Le harcèlement, un paradigme de l’époque

HarcelementVengeanceFroide(Par PIERRE AVRIL)

Le harcèlement apparait comme un dé  à multiples facettes qui dit une souffrance commune. C’est une forme d’humiliation ritualisée ou le harceleur en permanence   rappelle au harcelé  son impudence d’être là, le trop de place qu’il occupe  tout en lui interdisant la  moindre possibilité de  dégagement ou en agissant sur des terrains de jeux qui ne permettent pas le dégagement  Ainsi, cette situation constitue une convocation permanente à une séance d’immanquable  maltraitance, un enfermement dans un espace relativement ouvert.

Le harcèlement est aussi un parasite ; il prospère en des endroits où on ne l’attendait pas forcément et qui sont généralement des organisateurs d’ordre et de place. La famille, le Travail, l’Ecole devraient présenter  encore théoriquement la solidité des fondations, l’assurance du symbole. Le harcèlement les vampirise de l’intérieur. Et derrière le sauvetage des apparences, le harcèlement avance sa puissance de mort, détruit pas à pas sa proie. La victime n’a plus de contenu propre ; elle est affublée de tous les attributs répugnants que lui attribue son chasseur ou la meute.

Quand il touche au monde adulte, au monde de l’épouse ou du salarié, le premier réflexe dont je fais partie est toujours marqué par une sidération et une certaine forme de colère ; il semble en effet inimaginable qu’un être humain puisse avoir acquiescé à une telle servitude. Quand on décrypte le patient goutte à goutte, le lent poison, on devient plus objectif et cela nous permet de considérer l’état de délabrement du corps social et ses assignations rédhibitoires.

Le harcèlement est d’abord un paradigme des temps autour de deux violences : une compétition faussée qui admet des concurrents déséquilibrés et la loi du plus fort institué comme un possible dans un monde non régulé. Aussi, ces pratiques deviennent dans un océan de bons sentiments, la norme et la règle réelles.

Il faudrait donc d’urgence ne pas isoler le harcèlement à l’école de ses autres manifestations dans la société quand on dit à certains qu’ils ne sont qu’un corps à la disposition de ceux qui les dominent. Le champ scolaire est une onde du monde adulte Mais il faut bien sur reconnaitre à ses formes enfantines des singularités.

On mobilisera ici les termes pompeux de l’expérimentation et de l’apprentissage. Malgré toutes les attaques contre l’idée que les enfants et les adolescents sont des êtres en devenir, il n’est pas incongru de penser que ce moment de la vie teste, essaie les possibles du monde, de la violence à la coopération, de l’amour à la haine. Nombreux sont parmi nous ceux qui à travers les petites ou grandes éraflures des cours de récréation ont appris à se connaitre, à se défendre et à demander de l’aide. C’est donc moins l’émergence du harcèlement que sa banalisation, le vertigineux silence qui l’entoure dans son quotidien minuscule  et l’impensable impuissance qui constituent un énorme problème. Si le bizutage a toutes les ambiguïtés d’un rite de passage très discutable, le harcèlement signe un avis de décès

Ce n’est pas bien sur un argument suffisant mais la parfaite symétrie de la perte de sens entre les enfants, les parents, les enseignants quant à l’avenir, la proximité des situations vécues par les uns et les autres semblent faire mariner le corps social dans un bouillon commun. S’interroger sur le harcèlement à l’école, cela exige aussi de  s’interroger aussi sur toutes les aliénations.

 

3 pensées sur “Le harcèlement, un paradigme de l’époque

  • 13 février 2015 à 11 h 05 min
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    Le harcèlement est un rouleau compresseur, et en milieu scolaire la manière dont on laisse faire par impuissance est tout bonnement scandaleuse.

    J’ai écrit ce petit truc il y a quelques temps : http://1dex.ch/2013/05/je-me-sentais-tres-mal/ et risque d’en reparler bientôt… malheureusement

  • 13 février 2015 à 11 h 13 min
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    Bravo madame oui les degats peuvent etres malheureusement irreversibles .

  • 13 février 2015 à 19 h 13 min
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    L’école coupable d’amener la victime à ses bourreaux, sans l’en défendre pour autant d’un autre côté ! Nuisible à la société, 10% des élèves il paraît

    La solution: (Surtout) ne pas châtier les bourreaux (qui se vengeront à la première occasion) mais désamorcer la jouissance perverse ressentie par le bourreau dans ces cas-là (et motif de son comportement) pour lui ôter tout intérêt de se comporter ainsi; cela, par la théorie (pas le dialogue (le bourreau la ferme et écoute), la théorie… proposée… et imposée… ou vice et versa ça va aussi)

    MARCHE !!!!

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