Le jeu avec la règle est la règle du jeu (21/22)

Bourdieu22 chroniques (2 X 11)  pour illustrer Pierre Bourdieu. Pourquoi 22 ? parce que l’arbitre ne compte pas.

Contrairement aux apparences, dans le football, la tricherie fait partie de l’esprit du jeu. Cette particularité rend le football si désirable. Il reproduit en une chorégraphie compréhensible, la relation du justiciable et de la loi. Pas vu, pas pris.

Le foot est en tout point le contraire de la politique.

Au stade, les arrangements avec les règles, les débordements de lignes, les simulations, les contestations pour la forme, les petites vexations et les grandes colères se passent en direct devant un milliard de spectateurs.

Dans la politique, au contraire, tout se trame dans les coulisses, négociations secrètes, tractation nauséabonde, arrangement de vestiaires. Pire, les véritables acteurs, les marqueurs, les porteurs d’eau, les as de la récupération, les magiciens du redressement comptable restent anonymes. Au final, lorsque les projecteurs s’allument, la politique offre un spectacle indigeste comme une retransmission d’un tournoi d’échec en direct à la télé ou une finale de pingpong à la radio. Ping passe à Pong, qui donne à Ping qui rend à Pong qui passe tout en finesse sur Pong qui revient sur Ping avec un lobe. But. On s’emmerde. On ne peut pas tricher, ce qui rend les échecs et le Ping Pong définitivement out. Il reste pour régaler le chaland les mimiques de Kasparov, le sourcil dressé d’un Kortschnoy, la gesticulation d’un Poutine. Il faut bien reconnaître que ce n’est pas folichon.

Dans un match de football, les joueurs courent à gauche à droite, se font des croches pied, se pincent les fesses, se déchirent le t-shirt. Ils mentent, ils jouent la comédie. Bref, ils sont vivants contrairement aux pièces du jeu d’échec qui me laissent de bois. En définitive, la pièce oppose 22 joueurs à un arbitre.. Et c’est à savoir qui va gagner des joueurs ou de l’arbitre. On peut vaincre le destin et gagner contre la loi. Voilà pourquoi le football est le spectacle, magnifique et total.

Le foot devrait envahir la politique de sa transparence bon enfant, mais hélas c’est le contraire qui se passe. Lorsque la politique le contamine et la mafia l’envenime le stade se meurt d’ennui.