EDUCATION NATIONALE : LES ABSENCES ET LES REMPLACEMENTS

mer-ensoleillee(PAR ROBERT CHAUDENSON)

 

Notre charmante ministre de l’éducation nationale, peut-être en vue de la présidentielle,  se serait semble-t-il offert un petit ravalement de façade dont on ne voyait pourtant pas la nécessité urgente (toutefois une petite chirurgie des paupières peut vous ouvrir les yeux sur la situation de votre ministère) ; en tout cas, elle a gravement énoncé le 18 octobre 2016 « les sept mesures » qui vont enfin mettre un terme aux absences des enseignants dans l’éducation nationale !

Même si l’importance de ce détail n’est pas perceptible à la lecture du discours ministériel j’attire votre attention ici sur le choix très symbolique du nombre même de ces mesures !  Sept est en effet un chiffre quasi magique. Outre celui des jours de la semaine, c’est le nombre des péchés capitaux et, vous vous en souvenez sans doute, c’était aussi celui des mouches tuées, « d’un seul coup, d’un seul », par le vaillant Petit Tailleur de notre enfance et sept aurait sans doute été aussi le nombre des muses de la mythologie grecque … si elles n’avaient pas été neuf !

 

Dans son introduction notre ministre ne bronche donc pas devant l’obstacle comme le montrent ces extraits de son texte liminaire que je reproduis fidèlement ci-dessous :

« Une idée reçue se retrouve fréquemment dans les conversations : les enseignants sont souvent absents. Or ce n’est pas le cas. Au contraire.  Mais si cette idée a la vie dure, année après année, c’est que le service public de l’Éducation, assuré par près d’un million de personnels [avant Poutine, on comparait volontiers ce personnel de l’éducation nationale française à l’Armée Rouge !] concerne douze millions d’élèves au quotidien, et la moindre rupture dans la continuité de ce service public est légitimement mal vécue. […] Nous avons trois impératifs : mieux informer les parents, en respectant les droits des personnels ; continuer à renforcer le potentiel de remplacement, préalable indispensable à l’amélioration de la situation actuelle ; améliorer la gestion du remplacement.

Ces 3 impératifs se concrétisent aujourd’hui à travers 7 mesures. Elles ont par ailleurs été présentées au début de cette année scolaire aux organisations syndicales représentatives des personnels concernés, qui seront consultées sur les textes de mise en œuvre d’ici la fin de l’année 2016. Enfin, au début de l’année 2017, je convoquerai un séminaire des directeurs des ressources humaines académiques pour que ces mesures soient mises en œuvre rapidement sur l’ensemble du territoire .  […] C’est parce qu’elle est si importante que l’Ecole est aussi, à bien des égards, irremplaçable… ».

 

La conclusion de la ministre est certes un peu inattendue, mais vous aurez observé, comme moi, que 7 x 3 = 21 et que 21 moins 4 = 17 nombre qu’on retrouve aussitôt dans 2017 ! CQFD !

 

L’arithmétique et la pédagogie donnant toute sa force au message de la ministre, celle-ci sans ciller (et pour cause) poursuit implacablement son raisonnement : « Qu’est-ce que le remplacement ? » (sur le mode sarkozien) et nous éclaire de ses lumières car le problème comme toujours dans notre admministration, est singulièrement compliqué par la néologie ésotérique   des « ZIL » et des « BD », sans parler des CAPASH et des TZR !

Et NVB de poursuivre en répondant aux questions qu’elle se pose à elle-même (le B A… BA de la pédagogie !) :

« La notion de « remplacement » recouvre à la fois :

le remplacement de longue durée qui a vocation [ je dirais plutôt « qui a pour « but » ou « fonction de » mais je ne suis pas ministre !]  à durer jusqu’à la fin de l’année scolaire (qu’il débute à la rentrée ou en cours d’année dans le cas d’un départ à la retraite dans le second degré par exemple)

la suppléance, qui est un remplacement temporaire de plus ou moins longue durée (un congé de maladie ordinaire ou un congé [de] maternité par exemple).

Dans le premier degré, dès la 1ère demi-journée d’absence d’un enseignant, les personnels titulaires remplaçants [ notez l’oxymore administratif et militaire ] peuvent être mobilisés. Ces enseignants sont rattachés à une école et affectés soit dans une brigade départementale de remplacement (BDR) , soit dans une zone d’intervention localisée (ZIL). »

 

Je ne souhaite évidemment pas m’aventurer dans le maquis impénétrable des sigles et je ne voudrais m’attarder que sur un aspect qui, au demeurant, n’est guère clairement mis en lumière et moins encore en en valeur dans le texte du ministre, alors qu’il est de toute évidence essentiel.  En effet, au lieu d’y fournir des données simples et quasi brutes sur les absences des enseignants, on y informe dans « l’indicateur » sur  » le taux et le nombre d’heures d’enseignement non assurées en raison du non remplacement des enseignants (en référence à 1000 heures d’enseignement au titre d’une année de scolarité). »

La formulation reste pour le moins floue, mais cet aspect n’a que peu d’importance à mes yeux ; ce qui me frappe en revanche, ce sont les académies où l’on trouve une moyenne d’absence très supérieure à la moyenne nationale qui est de 1,61, les cinq dernières de ce classement national ayant un taux égal ou inférieur à 1. Voici le classement par ordre décroissant : Corse 3,3 ; Créteil 3,1 ; Paris 2,6 ; Versailles 2,4 ; Strasbourg 2,1, Nice 2; Aix-Marseille 1,9 !

 

Madame la ministre, ses conseillers et les responsables de la rue de Grenelle ne semblent pas avoir été frappés par ces données qui ont attiré mon attention et qui tiennent précisément aux académies où sont relevés des taux d’absence très supérieurs à la moyenne nationale. Ces académies sont clairement de deux ordres ; d’une part, les académies parisiennes (Créteil, Paris, Versailles) où se trouvent les « quartiers » réputés difficiles où l’on affecte les débutants, frais émoulus des concours de recrutement, dont l’administration peut à sa guise choisir librement l’affectation (c’est le cas du 93 ou du Vingtième arrondissement parisien où il est bon de venir enseigner armé et préparé aux sports de combat plus qu’à la discipline elle-même ; ce sont, d’autre part (exception faite de Strasbourg), les académies ensoleillées et côtières (le record appartenant naturellement et sans conteste à la Corse avec 3,3, (les DOM n’étant hélas pas pris en compte) c’est là qu’on trouve Nice et Marseille ! On pourrait évidemment s’interroger plus avant sur de telles données, les absences parisiennes tenant probablement à la prudence des enseignants peu soucieux de venir affronter leurs élèves ; les statistiques des académies méridionales s’expliquant en revanche par le charme des rivages ensoleillés de la Méditerranée!