant les patates, songer à des jeux d’oranges et de citrons, aux venins des parfums qui transpirent, à celui sauvage qui reste collé à la langue, aux ombres des piétons qui vacillent, aux sauvageonnes qui vont cueillir des abricots, aux gitanes qui font pleurer, aux airs ensorcelants qui mènent d’une route transparente à un chemin mensonger, grapiller quelques grains en oubliant le vigneron, goûter un vin et croire qu’il est bon, griller sous un amandier isolé, craindre les orages et aimer la foudre dont le dernier coup a rendu plus tenace, écrire sans le dire, dire et ne plus écrire, tenter le silence, sourire face à Meursault dont la lame a brillé un instant avant de s’évanouir sur une plage de Djerba ou d’Oran, coller ses lèvres à la vitre pour tenter de happer la nuit, plisser ses paupières au vol des chauves-souris, se balancer dans les airs et recevoir dans son imaginaire le souffle du tuba, nager sans palmes et se laisser flotter sur le dos, ne craindre ni les requins, ni les baleines, ni les truites, ni les dauphins, feindre de comprendre, capter la déroute du papillon de nuit, s’envoler dans un virage d’une glissade aérienne, découvrir une source au hasard, croire au lancement d’une piécette dans un puits marécageux, penser aux oiseaux tenus en cage, aux airs de liberté accolés au goudron noir et gluant, lire le délire et le choisir, prendre une coupe, regarder le lac, apprécier le vin sec, sourire et déceler dans le lointain un petit rien et une réponse en forme de question : cela dépend pourquoi ? Savoir pour qui, ne plus savoir pour quoi, plonger les mains dans la boue, devenir sculpteur et peindre les formes des caresses, l’étonnement du lieu, la douceur de la touche et l’attente devant le mur cimenté, parler, se taire, chanter sans s’écouter, s’entendre, se bercer, rêver et mourir le long du canal, nu, sans palmes, sans lunettes de plongée, sans caleçon, presque seul, en jouant du tuba, soufflant une dernière fois en pensant à l’édit de la parole muette, prendre un bout de papier déchiré et transcrire l’air fripouille de l’aigle planeur dont le vol magique rappelle le fantôme d’un livre disparu dans une flaque d’eau, imaginer les dessous d’une autre histoire et la gloire naissante d’une vie oubliée, fumer un cigare avec Vergès, croire à la légitimité du rien, aspirer les dernières gouttes du coca, prendre du pain, le rompre, le plonger dans le fromage chaud et moelleux, sourire au vide, agiter une clochette pour faire fuir les criquets, se teindre les cheveux en rouge, les tondre, attendre que le gazon repousse, courir après le maraudeur à la chevelure hirsute, crier seul dans la nuit et patienter jusqu’au lendemain, s’échapper du brouillard et monter les marches qui mènent à l’église, s’appuyer sur la balustrade en feignant de lire L’Equipe, plier le journal et le mettre dans la poche de sa veste, faire semblant de comprendre Wittgenstein, songer à Ludwig et à la sonate au clair de lune, entrevoir sous la face lunaire un paradis inexploré, friser de plaisir lorsque la victoire vint saugrenue, inespérée et intempérante, prendre sa plume et écrire un nouveau morceau pour le joueur de tuba, le voir s’éloigner joyeux et moqueur sous le regard de celle qui avait oublié de conter son histoire, se dire que les mots alignés sont sans portée autre que celle de la musique qu’imposera le soir venu le tuba rêvé, croire aux plaisirs de la poussière qui vole dans le désert, marcher dans la rue et dénicher une luciole mourante, la prendre dans ses bras et se convaincre que ce ne fut qu’un rêve de libraire, devenir architecte pour manier les espaces des autres et les vides de tous, se croire une espèce de géomètre et s’apercevoir que l’on ne sait même pas compter ni arpenter, prendre une règle et faire semblant de croire à une norme, prier pour que la loi soit juste, être injuste et croire être vrai, vérifier que les pensées s’envolent pour rejoindre les hirondelles sous les toits en train d’apaiser la faim de leurs petits, voir au loin le bras d’une grue jaune, inerte, immobile, dans l’attente d’un geste du grutier endormi, boire une bière infecte, faire croire que le liquide est apprécié, maudire l’idée d’avoir consommé ce breuvage aigre et amer, dire l’amertume, humecter son visage d’une lavette enivrante, la regarder et ne pas oser, la raccompagner et ne pas regretter, la rappeler et découvrir le silence moqueur ou vengeur, penser aux riches heures du Duc de Berry, au calvados servi par le druide de l’âme humaine, déceler dans la brise la faille de l’autre, lui donner la sienne, poursuivre sa route vers une contrée faite de rouille, de pastel et de ciel blanc, croiser au bout du trottoir un enfant qui pleure, lui sourire et le voir hésiter à sécher ses larmes, entendre ses cris redoublés et l’oublier, poser son pied sur une crotte de chien et jurer, dérouter la vieille femme qui croit que l’enfant a été battu, battre dans son imaginaire la mesure en imitant le joueur de tuba, s’arrêter à une terrasse et siroter un coca, croquer dans un glaçon et sentir sous la gencive la vivacité d’un nerf endolori, croire que cette femme abattue par la vie puisse encore être sauvée par les airs du tuba, penser encore au parfum sauvage ressuscité sans effort, presque au creux de la langue, avoir oublié son nom, songer à offrir des traversines, demander une amigne surmaturée, lancer au loin un galet qui rebondira trois fois sur les eaux du lac, songer à finir sa phrase en croyant aux vertus de la prose perdue, pianoter sur un clavier, apercevoir toujours le joueur de tuba, heureux peut-être lorsqu’il flâne sans but, composer une autre portée, tracer entre les lignes des notes d’espérance vraie, mentir pour dire la vérité, mentir vrai pour toucher cet ailleurs, voir poindre juillet et défaillir déjà l’été, sentir la sueur au creux des épaules, grimacer pour capter un autre son à offrir au joueur de tuba, ne plus savoir ce qu’est le vil art ni où se trouve la mairie de cette ville où le vieux se confond avec les ruines de l’ancien temps, être affecté et déchiré, le montrer, ne pas le dire, le dire aussi, reprendre un pavé, le griller, le servir avec de petites baies, être seul dans une crique, appeler alors un visage inespéré, reproduire le miracle et devenir oracle, fumer un dernier cigare et s’assoupir en imaginant le pôle sud, être voyant et annoncer au joueur de tuba la victoire passagère de ses airs langoureux joués dans les faubourgs étoilés à l’endroit appelé Le Cirque rouge, y retrouver alors un seul verre de Romanée Conti, le partager avec le joueur de tuba et briser d’un seul coup le cristal en le jetant dans le caniveau, monter un mur en pierres sèches, frapper au volet un petit coup et retrouver l’un des deux dés accrochés à la fenêtre, glisser la main dans sa poche et lancer contre la vitre le second dé, manquer la cible, jurer puis sourire à la maladresse, se dresser sur la pointe des pieds, voir une marmotte gigoter dans un baquet et se plaindre de la petite fille la giclant sans voir que l’animal geint du fond de son âme de bête vivante, frapper contre la porte en bois et ne plus attendre que le silence et l’inconfort de la clémence du pénitent, repartir et écraser de sa chaussure brune et légère le dé oublié dont les chiffres se sont envolés sous les notes du joueur de tuba qui, d’un frêle attouchement, passe ses doigts dans les cheveux de la destinée.