CONSEIL D’ETAT 2017. THIERRY LARGEY S’EXPRIME SUR LA FORMATION EN VALAIS

Que pensez-vous de la volonté exprimée par Christophe Darbellay de s’emparer du département de la formation en cas de victoire, même d’une voix, sur Oskar Freysinger ?

Il n’y a rien de choquant à ce qu’un candidat exprime ses préférences, les électrices et électeurs pouvant également se déterminer en fonction de cette information. La répartition des départements incombe in fine au collège gouvernemental élu. Il me semble alors que la qualification des personnes, mais également leur aptitude effective à assumer la gestion département, devrait dicter le choix final.

La formation mériterait toute l’attention d’un chef de département, d’où mon soutien à un Conseil d’Etat à 7 membres. Si elle devait se trouver dans le même département que l’économie, il y a lieu de veiller à ce qu’elle ne soit pas complètement au service de cette dernière. Si je devais prendre la tête de la formation, j’aurais à cœur de penser notamment aux besoins de l’économie, mais pas seulement.

Changeriez-vous la dénomination du département ? Si oui, quel terme privilégieriez-vous : instruction, éducation ou un autre signifiant ?

Le terme de formation me convient. Ce n’est cependant pas le titre qui importe, mais le contenu.

Les logopédistes ont-elles été bien considérées dans les nouveaux aménagements choisis lors de la dernière législature ?

Que les logopédistes aient été cantonalisé-e-s, ce n’est pas une mauvaise chose. Le département peut assurer de la sorte un soutien équilibré et coordonné dans les différents établissements scolaires. Reste que certains aspects de leurs conditions de travail méritent des améliorations. En particulier, les déplacements qu’elles et ils doivent faire pour aller vers les bénéficiaires de leurs prestations doivent être reconnus dans leurs frais de travail.

L’instituteur, l’enseignant, le professeur, est au centre du dispositif. Sa marge de manœuvre concrète, dans la classe et en lien avec les programmes scolaires, est-elle aujourd’hui suffisante ?

L’enseignant n’est pas un indépendant. Il faut se placer du point de vue de l’élève ou de l’étudiant qui a droit à une égalité de traitement sur tout le territoire valaisan quant aux objectifs à atteindre, quant aux compétences développées et aux moyens utilisés pour y parvenir. Dans ce cadre d’équité, il me paraît nécessaire d’encourager l’originalité des enseignantes et des enseignants … autrement dit de leur laisser une part d’autonomie pour qu’elles et ils puissent exercer leur génie propre. C’est un ingrédient incontournable de la qualité de l’enseignement.

Le choix de Jean-Philippe Lonfat en qualité de chef du service de l’enseignement vous convient-il ?

Je ne connais pas personnellement Monsieur Lonfat. Il me paraît cependant être l’homme du terrain, qui connaît bien l’école, dont le service a besoin. Le département doit encore soutenir son action en se dotant des instruments de pilotage financiers, statistiques et pédagogiques, nécessaires pour diriger de manière efficace l’école, pas seulement du point de vue organisationnel (pour plus d’informations sur ces instruments, voir notamment mes réponses aux précédentes questions de l’1Dex).

La marge de manœuvre des directions d’écoles et de collèges est-elle suffisante ? Quelles améliorations apporter ?

Pour déployer au mieux une politique cantonale cohérente et évoluant dans un cadre commun, les directions d’école doivent être cantonalisées. Dès lors que les organes de l’école travaillent, pour les élèves, à partir d’objectifs communs sur l’ensemble du canton, ils doivent être libres de choisir la méthode et le support qu’ils estiment plus adéquats. Comme pour les enseignantes et les enseignants, la réponse à cette question exige une judicieuse complémentarité entre un cadre cantonal et la marge de manœuvre des directions d’établissement pour en assurer une efficace mise en œuvre.

En quoi votre présence au gouvernement en qualité de chef de ce département pourrait-il améliorer la situation des instituteurs ?

L’école obligatoire (primaire et cycle d’orientation) a besoin de toute l’attention d’un chef de département. Tous les enfants y passent de nombreuses années et c’est là où on les forme à la citoyenneté et à leur futur individuel. L’égalité des chances passe par une école publique obligatoire de très haute qualité. Pour cela, les enfants et les enseignants de ces degrés doivent avoir de meilleures conditions de travail. En outre, je renouerais des liens de confiance et un dialogue ouvert avec les associations professionnelles de ces degrés pour remettre sur les rails les lois sur l’école primaire et sur le CO.

Des enseignants au cycle ?

Voir la réponse précédente, dès lors que j’envisage le CO avec l’école primaire, au sein de l’école obligatoire.

Des professeurs du IIème degré ?

Je ne conçois aucune priorité ni préférence entre le secondaire II général et professionnel. Ce sont deux voies parallèles qui doivent correspondre au mieux aux attentes des jeunes. Ce n’est pas au département de faire le choix des filières, mais aux jeunes individuellement. N’en reste pas moins qu’en Valais, le taux de maturités gymnasiales est trop bas (17.5%) ; on n’encourage pas suffisamment les jeunes à s’engager dans cette voie.

Des directeurs d’établissements ?

Ils auraient l’assurance d’une défense inconditionnelle de l’école pour tous les élèves avec les moyens adéquats tant financiers qu’organisationnels.

Comment envisagez-vous l’enseignement de l’informatique et du numérique à l’école ?

L’école de demain sera éminemment informatisée. Il me paraît cependant utile de souligner que ce sont les esprits qu’il faut former, en particulier le sens critique face à l’information numérique, lequel est impérativement à aiguiser. La plus-value de l’école présentielle sera dans les compétences critiques des enseignants en sus de la pure transmission du savoir.

Ce que l’école valaisanne fait le mieux ?

L’intégration, … enfin jusqu’à aujourd’hui. Je citerais également l’atteinte des objectifs des programmes romands d’enseignement.

Ce que l’école valaisanne doit absolument améliorer ?

L’apprentissage des langues.

Les avancées radicales, sous le règne de Bernard Comby, ont-elles été décisives dans l’évolution de l’éducation en Valais ?

Oui, et elles se poursuivent avec la venue de l’EPFL. Mais le Valais universitaire doit encore mieux se construire par l’enseignement à distance et par des antennes universitaires à développer.

Les préférences partisanes dans le choix des nouveaux enseignants lors de l’attribution d’un nouveau poste relèvent-elles du mythe ou de la réalité ?

Et sous votre législature ?

Le choix des enseignants ne DOIT rien avoir à faire avec la politique ou une quelconque préférence partisane … j’y veillerai. Pour ma part, ce choix ne devrait d’ailleurs plus être communal, dès lors que le statut des enseignantes et enseignants est cantonal. La décision devrait en revenir alors à l’autorité d’engagement, autrement dit les directions pour les degrés cantonaux. Le département et son chef ne dispose que d’une marge de manœuvre très restreinte en la matière et cela doit rester ainsi.

L’évaluation des « performances » du corps des enseignants est-elle souhaitable ? Si non pourquoi ? Si oui, sous quelles modalités ?

La qualité de l’école doit être évidemment mesurée, afin de préserver la qualité de la formation valaisanne, mais également de soutenir le corps enseignant. De manière générale, des instruments de pilotage et d’évaluation sont à mettre en place par le département afin de définir une politique cohérente. Individuellement, les organes dirigeants sur le terrain sont sans le moindre doute les plus adéquats pour évaluer les enseignantes et les enseignants. Pour cela, ils doivent disposer du temps nécessaire pour une telle tâche (suivi pendant l’enseignement, entretiens, …), ainsi que la formation adéquate.

Si un investissement substantiel était économiquement possible dans le champ de la formation, vers quel domaine dirigeriez-vous les flux financiers disponibles ?

Vers l’école obligatoire.

Que dites-vous à ceux qui hésitent à se lancer dès demain dans ce métier ?

Que c’est un des plus beaux métiers du monde avec une responsabilité gigantesque. Que je m’engagerai avec toutes mes forces pour faire reconnaître dans le grand public la beauté et les nécessités de ce métier.

Que dites-vous à l’enseignant qui, en fin de carrière, n’a plus le « pep » qui le motivait au début de sa carrière ?

Je lui dirais qu’il est nécessaire d’assurer une transition en douceur avec l’instrument de Prévoyance 2020 fédéral et cantonal. Les enseignants en fin de carrière ont les mêmes besoins que d’autres employés dans d’autres secteurs. Chaque cas étant par ailleurs particulier, il faut des réponses particulières à chacune des personnes. Ces réponses tournent autour de la notion de flexibilisation de l’âge de la retraite avec des mesures d’accompagnement.

Une question à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Quel département souhaiteriez-vous ?