Ces enfants qui ne parlent pas un mot de français

telechargement-640x480Cette année, dans ma classe de 6H, j’ai un enfant très gentil, attentif, sérieux, discipliné et désireux d’apprendre. Le hic, c’est qu’il ne parle ni n’écrit le français puisqu’il s’exprime uniquement en Farsi.

Ses parents, parachutés ce printemps dans ma commune, sont dans le même cas de figure. Ils ne connaissent pas l’anglais qui me serait pourtant d’un grand secours, au moins pour leur faire comprendre les documents essentiels de début d’année scolaire. Par chance, je peux compter sur une personne du lieu qui parle cette langue et a la bénévole gentillesse de s’offrir comme traductrice.

Mais, quand même, on ne peut pas la solliciter en permanence.

Bien sûr, cet enfant bénéficie de mesures de soutien, avec une enseignante spécialisée, à raison de 5 périodes de 45 minutes par semaine. 5 périodes sur 32, ce n’est pas beaucoup pour acquérir rapidement les rudiments d’une langue si différente de la sienne et se construire dans une société qui ne ressemble en rien à ce qu’il a vécu auparavant. La communication étant la base fondamentale sur laquelle repose une intégration réussie.

J’avoue me sentir un peu démuni pour le faire progresser, au milieu de 22 autres élèves dont 12 ne parlent pas le français, à la maison, avec leurs parents.

Je me pose donc la question du bienfait de pouvoir bénéficier de classes spéciales qui réuniraient, au sein d’un centre scolaire traditionnel, tous les enfants d’une petite région qui vivent une situation identique.

Il s’agirait de ne leur faire apprendre que le français, en stricte priorité, mais de manière quotidiennement intensive, au rythme de l’horaire et du calendrier scolaires en vigueur, durant une ou deux années, selon leur niveau de progression. Avec des récréations communes pour qu’ils puissent se mêler aux autres et entraîner concrètement ce qu’ils apprennent au sein de ce groupe d’allophones.

Loin de moi l’idée de les vouloir rassemblés dans une sorte de ghetto, de désirer m’en débarrasser ou de les mettre en quarantaine. Au contraire, je pense sincèrement que ce type de prise en charge leur serait davantage profitable que ce qui est proposé actuellement. Ils progresseraient certainement plus vite et pourraient ainsi réintégrer les classes ordinaires avec un surcroît de motivation et d’efficacité, sans crainte de se sentir largués et de traîner la patte durant des années.

Dans leur quartier ou leur immeuble, ils auraient certainement plus de facilité à se créer des relations amicales et auraient ainsi une meilleure estime d’eux-mêmes, condition indispensable à un bon équilibre psychique.

Je sens que mon élève aurait envie de participer davantage aux leçons, mais il se sait et se voit très emprunté, limité dans ses connaissances langagières et par les trop petits progrès qu’il fait. C’est démoralisant et frustrant pour lui, bien qu’il soit un enfant particulièrement intelligent, attachant et très bon en calcul. Pourtant, je le sens plein d’énergie lors des cours de musique.

Forcément, la musique étant un langage universel, un langage du corps, il s’y trouve rassuré. Il sait qu’il peut y arriver aussi bien que les autres, loin de cette frustrante barrière linguistique et devient donc beaucoup plus participatif et enthousiaste.

Pour moi, c’est une preuve supplémentaire du bien-fondé qu’il y aurait à mettre en place ce type de classes, cette prise en charge renforcée. D’autant  que des élèves comme lui, avec l’afflux de réfugiés que nous avons déjà ou allons encore recevoir, il y en aura de plus en plus. Gouverner, c’est prévoir.

I have a dream…

Stéphane Bianchi

Enseignant, chef de chœur et chanteur, accessoirement mari, père et grand-père, je ne suis ni de gauche, ni du centre, ni de droite. A défaut d'être du "parti d'en rire", je milite pour celui du "bon-sens" et de l'"humanisme".

6 pensées sur “Ces enfants qui ne parlent pas un mot de français

  • 13 septembre 2016 à 7 h 54 min
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    Parfaitement d’accord avec vous. J’ai vécu personnellement le cas d’un jeune dans la même situation et à qui il fallait apprendre…l’allemand…Comme vous le soulignez, le mieux pour ces jeunes serait de commencer par du français intensif pendant 6 mois à une année en tout cas et ensuite d’être introduit dans les classes normales…. Tout ceci devrait nous amener à poser une question d’un autre ordre: celle de la pertinence d’écouter les gens qui voient dans un tel dispositif une ghettoisation. Il faut arrêter de donner du crédit à des personnes dont manifestement les dispositions intellectuelles sont un peu désordonnées…Leurs idées sont criminelles…

  • 13 septembre 2016 à 8 h 17 min
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    Bonjour, ne desespérez pas: le farsi est une langue indo-européenne, assez facile à apprendre, n’était-ce la calligraphie arabe utilisée (imposée) durant l’occupation, calligraphie d’ailleurs non adaptée à la langue. J’en déduis que l’apprentissage du français (oral) par un enfant de langue farse sera rapide. Demandez à votre élève de conjuguer le verbe être au présent, vous serez surpris en bien!

  • 13 septembre 2016 à 9 h 19 min
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    J’aime le ton humain de cet article qui réchauffe le coeur en ces périodes teintées de trop de racisme

    • 13 septembre 2016 à 10 h 02 min
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      Merci, vous avez très bien saisi le sens sous-jacent de mes propos.

  • 13 septembre 2016 à 17 h 42 min
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    Sur ce coup, certains Cantons germanophones ont une avance significative sur nous en allant exactement dans cette direction…

  • 13 septembre 2016 à 20 h 43 min
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    En Catalogne on a des cours d’accueil, c’est-à-dire des classes oú il n’y a des nouveaux arrivés. Ils y passent la plupart de leur emploi du temps et ils n’y étudient que de la langue. Petit à petit ils assistent à des cours où ils peuvent commencer à faire des matières sans trop utiliser la langue: musique, EPS, … Quand ils on déjà acquiert un niveau seuil ils entrent dans le reste de cours. Ce n’est pas parfait mais on s’en sort pas mal

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