Camarade syrien j’ai lu ton tweet

J’ai lu ton tweet entre les états d’âme sur la platitude des choses

J’ai lu ton tweet entre les listes qui numérotent l’importance d’une vie sans gluten

J’ai lu ton tweet, sorte d’adieux brefs qui synthétisent à eux seuls une bêtise humaine immonde

J’ai lu ton horreur quotidienne au creux de mon écrin de vie

J’ai lu ton tweet, puis dix, puis cent

Billets au vent

J’ai lu vos tweets camarades, semés au vent des balles, au vent des cris d’enfants

Hurlements qui s’évaporent dans les Mac Do, qui se noient dans les trop pleins occidentaux

 

J’ai lu ton tweet, toi sans doute déjà parti

Toi parti dans l’ignorance générale dans ce scandale monumental

J’ai lu ton tweet les mains au chaud, le cœur à l’abri et la confiance autour

J’ai lu ton tweet si absurde pour mon monde bien rangé

Ton tweet science-fiction

Ton tweet bouteille

Ton tweet drapeau blanc

Ton tweet testament

Ton tweet sacrifice sur l’autel de la communication, de l’individualisation et de l’indifférence

 

J’ai lu ton tweet cœur brouillé, ventre serré, bouche pleine et mains liées

Pour qui tape-t-on vraiment ces mots quand l’heure est à la mort

Pour rien

Pour qui perdre son temps quand l’heure est à la mort

Pour les camarades terriens à l’autre bout de la chance

Ceux qui ne connaissent la souffrance que dans leur poste

 

Aujourd’hui la vie qui se perd laisse une trace virtuelle

Appelle ça le progrès camarade syrien, appelle ça le progrès

Aujourd’hui je sais en tout temps, en tous lieux

Je sais la bêtise déversée chaque seconde

Je digère le mélange indigeste des statuts, des images et des vérités

 

Il aura fallu des guerres, il aura fallu l’innocence, il aura fallu le progrès, camarade syrien, pour démontrer la bêtise humaine, la destruction de nos cultures inlassablement piétinées, inlassablement réinventées puis piétinées à nouveau pour le dieu argent

 

J’ai lu ton tweet et ici c’est décembre au dehors, j’ai lu ton tweet sans pouvoir une seule seconde m’imaginer ce que c’est décembre au dedans, aux entrailles, à l’aube d’une vie inachevée

 

Bien à toi camarade

 

Laure Coutaz

Enseignante primaire, trentenaire, maman et positivo-négative dans l'âme..