L’autre visage de la bonne conscience

(Par Edith de Vouvrille)

Loin, bien loin de Sion et du Haut-Valais, se trouve un charmant village où d’irréductibles Tzinos ont résisté sans succès cette année à l’installation d’un foyer de requérants d’asile dans le domaine des Barges. Protestations contre les méthodes utilisées (le fait accompli sans même avertir préalablement le président de la commune), pétition UDC, puis vote revanchard pour un porteur de queue de cheval … Rien n’y a fait ! Il ne restait plus qu’à attendre, en redoutant l’arrivée de requérants d’asile provoquant comme d’autres dans la région des problèmes de sécurité ou de trafic de drogue.

Novembre, du monde est arrivé aux Barges. Des enfants sont scolarisés au village. Ils viennent semble-t-il du pays délivré (ou ravagé devrait-on dire ?) afin de se débarrasser d’un certain Saddam. Et soudain la tempête du désert prend un visage humain. Celui d’enfants comme les nôtres. Qui se retrouvent à côté des nôtres sur les bancs d’école ou en cour de récréation, après des tribulations que nous ignorons mais qui poussent à s’interroger. Comme les nôtres, vraiment ? Moins chaudement vêtus. Victimes de quelques moqueries de la part de certains camarades. Et, parait-il, ne supportant pas que l’on se batte. Puissent leurs copains comprendre pourquoi et en prendre de la graine …

Et soudain la bonne conscience occidentale qui pousse à renverser les dictateurs sous les bombes prend un autre visage. Celui d’enfants, de familles exilées. Google est mon ami et me révèle que plus de 4 millions d’irakiens ont été déracinés depuis la « libération » de leur pays. Déplacés au sein de leur pays ou en fuite, réfugiés à l’étranger. Qu’a gagné le peuple irakien à se faire « libérer » ? Je m’interroge. Sur notre peur aveugle de l’autre qui se trouve ébranlée en croisant le regard d’un enfant. Et surtout sur le bien-fondé de l’interventionnisme occidental dans certains pays musulmans. Libère-t-on les peuples ou démolit-on des pays avant de les abandonner à leur triste sort sans réussir à leur offrir la démocratie ? Nous avons vu l’Irak, nous avons vu l’Afghanistan. Nous savons. Ce qui motive ceux qui partent faire justice. L’argent. Ce qu’il advient dans les pays bombardés. Destruction et anarchie. Qui sort gagnant de tout ça … Pas la population, ni nous d’ailleurs. Mais ça continue. Mouammar a été abattu comme un chien, la Lybie dévastée, tous les pays qui dépendaient d’elle sinistrés économiquement parlant … L’Occident exulte. Et le peuple ? Quel est son quotidien, son avenir ? Vivait-il mieux avant ou à présent ? La seule réponse réaliste à ces questions ne peut venir que de ces populations. Au silence assourdissant.

Pendant ce temps-là … Nous nous préoccupons dans nos foyers douillets des pitreries du FC Sion et de quelques autres sujets d’actualité désespérément frivoles. « Donnez-leur du pain et des jeux » disait-on naguère afin d’éviter aux populations de se poser trop de questions.

Le mot de la fin revient à un enfant qui, touché par l’histoire d’un nouveau camarade, déclare vouloir faire plus tard de la politique pour empêcher toutes les guerres. Qu’ils soient nombreux, nos enfants, à éveiller leurs consciences pour le monde de demain !

Edith DE VOUVRILLE

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, mention gestion d'entreprise, licencié en droit, avocat, notaire, je suis père de sept enfants et je travaille depuis plus de vingt ans à Sion comme avocat, après avoir été greffier cinq ans au sein du Tribunal cantonal. Je suis un ami de la psychanalyse, des livres, des journaux, du sport et de la justice.

3 pensées sur “L’autre visage de la bonne conscience

  • 20 novembre 2011 à 16 h 23 min
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    Un drôle de hasard m’a fait passer cet après-midi, à vélo, devant le panneau de signalisation Les Barges. Je dois à la lecture de votre article de l’avoir remarqué et à la muflerie des services de Monsieur le Conseiller d’Etat Melly de l’avoir vécu. Non contents d’avoir fermé la voir cyclable du Valais juin, juillet, août, septembre, ceux-ci se sont dispensés de remettre ne serait-ce qu’un mètre carré de goudron. Je n’ai guère gagné au change car la route qui passe par Les Barges est presque aussi défoncée que la voie cyclable. Quel mépris du citoyen!
    Sinon l’endroit est joli. La terre des champs est fraîchement retournée.

    Lorsque je sens que je deviens intransigeant, je m’astreins à cet exercice d’imagination: un groupe de personnes mal intentionnées s’en prend à 3 centrales nucléaires judicieusement choisies en Europe. Le sens des vents fait que nous sommes 50 millions d’Occidentaux à devoir fuir et à demander asile quelque part. Seule l’Afrique serait à même de recueillir autant de réfugiés sur son territoir. Et vlan, me voilà dans la peau d’un demandeur d’asile sous un climat inconnu.
    Vous habitez un coin charmant qui pourrait être un paradis pour cyclotouristes sans les effluves de benzène, l’hélicoptère bleu et avec le respect des notables PDC.
    Meilleures salutations.

  • 20 novembre 2011 à 18 h 31 min
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    Heureuse que vous ayez apprécié les charmes de notre région, Opale.

    Concernant l’état des routes… c’est par souci d’harmonie avec le pont de la Porte-du-Scex, un monument historique signé Gustave Eiffel qui est une magnifique source quotidienne de bouchons en attendant une Transchablaisienne qui existerait depuis 20 ans si nous nous trouvions près de Lausanne ou de Valère et Tourbillon (ou en terres PDC peut-être ???). Avant la fermeture de la piste cyclable, les berges du Rhône bénéficiaient d’un revêtement goudronné en bien meilleur état que la route des Barges – qui soit dit en passant doit être actuellement le plus long tronçon à 50 à l’heure du canton dont le 90% se trouve comme vous le dites si bien au milieu de champs à la terre fraîchement retournée. C’est certainement pour éviter aux automobilistes d’abîmer leurs suspensions, ou d’heurter un cycliste ou un patrouilleur (mea culpa je me suis trompée… les patrouilleurs c’est au bord de la route cantonale qu’on s’exerce joyeusement à les faucher).

    Votre exercice d’imagination est excellent. D’autres devraient s’y mettre !

    Meilleures salutations à vous aussi

    PS je voulais aujourd’hui m’abstenir de dire des « vacheries », eh bien grâce à Opale c’est loupé 🙂

  • 21 novembre 2011 à 17 h 31 min
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    Un syndrome valaisan
    Ce mal de dos dont la Suisse a probablement le record statistique est le symptôme d’une névrose collective qui ressortit à la sociopsychanalyse. Cela fait penser par analogie à ce que disait l’écrivain zurichois Fritz Zorn dans « Mars », l’autobiographie géniale qu’il a écrite dans les mois qui ont précédé sa mort en 1976. « Mon cancer à la gorge vient des larmes rentrées, écrivait-il, j’ai le cancer parce que je suis suisse ». Il pourrait en aller de même du mal de dos généralisé, c’est une maladie catholique, ou chrétienne, c’est l’effet organique de la culpabilité-avec chez les Valaisans, la surdétermination historique de la paysannerie montagnarde, les Valaisans sont restés courbés, par un réflexe séculaire de servitude et d’humilité.
    Tels seraient donc le diagnostic et l’étiologie de l’affection dorsale. Quant au pronostic, il n’est pas favorable, vous vous en doutez. Une culpabilité séculaire qui subsiste alors que les causes historiques ont disparu s’inscrit fatalement dans les gènes culturels, le mal de dos est dès lors irréversible. La seule rémission concevable ne pourrait venir que de gènes extérieurs, c’est-à-dire du sang nouveau de l’immigration. Il faut considérer le métissage génétique et culturel comme une transfusion nécessaire et vitale. Aussi bien la xénophobie, dans un tel contexte, est-elle doublement contre-productive, elle ne signifie pas seulement une haine de l’autre mais une haine de soi. Expulser les requérants d’asile, cela ressortit à cette même pulsion autodestructrice qui nous recroqueville sur nous-mêmes, c’est le choix du patriotisme rogneux et de la consanguinité débilitante, c’est une politique de crétins des Alpes aggravant obstinément leur dégénérescence. Plus nous expulserons, plus nous nous courberons, et plus nous aurons mal au dos.

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