A FORCE D’ALLER AU FOND DES CHOSES ON Y RESTE

Najat-Vallaud-Belkacem-MEETING-DE-FRANCOIS-HOLLANDE-AU-CHATEAU-DE-VINCENNES-LE-15-AVRIL-2012_exact1024x768_l(PAR ROBERT CHAUDENSON)

 

À la veille d’une rentrée scolaire qui se voudrait imminente mais qui pourrait être retardée puisqu’on annonce une grève dès le surlendemain de cette rentrée ce qui risque fort de la compromettre, je limiterai mes réflexions sur la « rentrée » 2016 au texte du discours prononcé par Madame Najat Vallaud Belkacem, ministre de l’éducation nationale, dont on nous précise que son texte est seul « à faire foi » en cette affaire (en dépit de quelques menues errances linguistiques de ce document, je respecte ici l’orthographe du mot « foi » qui pourrait toutefois devenir « fois » si Madame la ministre se voit contrainte de prononcer un second discours de rentrée en cas de succès de la grève annoncée !). Je me bornerai donc ici à des remarques précises et limitées sur quelques points de son discours, pour ne pas vous en infliger la lecture totale et, pire encore, j’y joindrai mes commentaires de différentes parties de ce texte. Des appels de notes vous les signaleront, le texte de la ministre étant en italiques et mes remarques en bas de casse minuscules :

 

« Monsieur le ministre, cher Bernard, (1)

Monsieur le secrétaire général,

Madame la directrice générale de l’enseignement scolaire,

Mesdames et messieurs en vos grades, titres, et qualités, (2)

Mesdames et messieurs,

 

(1) Le ministre ainsi salué (ce « cher Bernard ») est Monsieur Bernard Cazeneuve qui, avec l’air sérieux et concentré qui est le sien habituellement, se tient debout à la droite de la ministre sur la photo jointe.

 

(2) « Mesdames et messieurs en vos grades, titres, et qualités », cette curieuse formule a dû être suggérée à Madame la ministre par le chef du protocole, dans un souci de rendre un peu plus court, un texte déjà fort long, tout en respectant les formes obligées du discours académique officiel. J’ai entendu autrefois certains ministres faire des discours dont la dimension ne dépassait guère celle de l’addition des formules de salutations initiales, chacune des personnalités présentes étant saluée de l’énoncé complet de ses « grades, titre et qualités »!

 

« S’il fallait retenir une chose de ce que nous vous présentons là, c’est la volonté affirmée de développer dans l’institution scolaire une culture pérenne (3) de la gestion des risques et de la sécurité.

Nous y travaillons depuis 2015, et nous agissons en collaboration étroite avec l’Intérieur (4), dont l’expertise nous est précieuse. Nous avons bien sûr aussi pris soin, sur ce sujet, de consulter les fédérations de parents, les organisations syndicales et les associations de collectivités territoriales (5) ;

Nous nous sommes concentrés sur deux aspects : 

– le premier concerne la structuration même de nos services, pour apporter, à l’échelle académique et nationale, des réponses efficaces en cas de crise ; 

– le second concerne la sécurisation de chaque école, de chaque collège et de chaque lycée.

 

(3) « Pérenne » et avec quelques autres termes (dont impacté et régalien), l’un des maîtres mots du discours officiel administratif. Constance, dynamisme et imagination sont dans la devise de notre président normal la suite du discours illustrera abondamment. Le « nous nous sommes concentrés » doit coûter à la Ministre qui fait céder ici son féminisme proclamé à l’impitoyable et injuste règle qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin !

(4) La mention (du ministre) de l’Intérieur vise naturellement expliquer sa présence, un peu inattendue et insolite, aux côtés de la ministre de l’éducation nationale, de ce « cher Bernard » ; il convient de lui rendre hommage, de préférence à plusieurs reprises, à un moment où quelques clivages semblent s’introduire entre Mesdames et Messieurs les ministres à propos du burkini.

(5) La mention des « corps intermédiaires » est désormais indispensable dans tout discours officiel pour souligner, quel que soit le propos, le caractère hautement démocratique de toute initiative officielle, si urgente et si évidente qu’elle soit.

 

« S’agissant de la structuration des services, différentes mesures ont été mises en œuvre.

La première porte d’abord sur tout ce qui relève de la gestion de crise. Il n’existait pas avant, de cellules de crise académiques. (6) Nous en avons créé dans chaque académie, et nous avons nommé dans l’éducation nationale des référents sûretés, un par département et un par académie (131 en tout).(7)

 

Dans une crise, le temps est compté. La réactivité est primordiale, tout comme la transmission des différentes informations, aussi bien à destination des personnels que des familles.

Différents outils ont donc été mis en place, notamment un répertoire de l’ensemble des téléphones mobiles des directeurs, des inspecteurs et des chefs d’établissement (8), pour communiquer rapidement avec eux par sms. Si une école devait subir une attaque terroriste, le ministère communiquera aux familles des informations vérifiées par l’Intérieur.

 

Celles-ci seront accessibles sur education.gouv.fr, qui affichera alors une page spéciale avec uniquement les informations fiables, les zones de confinement et les consignes à suivre. Ces informations seront aussi relayées par le compte Twitter de l’Education Nationale (9).

Ce que je vous dis là sera naturellement signalé par des affiches devant chaque établissement. (10)

 

(6) et (7) Les « cellules de crise académiques » et les « référents sûreté » (mot-valise un peu discutable mais excusable …vu l’urgence !) ne sont hélas pas liés à des créations d’emploi, mais sans doute déjà pense-t-on déjà à les intégrer à une « Agence nationale de gestion de crise » qui ne sera guère que la quatre cent trente-deuxième Agence que compte notre beau pays!

(8) Il faudra d’ailleurs songer à donner un nom à cette Agence et donc un acronyme (d’autant plus qu’en la matière le temps presse, on l’a vu) et surtout à son « répertoire de l’ensemble des téléphones mobiles des directeurs, des inspecteurs et des chefs d’établissement ». Puis-je me permettre ici de suggérer à titre de modeste et bien entendu gracieuse collaboration de ma part : « Bottin Anti-Terroriste des Écoles » ou BATÉ, même si un tel sigle peut conduire hélas à de mauvaises plaisanteries !

(9) Vouloir mettre sur un compte Twitter « les informations fiables, les zones de confinement et les consignes à suivre » ne risque-t-il pas d’en provoquer l’explosion !

(10) Ne doit-on pas se garder d’avoir recours à de simples affiches car de telles régressions informationnelles à l’ère du numérique ne vont-elles pas conduire la Rue de Grenelle à avoir recours, pour finir, aux crieurs publics ! ?

 

Le deuxième point (11) sur lequel je veux insister, c’est que savoir réagir, savoir gérer une situation de crise, adopter une conduite rationnelle sans céder à la panique, cela s’apprend.

La formation constitue un enjeu central. Elle occupe donc, dans les mesures que nous avons prises, une grande place. […]

Il ne s’agit pas de faire endosser à nos personnels des responsabilités et des compétences qui ne sont pas les leurs. Un professeur reste d’abord un professeur. La sécurité n’est pas son cœur de métier. Néanmoins, les personnels de l’éducation nationale en tant qu’agents du service public ont aussi une responsabilité à assumer dans ce domaine. Il est de notre devoir de leur donner les moyens de le faire.

 

(11) S’il ne s’agissait pas là d’un discours officiel de la ministre de l’éducation nationale, l’usage de l’adjectif « deuxième » en lieu et place de « second » ferait craindre l’existence d’un troisième point dans le programme ministériel ; il n’en est fort heureusement rien et ce n’est là d’une négligence bien pardonnable du rédacteur ! Je vois également mal comment on peut « endosser une compétence » ; m’enfin…

 

Nous avons aussi renforcé la formation de nos cadres et notamment des chefs d’établissements et des équipes mobiles de sécurité sur la gestion de crise, grâce, entre autres, à des formations conjointes avec le ministère de l’intérieur.

Nous formions ainsi ces deux dernières années 135 cadres par an au Centre national d’Entraînement des Forces de Gendarmerie de Saint-Astier.

Ces formations, j’ai eu l’occasion d’y assister lors d’un déplacement avec Bernard Cazeneuve (12), le 19 janvier dernier. Elles sont extrêmement réalistes : elles préparent très concrètement à faire face aux situations les plus difficiles.

Cette préparation exigeante est nécessaire, car les cadres qui la suivent interviendront ensuite auprès des personnels lors des plans de formation académique.

J’ai souhaité qu’un nombre beaucoup plus important de cadres le soient. Ils seront donc désormais 500 par an. Pour ce faire, en plus de Saint Astier, 3 nouveaux centres de gendarmerie ouvriront leurs formations aux personnels de l’éducation nationale à partir de la rentrée scolaire 2016 : Rochefort, Melun et Tulle (13).

 

(12) Nos deux ministres ne se quittent décidément plus ! Puisse Madame Cazeneuve ne pas en prendre ombrage ! C’est pour la France !

(13) Le choix de Tulle est naturellement sans rapport avec l’implantation électorale de notre Président « normal » et ce choix ne tient bien entendu qu’à la vocation traditionnelle de cette cité dans le domaine des armes et de la dentelle !

 

Naturellement, nous prenons soin aussi de préparer nos élèves, notamment pour que l’application des Plans Prioritaires de Mise en Sûreté de chaque établissement se fasse le plus rapidement et le plus efficacement possible.

 

Ces PPMS, nous avions demandé en novembre dernier à nos écoles et nos établissement de les réactualiser : 88 % des écoles l‘ont fait et 95 % des collèges et des lycées aussi. Ils ont également mis à jour leurs diagnostics de sécurité. Les établissements restants le feront très prochainement.

Dans le cadre de ces PPMS, nous avons demandé à ce que 3 exercices, dont un exercice attentat intrusion, soient réalisés dans tous les établissements, au cours de l’année scolaire.

Il faut évidemment tenir compte de l’âge des élèves.

Nous prenons soin, par exemple, de ne pas aborder l’exercice d’intrusion-attentats en évoquant directement le sujet auprès des enfants les plus jeunes. Les enseignants et les personnels vont s’appuyer sur des logiques ludiques, jouer à se cacher ou à se taire dès que le professeur des écoles fait un signe particulier, par exemple.(14).

 

(14) Dans le même esprit, on pourrait songer à fournir aux enseignant(e)s, des déguisements adéquats (cagoules, masques, armes factices, etc…).

 

Deuxième (15) grand axe : La sécurité passe, au niveau local, dans chacun de nos établissements, par des mesures précises, et par la mobilisation de l’ensemble de la communauté éducative.

Nous avons créé, sur le sujet de la sécurité, des guides d’accompagnement spécifiques : pour les directeurs d’école, les chefs d’établissements et pour les familles.

Ces guides viennent compléter, expliquer, préciser les différentes mesures. Ils fournissent des repères clairs qui renforcent l’efficacité des actions mises en œuvre.

 

Les mesures, vous le voyez, sont nombreuses, cohérentes et complémentaires.

Elles nous permettent à la fois d’anticiper, de sécuriser et de savoir réagir.

Elles traduisent, concrètement, dans tous nos établissements, la priorité absolue que constitue, pour ce gouvernement, pour l’Etat, et pour notre pays, la sécurité de nos écoles, de nos collèges et de nos lycées.

 

(15). Même remarque que précédemment : s’il ne s’agissait pas là d’un discours officiel de la ministre de l’éducation nationale, cet usage de l’adjectif « deuxième » en lieu et place de « second » ferait craindre l’existence d’un troisième axe dans le programme ministériel ; il n’en est fort heureusement rien !

 

Un dernier mot pour vous dire que devant les périls qui nous menacent, notre réponse doit marcher sur deux jambes, le volet sécuritaire bien sûr, mais aussi le volet éducatif. Les deux doivent toujours aller de pair. 

C’est le sens de tout ce que nous avons développé pour alimenter un véritable parcours citoyen de l’élève à l’école (Enseignement moral et civique, Éducation aux medias et à l’information, , travail autour de la laïcité, de la lutte contre l’antisémitisme et le racisme, de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la lutte contre le harcèlement, réserve citoyenne de l’éducation nationale, service civique à l’école, etc…) et nous continuerons à le faire.

Voilà Mesdames et Messieurs, la force de la culture commune de la gestion des risques et de la sécurité repose sur la citoyenneté et le sens civique de chacune d’entre nous.

Et c’est pourquoi, je veux, en conclusion, dire ma confiance et ma reconnaissance sincère à l’égard de tous nos personnels et des familles qui seront amenés à mettre en œuvre et à respecter ces instructions.

Je vous remercie.

 

Vous aurez sans doute noté que je n’ai pas abordé le « fond des choses » ; sur ce point je me suis conformé au vieux principe que se disputent Cocteau, Cioran et… Pierre Dac : « À force d’aller au fond des choses, on y reste ! »