Après les lunettes, certaines familles s’en prennent plein les dents !

(Par Edith de Vouvrille)

Personne n’a oublié le cadeau de Noël empoisonné reçu en décembre 2010, à savoir la fin de la participation de l’assurance-maladie de base aux lunettes et verres de contact.

Janvier 2012… Quelques jours après la réception par la poste d’un splendide « Vouvry Info » sur papier glacé qui parle d’un budget communal 2012 dans les chiffres noirs et même d’une diminution des coûts sous le poste « Santé »… Ce sont des feuilles photocopies transmises via les cartables des écoliers qui sont parcourues d’un œil surpris par leurs parents. Voici le contenu de la missive :

SUBVENTIONS POUR LES SOINS DENTAIRES A LA JEUNESSE

Chers parents,

Au 1er janvier 2012 est entrée en vigueur la RPT II (nouvelle répartition des tâches entre le canton et les communes).

Celle-ci a entraîné des modifications dans nombre de domaines, notamment en ce qui concerne les subventions accordées par les collectivités publiques pour les soins dentaires à la jeunesse.

Jusqu’ici ces subventions étaient réparties entre le canton et les communes.

Or, ainsi que cela a été expliqué lors de l’assemblée primaire du 28 novembre dernier, elles sont dorénavant entièrement à la charge des communes, à raison de 40% du montant des honoraires, aussi bien pour les soins courants que pour les traitements orthodontiques.

Cela n’est malheureusement pas sans conséquences pour vous, puisque la participation de 60%, qui vous était facturée par l’Association valaisanne pour la prophylaxie et les soins dentaires à la jeunesse pour les soins orthodontiques, le sera également pour les soins courants.

Nous aurions souhaité pouvoir vous apporter une meilleure nouvelle pour débuter cette nouvelle année. Nous vous la souhaitons malgré tout excellente et pleine de satisfactions.

ADMINISTRATION COMMUNALE DE VOUVRY
Le Président : Reynold RINALDI Le Secrétaire : Jean-Claude BRÄNDLE

Lisant ces lignes, une fois, puis deux, puis trois, ma première réaction a été, comme cette lettre incite à le faire, de déplorer que le Canton du Valais reporte ainsi sur les communes des charges importantes que celles-ci, déjà bien généreuses et ne pouvant les prendre en charge, soient contraintes de les reporter sur les familles. Je m’apprêtais donc à joyeusement rouspéter sur le canton en défendant nos sympathiques autorités communales.

Et puis, relisant pour la 4ème fois cette prose habilement rédigée, les chiffres m’ont intriguée. En effet, j’avais le souvenir de ne me voir facturer que quelques francs par année, bien loin des 60 % froidement économisés par le canton. Je me suis également dit que la fameuse répartition des tâches entre canton et communes comprenait certainement une multitude d’autres éléments qui peut-être s’équilibraient. J’ai également regretté mon absence à l’assemblée primaire du 28 novembre dernier et ai même envisagé de m’y rendre la prochaine fois, hésitant encore à y aller de manière anonyme ou en brandissant la carte de presse « L’1dex.ch » ou le tee-shirt officiel qui ne manquera pas d’être créé d’ici là.

J’ai voulu comprendre, avec des faits objectifs, des chiffres, car c’est bien ce dont nous parlons, de pognon ! Comme Google est mon ami j’ai retrouvé sur la toile des données précises. Parlantes.

Voici donc les réponses aux quelques questions m’étant passées par la tête :

Oh, mais combien payait le canton, avant ?

60 % ? Non. Le site de l’Association pour la prophylaxie et les soins dentaires à la jeunesse, qui n’a pas encore été mis à jour, nous dit « Le subventionnement légal se monte à 40% du montant facturé par le dentiste, cependant l’Etat plafonne sa participation (qui est au minimum 5% et au maximum 15%) à un montant facturé de Fr. 1’000.– par enfant et par année. Le montant dépassant Fr. 1’000.– ne bénéficie que du subventionnement de la commune (entre 25% et 35%). » tandis qu’une facture récente mentionne une participation de 19% et d’autres sources indiquent que cette participation est de 15 à 25 %.

Oh c’est que nous allons devoir payer moins que le  60 % ?

Oui.

Mais alors, combien payait la commune de Vouvry ?

Sous déduction d’une franchise, la totalité des frais non subventionnés par le canton ! En témoigne une facture récente mentionnant une franchise annuelle de 50 francs et une subvention communale de 81%.

Woaow… Ce qui veut dire que la commune de Vouvry était très généreuse ?

Oui. Sa politique familiale fut longtemps très attractive. On se souvient d’une époque où les assurances-maladie des enfants ainsi que la totalité des soins dentaires étaient payés, ce qui d’ailleurs fut un excellent argument de vente pour certains promoteurs immobiliers. Jusqu’au 31 décembre 2011, on pouvait encore parler de conditions très intéressantes.

Mais quelque chose ne colle pas ! 100 – 20, ça fait 80, pas 40, non ?

Lire l’1dex par le bon bout de la lorgnette rend l’œil aiguisé. Même sans calculatrice. C’est juste.

Mais où sont passés les 40 % manquants ?

Voici la véritable question… Le site vouvry.ch nous a fourni un élément de réponse dans le budget 2012 :
Compte 460.318.00 Soins dentaires scolaires
Comptes 2010 : 82’889.55
Budget 2011 : 90’000
Budget 2012 : 65’000

Différence entre 2011 et 2012 : 25’000 francs en faveur des comptes de l’administration communale, soit environ 27.5 % d’économie.
Les 40 % manquants représentent donc une concrète baisse des subventions communales sur les soins dentaires courants.

Donc, en résumé ?

Jusqu’au 31.12.2011 le canton payait de 15 à 25 % et la commune de 75 à 85 %
Désormais la commune paie 40 %, donc de 35 à 45 % moins cher, et le canton plus rien du tout, tandis que les parents endossent le 60 %.

Vous l’aurez compris, je ne vais plus déplorer la charge énorme endossée par une certaine commune chablaisienne, mais plutôt déplorer le fait qu’elle n’annonce pas de manière claire et franche une baisse conséquente de subsides touchant les familles d’enfants scolarisés.

Pour être claire, la lettre reçue par les parents d’élèves aurait pu par exemple contenir la mention suivante :

La nouvelle répartition des subventions nous offre un excellent prétexte pour réduire au strict minimum légal nos subventions pour les soins dentaires aux enfants. Vous payerez donc 60 % de plus tandis que nous ferons de grandes économies en faisant croire que c’est le canton du Valais qui vous a fait un coup tordu.

Un petit tour sur la toile m’a révélé que d’autres communes valaisannes ont de leur côté adopté une politique différente : afin de préserver le taux de subventionnement actuel, elles ont augmenté leur budget dédié aux soins dentaires aux enfants. C’est notamment le cas de Port-Valais, de Val-d’Illiez, de Savièse, de Veyras, d’Icogne, et certainement de bien d’autres.

Et vous, que vous a annoncé votre commune ?

 

8 pensées sur “Après les lunettes, certaines familles s’en prennent plein les dents !

  • 22 janvier 2012 à 11 h 08 min
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    La commune de Vouvry va-t-elle imiter le Groupe Mutuel en offrant une croisière à ses employés ?

    • 22 janvier 2012 à 14 h 21 min
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      Sur Costa Croisières !

  • 22 janvier 2012 à 18 h 26 min
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    Le Président de Vouvry lit-il L’1dex ?

    • 25 janvier 2012 à 21 h 39 min
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      Manifestement pas. Toujours la fameuse barrière culturelle…

    • 17 février 2012 à 16 h 13 min
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      Edith, en référence au dernier Vigousse, entre un docteur ès crocs (p. 4) et un expert en série (p. 5), lequel choisir?

      • 18 février 2012 à 19 h 07 min
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        Véronique, le choix est impossible !

  • 17 février 2012 à 18 h 29 min
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    La justice est magie : le qualificatif « quérulente » est donc constitutif d’une atteinte à l’honneur !

    Ainsi va la langue française confrontée à l’interprétation infinie donnée aux mots par la lourdeur bureaucratique.

    Si quelqu’un peut me transmettre l’intégralité de ce jugement indolore, je suis preneur; je pourrai(s) ensuite le commenter en détail à L’1dex et faire évoluer la jurisprudence cantonale. A moins que cet arrêt remarquable ne soit publié par la Revue Valaisanne de Jurisprudence prochainement.

    Conclusion provisoire : taisons-nous, fermons notre bouche, ordonnons à notre langue de ne plus bouger dans notre palais et essayons même de fermer les oreilles. Le Valais judicaire ainsi compris est sur un drôle de chemin !

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