Quand l’horaire débloque

Il était une fois … un petit village chablaisien peuplé d’irréductibles Tzinos et résistant encore et toujours à l’horaire bloc préconisé par Harmos.

Ce petit village, peuplé tout de même de 3500 âmes, compte un cycle d’orientation  ainsi que des écoles primaires et enfantines  bien fréquentées.  Point de problème de natalité en ces lieux, moins encore d’exode vers d’autres contrées … En quelques années, certainement grâce à un immobilier encore abordable et très attractif pour ses voisins vaudois, le Chablais valaisan a vu les constructions fleurir et les jeunes familles accourir. C’est réjouissant, une région dont la population grandit, c’est sain la jeunesse. Mais lorsque les infrastructures peinent à suivre … ça se complique quelque peu.

Mais revenons à notre petit village peuplé d’irréductibles Tzinos et d’un nombre croissant de parents énervés … et prenons en exemple une famille typique de la région. On n’est pas loin du stéréotype cher aux publicitaires de ce pays. Papa travaille, Maman reste à la maison pour gérer sa famille. Deux enfants vont à l’école, l’un à l’école enfantine, l’autre depuis peu à l’école primaire. Et tout le monde vit dans une jolie maison toute neuve. On se croirait presque à Wisteria Lane. Sauf qu’à Wisteria Lane, on ne voit jamais les Desperate Housewives amener leurs enfants à l’école. Elles se goinfrent de gâteau en mincissant sans cesse, jouent au poker, batifolent avec leur jardinier, ont des jardins et des maisons parfaites sans jamais être décoiffées … Pendant ce temps, les enfants sont à l’école, mais les y amener semble être aussi facile que dans le jeu « Les Sim’s ». Dans notre village valaisan, si les mamans sont presque aussi charmantes, elles ont de toutes autres occupations, la gestion de l’emploi du temps des enfants n’étant pas la moindre. 

Mais revenons à notre sympathique et typique petite famille. Lundi matin, le matin, les enfants ont les mêmes horaires. Ca tombe bien. Sauf que leurs écoles sont distantes de 800 mètres. Lundi après-midi, rebelotte. Mardi matin, les enfants n’ont pas les mêmes horaires. Super, leur mère peut les amener à l’école sans faire appel à une voisine. Dans la joie et la bonne humeur, et il en faut, elle se rend en une matinée 4 fois devant 2 écoles différentes : 7h45 entrée du premier enfant, 8h45 entrée du second, 10h10 sortie du premier enfant, 11h10 du second. Vous avez bien lu, toutes les heures devant l’école. L’après-midi tout le monde a le même horaire … à deux endroits différents. Mercredi matin seul l’aîné va à l’école … avec un troisième horaire matinal. Et son lieu d’entrée en classe est différent de celui des autres jours. Jeudi et vendredi, c’est comme lundi et mardi (relisez plus haut si vous n’avez pas tout retenu). Et n’oublions pas les cours de natation ou de gymnastique qui nécessitent d’encore amener ou reprendre les enfants à un endroit différent … et pas forcément toutes les semaines … 

A ce stade, nous ne sommes plus à Wisteria Lane, mais dans une étrange contrée où les mères ont deux destinées possibles : travailler à plein temps et déléguer leur job de taxi-woman à la crèche et l’UAPE (quand c’est possible … car ces structures sont désormais saturées) ou passer leurs journées à sillonner leur magnifique village avec un bon agenda à la main, histoire de ne pas se tromper d’horaire ou de lieu. Imaginez donc, certaines ont même 3 enfants ou plus !

Mais, dans ce charmant village, ne pourrait-on pas laisser les enfants aller à pied à l’école ? Quand on sait qu’on y roule à 90 à l’heure en plein centre (http://www.24heures.ch/vaud-regions/actu/flashe-94-kmh-plein-village-2011-07-21) ou le sort réservé à une patrouilleuse scolaire l’an dernier, fauchée par une conductrice ivre devant les enfants des écoles enfantines à 13h20 (http://www.24heures.ch/vaud-regions/faits-divers/vouvry-vs-patrouilleuse-scolaire-renversee-conductrice-ivre-2010-09-06) on s’interroge. D’autant plus qu’il n’est pas question ici de pédibus, que les patrouilleurs scolaires sont là pour les élèves du CO et pas pour ceux de l’école primaire, que la plus grande avenue du village ne compte qu’un passage pour piétons, etc…

Oui. Les parents savent que d’ici 2012 si tout va bien les enfants seront enfin regroupés dans un même centre scolaire (nous avons oublié de vous raconter que depuis un grand nombre d’années les classes primaires et enfantines sont éparpillées dans le village, bien souvent dans des containers ressemblant fort à des fours micro-ondes en période de canicule) lorsque le nouveau CO régional sera terminé. Oui, les parents ont entendu parler d’Harmos (pour 2012 peut-être) et d’un mot magique : l’horaire-bloc destiné notamment à simplifier la vie des familles. Mais ils peinent à croire que ce miracle puisse survenir chez eux. Oui, les parents ont entendu la réponse des écoles lorsqu’ils ont exprimé leurs difficultés : l’horaire alterné c’est mieux pour des raisons pédagogiques (et comment fait-on ailleurs ?) et pour le reste, débrouillez-vous avec d’autres parents.  Et ils ont apprécié qu’en prime on les incite à ne plus prendre leur voiture pour amener leurs enfants à l’école.

En attendant les miracles annoncés peut-être pour 2012 si tout va bien, et au bout du compte peu informés sur ce qui les attend réellement, ils sont fort occupés à mémoriser l’emploi du temps de leurs rejetons et à éviter de les amener à l’école au mauvais endroit ou à la mauvaise heure.

Il parait que dans la vie il faut être constructif, émettre des propositions. En voici une : convier les personnes qui élaborent les savants horaires scolaires du village peuplé d’irréductibles Tzinos à tester le quotidien d’un parent-taxi. Cette immersion dans le monde réel devrait être d’une qualité pédagogique au moins équivalente à celle de l’horaire alterné !

PS nous sommes certainement dans l’air du temps, à en croire Le Matin … http://www.lematin.ch/actu/suisse/horaires-scolaires-vous-non-plus-vous-ne-vous-en-sortez-pas

Edith DE VOUVRILLE

Pseudonyme connu de L’1dex

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, mention gestion d'entreprise, licencié en droit, avocat, notaire, je suis père de sept enfants et je travaille depuis plus de vingt ans à Sion comme avocat, après avoir été greffier cinq ans au sein du Tribunal cantonal. Je suis un ami de la psychanalyse, des livres, des journaux, du sport et de la justice.

2 pensées sur “Quand l’horaire débloque

  • 5 octobre 2011 à 7 h 37 min
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    Bonjour,
    Faisant partie de ces irréductibles Tzinos et ayant trois enfants qui ont été scolarisé avec les horaires alternés, les classes éparpillées dans le village, j’ai survécu entière, pas déprimée, pas plus stressée qu’avant !!! Et mes enfants sont tous allés à pied à l’école et ils sont toujours là eux aussi !
    Eh oui, chère madame, c’est possible ! Car en lisant votre article, on pourrait croire qu’aucune maman digne de ce nom ne puisse survivre à une telle épreuve !
    Mais vous avez raison, le bien être d’une maman passe largement avant celui de ses enfants, car rappellons quand même que c’est d’eux qu’il s’agit. Bénéficier de cours de lecture par exemple dans des classes de 10 élèves au lieu de 20, vous avez raison, c’est sans importance !

  • 4 novembre 2011 à 0 h 04 min
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    Bonjour Véronique,

    Qu’il est agréable de rencontrer une mère tzino heureuse de son sort et prompte à lire entre les lignes (sachant qu’il s’y niche généralement une interprétation personnelle avant tout).

    Je suis heureuse de votre survie, ainsi que de celle de vos enfants qui, s’ils se sont rendus seuls à l’école avant l’âge de 8 ans, ont peut-être eu la chance de ne pas avoir à traverser une route cantonale sans patrouilleurs scolaires lors des horaires alternés. Je salue également un probable don d’ubiquité, à la fois rare et précieux. Ainsi qu’un altruisme assez épatant.

    Quant à l’apprentissage de la lecture, puisque vous abordez le sujet… Certes des groupes restreints le favorisent. Mais de tels aménagements sont possibles hors horaires alternés, ce qui se pratique ailleurs. Gageons que des solutions seront trouvées en se sens si les recommandations d’Harmos sont respectées, dès 2012 peut-être… Il y a bien d’autres paramètres que les effectifs concernant l’apprentissage de la lecture. Nous pourrions par exemple parler des méthodes utilisées, qui ne conviennent manifestement pas à tous les élèves. Ou d’horaires réguliers favorisant un bon repos de l’enfant. Ou ou ou… d’autres rédacteurs de l’1dex, amis voire même amoureux de la langue française, auront peut-être une opinion sur les causes de la baisse générale du niveau de français et d’orthographe de ces dernières années. Elles sont probablement multiples, complexes, et je doute qu’un horaire alterné durant deux ans ne résolve le problème. Transmettre aux enfants l’amour des livres est certainement une meilleure solution. Mais je m’égare… là n’était pas l’objet de cet article, ni de votre commentaire.

    J’ai pour conclure envie de vous dire que mon article, qui me semble susciter quelques réactions très émotionnelles, ne tombe pas du ciel. Il doit beaucoup plus à de nombreux commentaires entendus en début d’année scolaire. De ceux qu’on ne prononce pas trop fort, pas parce qu’on n’assume pas son opinion, mais parce qu’on craint que celle-ci ne nuise à ses enfants. Mais qui, croyez-moi, sont véritablement représentatifs.

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