Escale à La Serena, Chili

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Pour la plupart des globetrotters passionnés par le continent sud-américain, le nom de La Serena reste méconnu. Pour l’heure, cette petite ville côtière située à 400 kilomètres au nord de Santiago ne semble guère avoir obtenu les faveurs des tour-opérateurs et autres Guides du Routard. C’est sans doute la raison pour laquelle La Serena,  deuxième cité la plus ancienne du Chili, a conservé cette authenticité rare qui offre au touriste égaré un agréable parfum d’exotisme.

 

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L’église Santo Domingo, dont le clocher est classé monument national historique

L’histoire de La Serena se confond dans celle de la colonisation espagnole. Fondée en 1544, trois ans après Santiago, elle sert pendant longtemps de lieu d’escale aux marins transitant entre la capitale et le nord du continent. C’est toutefois dans le centre-ville historique, à deux kilomètres de la côte, que réside tout l’attrait de la ville. En le traversant à pied, c’est d’abord l’impressionnante concentration d’églises qui frappe le visiteur, vingt-neuf au total. La Serena n’est pas surnommée la Ciudad de las iglesias pour rien. Chaque coin de rue laisse apparaître un de ces édifices imposants, pour la plupart construits au XVIème et XVIIème siècles et qui ont tous résisté aux ravages du temps, aux pillages et aux séismes. On y découvre aussi de nombreux bâtiments à l’architecture néocoloniale, construits entre le XIXème et le début du XXème siècle. L’un d’eux abrite aujourd’hui le musée d’histoire, en grande partie dédié à Gabriel Gonzalez Videla, président du Chili de 1946 et 1952 et originaire de la ville. Une visite amusante plus qu’intéressante, car plus l’on déambule entre les vitrines présentant l’enfant du pays sous les traits d’un héros national, plus l’on comprend qu’il ne sera jamais fait mention de son régime autoritaire ayant forcé le poète Pablo Neruda à l’exil… ni de son soutien au coup d’état de Pinochet en 1973.

"Unité et lutte"
« Unité et lutte », accompagné du marteau et de la faucille. Une partie de la jeunesse récuse encore l’idéal néolibéral.

Le dédale des ruelles, souvent taguées de messages engagés, laisse découvrir au visiteur des suites interminables de maisonnettes, boutiques et cafés colorés et animés. On s’arrêtera volontiers dans l’un d’eux pour déguster un Pisco sour, cocktail à base de liqueur de vin et de citron. Un peu plus loin, la Plaza de Armas accueille chaque jour le marché artisanal où se côtoient peintres, joailliers, tanneurs et artistes de rue. Quelques étudiants arrondissent leurs mois en vendant boissons sucrées, empanadas et autres pâtisseries à la confiture de lait, sous le regard envieux des nombreux chiens errants. Un peu plus loin, le marché couvert emmène le chaland dans un labyrinthe bruyant et coloré, où d’étroits passages semblent s’être creusés à travers les étalages de sacs et de tricots en laine d’alpaga (qui ne manqueront pas de ravir les bobos de passage). Plus loin encore, le marché aux fruits et légumes propose, toujours dans un joyeux tumulte parfumé, quantités d’agrumes, maïs, avocats, olives, noix et épices en tous genres. Les gourmands devront toutefois compter sur leurs notions d’espagnol s’ils entendent y faire leurs emplettes. L’anglais n’est pas encore arrivé jusqu’ici.

L'enceinte du phare n'a pas résisté au tsunami de 2015
L’enceinte du phare n’a pas résisté au tsunami de 2015

Loin de ce tumulte, la côte et ses kilomètres de plage de sable. Ici, La Serena (et en particulier son phare) porte encore les stigmates du tsunami ayant balayé le littoral chilien le 16 septembre dernier, suite à un séisme de 8.4. Une vague de près de 5 mètres qui n’a par chance pas atteint le centre-ville, contrairement à de nombreuses autres localités, dont la ville voisine de Coquimbo qui panse encore ses plaies.

Serena, la bien nommée

En marge de l’agitation du centre, les lieux plus paisibles sont nombreux, à commencer par le Parque Jardín del Corazón, jardin japonais idéal pour recharger les batteries du backpacker épuisé. Les espaces verts sont aussi l’occasion d’entamer la conversation avec les locaux. On sera alors surpris de découvrir la simplicité de vie et le sens de l’accueil des serenenses. Loin des grandes stations balnéaires tournant à l’heure de la société de consommation, ici personne ne vous accoste pour vous vendre des gadgets ou vous forcer à vous asseoir à sa terrasse. Le tourisme de masse n’a pas encore atteint La Serena, quoiqu’il tend à se développer près de la côte, succédant à l’industrie du cuivre et du fer dont le commerce a permis de faire vivre la cité au cours du XXème siècle. Mais si la ville porte encore les traces de ce mode d’existence simple, l’on sent dans la jeune génération des rêves de grandeur et de réussite «à l’américaine» contrastant avec le quotidien modeste qu’ont connu les anciens. Vingt-six ans après la fin de la dictature, le pays persiste sur la voie du libéralisme, avec un taux de chômage historiquement bas (6%). Et à en discuter avec eux, la plupart des jeunes chiliens ne s’en cachent pas : ici, la réussite professionnelle et sociale est l’objectif ultime (et il se traduit de plus en plus souvent par l’achat d’un pick-up vrombissant que l’on fait fièrement rugir sur les artères de la ville, au son endiablé du Reggaeton).

C’est tout cela, La Serena. Un héritage historique faste, un mode de vie paisible et un avenir riche en promesses, que s’apprête à dessiner une jeunesse bourrée d’ambitions. Une ville pleine de charme et propice au dépaysement, semblable à beaucoup d’autres sans doute, mais qui vaut assurément le détour.

Jérémy Savioz

Géographe et collaborateur scientifique à la Station ornithologique suisse. Député et conseiller général à Sierre. Président des Jeunes Verts VS, défenseur d'un autre Valais et musicien passioné.

Une pensée sur “Escale à La Serena, Chili

  • 25 février 2016 à 23 h 41 min
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    Merci pour la visite!

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