GRAINES DE CULTURE

images-640x480Il y a quelques semaines, juste avant les vacances d’automne, l’apprentissage du passé composé m’avait incité à prendre avec mes élèves une fiche d’application qui parlait du peintre espagnol (catalan, excuse-moi, Béatrice) Joan Mirò. C’était une mini biographie de l’artiste, agrémentée de quelques photographies de ses œuvres sculpturales ou picturales. Il s’agissait, tout bêtement, d’y transformer les verbes au présent en les réécrivant au passé composé.

La chose ayant pris moins de temps que prévu, j’ai profité des quelques minutes restantes pour utiliser ce merveilleux outil qu’est le beamer (comment ai-je pu m’en passer durant tant d’années ?) et montrer à ma classe diverses créations fort colorées dudit Mirò.

Le jour de la reprise, une élève colombienne s’approche de moi et me dit : « Monsieur, pendant ces vacances, je suis allée à Barcelone avec mon papa et je lui ai demandé si on pouvait voir le musée de Mirò. Il a dit oui et on y a été. C’était trop génial, j’ai adoré. J’ai même acheté un livre sur Mirò. Je peux l’apporter à l’école ? »

Il va sans dire que l’après-midi déjà, elle commentait cette visite à tous ses camarades, le livre en question venant souligner de manière exhaustive et imagée le plaisir qu’elle avait pris à cette découverte culturelle en compagnie de son père.

Il y a deux ou trois ans, le 22 décembre, très exactement à 16 heures 45, je me trouvais seul en classe à ranger quelques broutilles, lorsque j’entendis frapper à ma porte. C’était une ancienne élève, kosovare et musulmane qui venait, de manière tout à fait inattendue, me rendre visite. Elle me tendit une lettre en me souhaitant un joyeux Noël et de bonnes vacances. Puis, fidèle à la discrétion que je lui connaissais, elle disparut aussitôt, sans que j’aie eu le temps de la remercier..

Déjà très ému par la démarche, je fus scié par ce qu’elle avait écrit : « Maître, je voulais juste vous dire merci, parce que grâce à vous, vous m’avez donné l’envie de lire. »  (sic)

Pour un vieil enseignant, difficile d’imaginer  plus belle preuve de reconnaissance.

Ainsi, chez ces deux élèves étrangères, l’étincelle de culture, la graine de découverte que j’avais essayé de semer durant mes cours avait germé.

A l’heure où les propos indécents d’un « survivaliste » en offusquent plus d’un, je me dis que la première, la meilleure façon d’assurer notre survie, c’est de transcender  l’obscurantisme qui est en nous en réveillant cette curiosité enfantine qui nous fait trop souvent défaut et qui nous empêche de découvrir l’autre autrement que comme un concurrent à éviter, un rival à museler, ou un ennemi à abattre.

Pour demain, bonne fête de la Saint-Nicolas (pas celui de Flüe en Helvétie, celui de Myra, en Turquie).

Stéphane Bianchi

Enseignant, chef de chœur et chanteur, accessoirement mari, père et grand-père, je ne suis ni de gauche, ni du centre, ni de droite. A défaut d'être du "parti d'en rire", je milite pour celui du "bon-sens" et de l'"humanisme".

5 pensées sur “GRAINES DE CULTURE

  • 5 décembre 2016 à 7 h 54 min
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    Quelle belle histoire ! Merci pour ce travail quotidien qui est le tien, merci pour nous le raconter un peu. La journée commence bien !

  • 5 décembre 2016 à 9 h 38 min
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    Ah que ça fait du bien de lire ton article ! Merci !

  • 5 décembre 2016 à 10 h 11 min
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    Merci pour ce message ensoleillé qui va illuminer ma journée.

  • 5 décembre 2016 à 10 h 26 min
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    Allumer une lampe plutôt que de maudire l’obscurité… Dans le parcours des migrants, les enseignants font des merveilles.

  • 5 décembre 2016 à 20 h 26 min
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    Cet enseignant ne se cache pas. Il n’a pas l’air de se trouver dans un labyrinthe, dont il est seul maître de ses limites, des méandres et des impasses. Lui seul en connaît la sortie. Ce maître ne baisse pas la tête, galvanisé par l’amour de ce métier, valorisé par ce genre d’exercice. Il n’a pas ménagé son temps, son énergie, sa patience pour que sa conscience professionnelle soit reconnue aussi par ses élèves. Cet exemple ne sera pas oublié, c’est sa volonté de croire qu’un jour, un autre enseignant saura aussi écouter et réaliser que son métier a une grande valeur..

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